A Dieu, Père de Baciocchi

C’est une grande figure qui s’est éteinte le 20 août 2009 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Les obsèques du Père Joseph de Baciocchi, mariste, expert au concile Vatican II, coprésident du groupe des Dombes, ont été célébrées le 24 août 2009 à Notre Dame du Roule à la Mulatière. Le site du diocèse publie ici l’homélie du Père Maurice Valette, mariste, et les témoignages de ceux qui l’ont connu et aimé : le Père René Baupère, dominicain, le Père Bernard Thomasset, mariste, et le Père Bernard Sesboué, jésuite.

-  Homélie (Luc 24, 13-35) par le P. Maurice Valette, sm

Théologien, œcuméniste, professeur, accompagnateur de groupes en recherche, animateur de sessions et de retraites, Joseph de Baciocchi était aussi un linguiste, un étymologiste brillant : il avait la passion des mots, la formation des mots. Fallait-il qu’il soit bien fatigué pour ne plus se livrer au scrabble ? Le latin et le grec, l’hébreu, l’araméen n’avaient que peu de secrets pour lui. A cela s’ajoutait un gros acquis philologique en anglais, en allemand, en italien, en espagnol, d’où le jeu des consonances dans lequel il excellait. Il lisait l’arabe. Il m’apparaît aujourd’hui comme un homme passionné par les origines littéraires, les mots, l’au-delà des mots. Il était séduit par les racines et, finalement, il restait un homme des sources.

C’est pourquoi, le bibliste, le théologien qu’il était, qui parlait et enseignait et qui écrivait si bien sur le thème de l’Eucharistie ne peut qu’être relié à ces deux hommes de la première partie de l’Evangile qui vient d’être lu, deux hommes qui rentrent chez eux un soir de Pâques, habités par le désespoir et une certitude : Jésus est mort, l’aventure est finie. Ils avaient cru...

Joseph de Baciocchi avait beaucoup étudié la mort de Jésus ; le scandale de la croix qui est le sommet de l’Incarnation, le passage obligé vers le mystère, ce qui fait que le Fils de l’Homme qui est passé par nos sentiments, nos joies, nos peurs, nos jubilations, appartient à l’histoire de l’humanité et que pas un être humain aujourd’hui ne peut mettre en doute son historicité.

Ce théologien qui parlait, qui enseignait et qui écrivait si bien sur le thème de l’Eucharistie ne peut qu’être relié à ces deux compagnons de la deuxième partie de l’Evangile qui vient d’être lu car ils sont brusquement rejoints par un inconnu dont ils n’ont pas même entendu le bruit des sandales. « De quoi parlez-vous ? » Et le choc : « Tu ne sais donc pas ! » A cette question, le passant va répondre en les introduisant dans le mystère du Temps, porteur d’un conflit qui devient une harmonie : tout se rejoint dans l’espace et les événements.

Joseph de Baciocchi savait que le salut proposé est une histoire sainte, une histoire qui a un sens. Sa culture biblique l’enracinait dans le premier testament : le plan de Dieu était annoncé par Moïse et les prophètes. Sa foi et sa recherche n’ont pas cessé d’être un chemin : il restait spirituellement et intellectuellement à l’affût des signes, méditant sur la patience de Dieu et sur l’enthousiasme provoqué par la route à suivre.

Ce théologien qui parlait, qui enseignait et qui écrivait si bien sur le thème de l’Eucharistie ne peut qu’être relié à ces deux disciples de la troisième partie de l’Evangile qui vient d’être lu car les deux amis ne veulent plus se séparer de l’inconnu : « Reste avec nous car il se fait tard ! ». Dans l’auberge, à la vue du geste qui est un signe, le partage du pain, les deux convives voient disparaître Celui qu’ils croyaient mort, comprenant désormais que pour croire, il faut ne rien voir. Et ils repartent à Jérusalem, traversant la nuit, pour proclamer aux onze la résurrection de Jésus : « Nous l’avons rencontré sur la route ! »

Joseph de Baciocchi savait que, si l’on voit, on explique, on critique ou on admire et que s’il n’y a rien à voir, on est invité à croire. Il a connu les dangers du chemin, les nuits de la foi. Sa pensée et sa prière, hors des signes, guidaient sa recherche. Il était trop intelligent pour ne pas être passé par des doutes. L’essentiel du mystère se vivait au plus profond de lui-même. Habité par l’Esprit (qui fut le sujet de sa thèse parue dans des articles) relié à Jésus reconnu comme Christ, il allait vers le Père, dans les quotidiennes anamnèses du Fils dont il n’a jamais cessé d’annoncer la mort, d’actualiser la résurrection et d’attendre le retour.

Et à nous, sa famille, sa sœur et ses neveux, ses sœurs et ses frères de la Société de Marie, ses sœurs et ses frères des autres confessions chrétiennes du groupe des Dombes, de « Vie Nouvelle », et les membres de la famille Stagnara qui étaient devenus pour lui un haut lieu de vie spirituelle, et à tous ceux de notre assemblée ce matin, le sachant déjà parti, il restera « autrement » présent.

Que cette exclamation d’Emmaüs nous aide à vivre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant au dedans de nous, quand Il nous parlait sur la route et qu’Il nous expliquait les Écritures ! »

-  « Brève » œcuménique diffusée le samedi 22 août 2009 sur RCF, par le P. René Beaupère, op

Le Père Joseph de Baciocchi vient de mourir à Lyon jeudi 20 août. Avec ce père mariste décédé à un âge avancé (94 ans) disparaît l’un des derniers grands promoteurs du mouvement œcuménique de la seconde moitié du XXème siècle.
Ordonné prêtre en 1940, Joseph de Baciocchi a enseigné à partir de 1945 à Lyon et ailleurs, chez les pères maristes puis aux Facultés catholiques, la théologie catholique, la Trinité, la christologie, en particulier les sacrements et plus spécialement l’Eucharistie.
Sur ce sacrement, il a engagé le dialogue avec des frères protestants, en particulier avec le professeur Franz Leenhardt de la faculté de théologie de Genève.
Il a également collaboré à l’une des toutes premières collections inter-confessionnelles, la collection « Eglises en dialogue ». On lui doit un petit volume « Vers l’intercommunion » en collaboration avec un ami orthodoxe et un ami protestant.
Quarante années durant (1950-1990), il a été membre très actif du « Groupe des Dombes » dont il a exercé la co-présidence catholique à partir de 1973 à la suite de son collègue mariste, le père Maurice Villain. Joseph de Baciocchi a également prêté son concours au Centre œcuménique Saint Irénée. Il a participé à l’élaboration des cours de formation œcuménique de ce Centre lyonnais. Et il ne faut pas oublier sa participation au concile Vatican II.
Mais chez lui, le théologien n’a jamais fait ombre au prêtre, au pasteur. Il a été longtemps l’animateur du mouvement « Vie Nouvelle » et d’autres équipes de laïcs.
Joseph de Baciocchi, catholique engagé, théologien éclairé et exigeant, était un homme au franc-parler, qualité précieuse en œcuménisme. Ce fut aussi toute sa vie un ami dévoué et fidèle.

-  Parcours de vie par le P. Bernard Thomasset, sm

Après des études secondaires aux collèges maristes de Toulon puis de Saint-Chamond, Joseph prononce sa profession religieuse dans la Société de Marie en 1932. Sept années d’études à la Catho de Lyon, entrecoupées de trois années de service militaire et de mobilisation, le préparent à ce qui sera l’essentiel de l’engagement de sa vie : l’étude et l’enseignement des choses de la foi. Il est ordonné prêtre le 10 mai 1940.

Il commence dans la foulée son métier de formateur comme professeur de philo au grand séminaire de Moulins (trois ans), puis comme professeur de dogme au scolasticat de Sainte-Foy et à la Catho de Lyon (vingt années jusqu’en 1971), avec un intermède de six années (de 1959 à 1964) où il est supérieur du scolasticat. Il participa comme théologien au concile de Vatican II qui fut pour lui une expérience décisive d’ouverture de l’Eglise au monde et d’espérance en son renouveau. C’est pendant cette période que s’est peu à peu déployée sa vocation de théologien et d’enseignant. Il a produit un certain nombre d’ouvrages et d’articles dont le premier, écrit avec le P. Villain en 1954, dit déjà, dans son titre, ce qui l’a occupé toute sa vie : La vocation de l’Eglise. Des engagements en parallèle ont beaucoup compté pour lui : notamment au mouvement Vie Nouvelle dont il a longtemps accompagné des équipes et au groupe des Dombes dont la recherche œcuménique a été un de ses chantiers majeurs et dont il fut le co-président catholique.

Suivent vingt années, jusqu’en 1992, en plusieurs communautés : Toulon, La Neylière, Gembloux, Sainte-Foy, avec un intermède de quatre ans comme assistant provincial de la nouvelle province de France de 1977 à 1981. Durant ce temps-là, il donnera des cours de théologie au séminaire sénégalais de Sébikhotane et aux smsm. Il aura le souci de la formation des laïcs, de diverses manières : conférences, animation de groupes.

A partir de 1992 (il avait 77 ans), il vivra à Ste-Foy un temps de retraite actif, s’occupant de la gestion de la bibliothèque de la maison, continuant de lire, de travailler et de correspondre, de publier encore (Espérer en Jésus-Christ aujourd’hui, en 1997) et jusqu’au bout d’accompagner des groupes de réflexion de laïcs.
Prêtre, Joseph de Baciocchi avait la passion de l’Eglise, de son unité et de sa pertinence évangélique pour les hommes de ce temps. C’est ainsi, selon l’expression du P. Colin, « l’œuvre de Marie » qu’il a cherché à servir sa vie durant, avec la rigueur intellectuelle et la liberté qu’on lui connaissait. Mariste, il a été un confrère très présent, humble et fraternel. Il fut un bon serviteur.

-  Témoignage du P. Bernard Sesboué, sj

L’image privilégiée que je retiens du P. Joseph de Baciocchi est celle de la droiture, une droiture qui s’exprimait aussi par sa prestance physique : il était grand et droit comme un I.
Une droiture dans les relations humaines toujours claires et franches avec tous. Une droiture particulièrement importante dans le Groupe œcuménique des Dombes avec nos frères protestants. Je me rappelle cette formule qu’il affectionnait : on peut avoir tort dans sa manière d’avoir raison. Rien en lui de biaisé, de fuyant, d’ambigu.
Une droiture dans sa manière de faire de la théologie et dans son christocentrisme, dont il estimait qu’il était à la base du dialogue des Dombes : tout rapporter de nos conflits, tout mesurer à l’aune du Christ.
Une droiture qui le rendait modeste, trop modeste peut-être, dans le jugement qu’il portait sur sa théologie. Il a fait avancer la théologie sacramentaire, en particulier celle de l’Eucharistie et de la présence réelle.
Une droiture courageuse enfin, qui alliait à une solidarité catholique sans faille une ouverture inventive et audacieuse pour faire avancer la marche œcuménique.
Merci, Seigneur, pour ton serviteur bon et fidèle que tu as trouvé vigilant au jour de ta visite.

Publié le 29 août 2009 dans : Actualités > Brèves