Avec Patrick Royannais, prêtre du diocèse

Méditation pour le 18e dimanche du temps ordinaire, sur la première lecture dans le livre de l’Ecclésiaste - 1er août 2010

Vanité des vanités, tout est vanité. Pas sûr que le texte soit bien traduit. Ou du moins, il faudrait entendre vanité comme ce qui est vain, vide. Non pas la vanité comme l’orgueil, le défaut moral qui consiste à être plein de soi, mais la vanité comme l’inutile, le caractère vain de toute entreprise, de tout.

L’hébreu dit littéralement, avec le même mot que le nom d’Abel qui signifie buée, si fragile qu’il disparaît à peine être entré sur la scène biblique, buée de buée, tout est buée. Comme cette buée qui sort de notre gorge par temps froid, inconsistante. A peine visible que déjà elle s’efface.

Lorsque nous sommes au monde, que nous ouvrons les yeux, les oreilles, que nos sens sont en éveil, nous parvient la sensation d’un monde. Lorsque nous sommes au monde, nous nous écrions, émerveillés : « c’est ! » comme en réponse aux paroles divines qui suscitent toutes choses : Que la lumière soit, et la lumière fut. Que ce soit, dit Dieu, et « c’est », et c’est bon, même très bon. Il y eu un soir, il y eu un matin.

Et comment dirions-nous autre chose que « c’est » ? Celui qui dit « ce n’est pas » de ce qui est là, est en pleine contradiction. Nous ne pouvons pas dire que le néant existe ou que ce qui existe est néant.

Et pourtant, devant la violence, la mort, les catastrophes naturelles, la longue et lente décrépitude due à l’âge et à la maladie, devant tant de projets audacieux ou non qui ne peuvent voir le jour, comment ne pas dire que la vie de l’homme, et même ce monde, ce n’est rien, ce n’est pas. Oui, vanité. Buée de buée, tout est vain, nos projets de vie, nos amours, nos efforts de paix. Nous passons notre vie à nous battre pour tenter de vivre, et, inexorablement, la mort avance. Qui contesterait la fragilité, l’évanescence, la vanité de quoi que ce soit, qui contesterait que tout est buée ? Peut-on cependant encore honorer la grandeur de Dieu et la dignité de l’homme, même fragile, à tout considérer comme rien ? Peut-on en revanche, sans nous tromper ni se moquer du créateur, affirmer pleins de forfanteries que « c’est », mensonge qui dénie la douleur de la faiblesse des petits. Impossible d’affirmer, impossible de nier.

Ce n’est pas seulement l’âpreté aux gains qui est stupide. « Fou que tu es, cette nuit même on te redemande ta vie ! » A quoi bon tout cela ? Et pourtant, il faut bien se retrousser les manches pour soutenir le malheureux, quand bien même on n’en voit pas le bout de la misère. Théâtre de l’absurde qui pourrait être le sens de ce Buée de buée, tout est buée.

Se pourrait-il qu’Il soit venu chercher ce qui était perdu (Lc 19,10) ? Qu’il soit venu appeler non les justes mais les pécheurs (Mt 9,13), qu’il ait choisi ce qui est rien pour réduire à néant ce qui est (1 Co 1,28). Non seulement le sang d’Abel le juste qui est comme vengé ou racheté, rendu à la vie, mais de surcroît, ce qui a du prix, ce dont on dit « c’est », bousculé dans le vide du néant par ce qui n’est. Nul dolorisme, nul misérabilisme. La seule solution pour nous tirer du néant où nous sommes et que signe d’avance notre mort : choisir ce qui n’est pas. Laisser là la réussite et le succès, ne pas se préoccuper de garder sa vie, de la sauver. Nouvelle création qui de cette buée inconsistante fait des fils et filles de Dieu. Création ex nihilo, comme l’on dit, de rien. Ce n’est rien, mais parce que c’est ce que Dieu a choisi, « c’est », nous sommes, en notre fragilité, le lieu où reposent sa gloire et sa grandeur : Abel le juste et tous ceux qui sont nés de l’Adam et de l’Eve, du terreux et de la vivante.

P. Patrick Royannais Prêtre du diocèse


Ecouter les textes

Lecture du livre de l’Ecclésiaste (Qo 1, 2 ; 2, 21-23)

Vanité des vanités, disait l’Ecclésiaste. Vanité des vanités, tout est vanité ! Un homme s’est donné de la peine ; il était avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi est vanité, c’est un scandale. En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous les jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela encore est vanité.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 13-21

Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Puis, s’adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : ’Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ’Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ’Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

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Publié le 26 juillet 2010 dans : Témoigner > La Parole de Dieu > L’Evangile de dimanche prochain