Blood Diamond

de Edward Zwick

Etats-Unis, 2006, 2h22. Sortie en France le 31 janvier 2007.

avec Leonardo DiCaprio, Djimon Hounsou, Jennifer Connelly.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » semble crier Leonardo DiCaprio au cœur d’un des conflits les plus absurdes du continent africain. On se frotte les yeux. Mais non, Hollywood a bien envoyé un des ses plus célèbres acteurs au cœur de l’enfer pour nous faire prendre conscience de tout le sang versé pour ces pierres. Si brillantes et si chères qui scellent les promesses d’alliance chez les futurs mariés du monde occidental.

Blood Diamond se déroule pendant la guerre civile du Sierra Leone. De 1991 à 2002, pour le contrôle des zones diamantifères, ce petit état de l’Ouest africain a vécu des conflits très violents, malheureusement célèbres pour la présence massive d’enfants-soldats. Les conflits armés ont cessé lorsque la communauté internationale a essayé de mettre fin à l’exportation des « diamants du sang ». Le message de Blood Diamond est donc d’abord politique mais comme les studios américains n’ont pas l’habitude de travailler pour éduquer les masses mais pour être rentables, le film est construit pour plaire à un large public. Une vedette internationale, un scénario qui donne un maximum de place à l’action, des décors somptueux, un brin d’humour et de romance. De la violence mais pas de sexe puisque aujourd’hui la nudité heurte plus que le massacre d’un village de paysans africains, avec femmes et enfants hurlant devant leurs cases en feu et leurs parents mutilés. Ce point mériterait d’être approfondi puisqu’il est entrain de traverser tout le cinéma commercial mais là n’est pas le sujet de cette chronique.

Blood Diamond est un film qui donne du plaisir au spectateur tout en lui fournissant les éléments pour percer les rouages obscurs de la scène internationale où politique, économie et magouilles se mêlent étroitement. Si la Sierra Leone est à feu et à sang, c’est en partie parce que des gouvernements occidentaux financent la guérilla ou le gouvernement en place, vendent des armes aux uns et aux autres et se font payer avec les diamants de sang que rachètent les consommateurs. Le réalisateur nous montre tout de cette guerre civile, les massacres, les mutilations et surtout l’enlèvement des ces enfants, forcés de prendre des armes et de tirer sur leurs pères. Le drame des enfants soldats participe au scénario, tout comme la misère odieuse des grands villes du tiers-monde et le déplacement de millions de personnes dans des camps de réfugiés.

On est complètement séduit par Danny Archer, le personnage interprété par Leonardo DiCaprio. Un jeune homme sans attache, originaire de « Rhodésie », mercenaire avec les Sud-Africains, aventurier du continent, toujours à l’affût d’une bonne affaire, passeur de diamants pour de grandes compagnies néerlandaises ne voulant pas se salir les mains. Beau gosse gouailleur, on devine pourtant ses failles, ne serait-ce que lorsqu’il redevient ce petit garçon obéissant devant son ancien colonel. Ou lorsqu’il craque un soir où la douceur ambiante lui fait questionner la présence de Dieu dans cet enfer. Un personnage qui a de l’épaisseur, du souffle, un véritable héros romanesque au destin dramatique.

Alors on est d’autant plus déçu face aux autres personnages principaux qui ne prennent jamais corps face à lui. Le personnage noir, Solomon Vandy, cet Africain qui fait tout le film à côté de l’aventurier blanc, joué par Djimon Hounsou, dont on ne saura rien. Il n’existe que pour permettre à Danny Archer de mener sa quête pathétique à la poursuite d’un gros diamant rose et détailler pour les spectateurs le processus de cette guerre qui a ravagé la Sierra Leone. Solomon cherche sa famille, on sent de la rage en lui, de la sensibilité, du respect mais rien de construit dans son personnage, rien qui ferait de lui un égal de son comparse et, vu les bonnes intentions de départ de ce film, on ne peut être que consterné devant cet état de fait… Il y a enfin une journaliste, américaine, Maddy Bowen, dont l’ambiguïté n’a d’égal que celle du film. Dénonçant les médias et leurs publics qui se gavent d’horreur au petit-déjeuner, elle est celle qui prend les clichés des drames dès qu’elle les hume, jusque derrière les grilles des camps de réfugiés, au plus intime de la souffrance. Indépendante grâce à ce métier qui lui permet de traverser tous les conflits de la planète en satisfaisant et sa soif d’aventure et sa bonne conscience, sans oublier son compte bancaire.

Le réalisateur américain de Blood Diamond, Edward Zwick est certainement animé des meilleurs sentiments qu’il soit face aux drames du monde contemporain. Il aime que ses personnages prennent conscience de leurs actes et aillent vers une sorte de rédemption, ce qui arrive à Danny Archer dans le film. Mais sa performance d’acteur peut-elle racheter tout le film lorsqu’on l’analyse de plus près ? La morale est-elle sauve parce qu’à la fin du film on demande aux spectateurs de ne plus acheter de « diamants du sang » ? Et à ceux qui, comme moi, n’achète jamais de diamant, que faut-il faire ? Que nous a-t-on vendu au prix d’un billet de cinéma ? Un bon film d’action ? Encore un peu plus de voyeurisme sur la misère humaine ?

 

Magali Van Reeth

Publié le 31 janvier 2007 dans : Témoigner > Arts et culture > Les archives du cinéma