La rue, autoroute de nos indifférences

Dans le cadre de la crise que traverse le SAMU social et qui dessine d’autres difficultés à venir, retrouvez ci-dessous une chronique du père Bernard Devert, président fondateur d’Habitat et Humanisme.

Les personnes en situation de pauvreté, pour être les oubliées de la société, se présentent comme les premières victimes de l’endettement de notre Pays.

Le cri d’alarme du docteur Xavier Emmanuelli mérite que nous lui prêtions une grande attention. Faute de moyens suffisants, malgré de nombreux et pressants appels, le SAMU social s’est vu dans l’obligation de fermer l’un de ses sites qui, sur Paris, accueillait des femmes et des enfants.

Cette fermeture inexorable met à la rue des personnes qui, déjà bien désarmées, sont désormais confrontées à l’insécurité absolue.

Quand un véhicule du SAMU se déplace, la première réaction, comme signe de compassion partagée, est de faciliter son passage. Pourquoi cette attitude est-elle absente quand il s’agit du SAMU social et de toutes les actions liées au recul de l’exclusion ? Pire, au lieu de nous déplacer pour donner une priorité aux soins, en l’occurrence un hébergement ou un logement, nous déplaçons les accidentés de la vie vers un ailleurs : la rue, qui cristallise tous les risques.

L’importance de la dette de l’Etat et des Collectivités locales ne saurait justifier que nous nous éloignions de l’assistance à la personne en danger.

Vaine est la recherche de la cohésion sociale si elle n’est pas accompagnée de ce minimum de « prendre soin » que représentent un hébergement humanisé et un logement abordable. Comment justifier qu’il n’y ait pas davantage de mobilisation, sauf à penser que l’indifférence a gagné les cœurs et les esprits.

Quel drame que de tout dédramatiser ; s’ouvre alors le chemin de la déshumanisation.

Personne n’est déchu de sa condition humaine, personne ne peut l’être. Aucun pouvoir, aucun évènement n’a le pouvoir de nous faire déchoir, écrit Xavier Emmanuelli dans son livre « Au seuil de l’éternité ».

L’explosion des « SAMU social » nous interroge sur le seuil de notre humanité. La mesure de notre engagement pour refuser l’inacceptable, s’en révèlera le test.

Déjà se préparent « les plans froid ». Saurons-nous trouver des projets pour que toute personne, quelle que soit son histoire, soit mise à l’abri. Recueillerons-nous l’approbation des riverains et le soutien des élus, ou bien nous faudra-t-il encore lutter contre l’indifférence de ceux qui s’habituant aux statistiques – occultant les visages – , habitent le refus de l’autre.


Bernard Devert
Président Habitat et Humanisme
27 juillet 2011

Publié le 28 juillet 2011 dans : Actualités > Brèves