Le temps des porte-plumes

de Daniel Duval

France, 2005, 1h34. Sortie en France le 8 mars 2006.

avec Jean-Paul Rouve, Raphaël Katz, Anne Brochet, Denis Podalydès, Annie Girardot, Laurent Deutsch.

On peut dire de l’enfance de Pipo, le héros du Temps des porte-plumes, que c’est un désastre. Mais lui ne connaît pas autre chose qu’un père alcoolique, une mère à la santé fragile et la pauvreté totale dans une ville française des années 50. Alors il ne se plaint pas. D’ailleurs qui l’écouterait ? Personne ne lui parle et il faut attendre qu’un drame survienne pour qu’enfin des policiers, un médecin, une assistance sociale lui posent des questions. Mais quand on n’a pas l’habitude de se plaindre ou de faire la conversation, il y a des monceaux de douleur qu’on ne pourra plus jamais dire.
Pipo est placé dans une famille à la campagne, une vraie, avec des gens qui s’aiment et des poules dans la cour. A cette époque là, même les gens les mieux intentionnés n’avaient pas encore lu Dolto et confondaient facilement « méchanceté » et « souffrance ». Pipo tente de s’adapter. Il est maladroit, impulsif et ne parle pas beaucoup. Il faudra beaucoup d’amour de part et d’autre pour lui donner une autre vie, une vraie chance qu’il soit capable de saisir.
Le réalisateur Claude Duval est un cinéaste qui n’avait pas tourné depuis 20 ans. Et depuis longtemps, il portait en lui ce film sur son enfance. Toutes ces années lui ont permis d’affiner ce projet et lui ont permis d’arriver à traduire en fiction ses blessures intimes. Car Le temps des porte-plumes va bien au delà d’un récit autobiographique. Sa force, c’est justement la distance trouvée par le réalisateur par rapport à sa propre histoire pour lui donner une portée plus universelle. L’enfance de Pipo est une part de toutes les enfances, qu’on soit en 1954, 1975 ou en 2006.
Remarquablement interprété par trois comédiens tout en sobriété, le jeune Raphaël Katz, la toujours sublime Anne Brochet et Jean-Paul Rouve, craquant à souhait dans son marcel campagnard bleu sale... Le temps des porte-plumes est un film tout public, sans pathos mais à l’émotion juste et sincère qui donne un brin de soleil à tous les spectateurs.
 
Magali Van Reeth

Publié le 8 mars 2006 dans : Témoigner > Arts et culture > Les archives du cinéma