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Noël : quatre lettres pour désirer la paix !

Publié le 19 décembre 2018

Noël : quatre lettres pour désirer la paix !

Le chanoine Jean de Boissieu (1871 – 1953) nous rappelle que la paix est essentielle et se trouve au cœur du message divin. Il s’appuie à plusieurs reprises sur la définition donnée par Thomas d’Aquin, la paix étant alors « la tranquillité dans l’ordre. » Il l’exprime dans son homélie de Noël 1936 :

« Il est remarquable de constater comme la première parole venue du ciel, qui a été prononcée dès l’arrivée du Fils de Dieu en ce moment a été l’annonce de la paix, et les premières paroles prononcées par le Christ lui-même, après sa résurrection à ses apôtres assemblés dans le cénacle ont été pour les rassurer en leur prêchant la paix. […] L’Évangile est la loi d’amour et Jésus est venu apporter l’amour sur la terre. La grande loi est la charité. » [1]

Signification de Noël

Nous ne pouvons débuter cet article sans nous arrêter sur la signification de Noël, au regard de la définition donnée par l’abbé Charles Paliard :

« Noël est donc un paradoxe. Nous faisons réellement connaissance de Jésus Christ près de son tombeau, en écoutant le message de Pâques. Mais ceux qui ont donné leur foi au message de Pâques, le goût leur prend de célébrer aussi l’anniversaire de sa naissance, avec la certitude que nous ne le fêtons pas ‘sans lui’…le paradoxe de Noël, c’est le paradoxe même de la résurrection. […] Le chemin de notre foi va du tombeau de Pâques au berceau de Noël. C’est à ceux qui ont accueilli le Message bouleversant, et source de joie infinie de Pâques, que Noël livre son secret ; ce sont les croyants dont la foi a jailli toute neuve en un matin de Pâques, plus forte que la peur ou les larmes, qui éprouvent le besoin de se rassembler aussi autour de l’image du berceau en faisant mémoire de la naissance de celui dont ils croient que Dieu l’a ressuscité des morts. » [2]

« Nous trouvons un enfant nouveau-né. Un enfant qui ne parle pas. Il y a beaucoup de miracles dans l’Évangile, mais pas le miracle qui consisterait à ce que le bébé fasse un sermon à ses visiteurs ! […] Et dans ce bébé qui ne parle pas, nous célébrons le ‘Verbe’ de Dieu, c’est-à-dire la ‘Parole’ par excellence, la Parole qui exprime ‘ce qui se passe’ en Dieu (et dans l’homme), le ‘Verbe’, tous les enfants le savent, c’est le ‘mot’ de la phrase qui exprime l’action. […] La venue au monde d’un nouveau-né, c’est l’apparition de celui que nous ne connaissons pas encore. Il nous ‘dit’ beaucoup de choses, justement parce qu’il ne parle pas. Il est parmi nous la figure de l’énigme de la condition humaine parce que nous ne savons pas encore ce qu’il sera, l’éventail des possibilités humaines est ouvert pour lui quasi à l’infini, malgré la détermination de l’hérédité ; et nous ne savons pas encore ce qu’il fera de nous, ce que nous deviendrons à cause de lui. »[3]

Noël, un temps de paix privilégié et fortement désiré, surtout en période de guerre !

La Seconde Guerre Mondiale

Ce temps de Noël puis de l’Avent nous rappelle l’importance que revêt encore dans nos sociétés la paix. L’actualité est faite de trop nombreux exemples journaliers, où le sens du mot paix est en déliquescence. Face à ce contexte belliqueux, souvenons-nous de cet appel pontifical du 25 décembre 1941 de Pie XII : « Il n’y aura pas de place – étant une fois éliminés les foyers les plus périlleux de conflits armés – pour une guerre totale ou pour une course sans fin aux armements. On ne doit pas permettre que le malheur d’une guerre mondiale, avec ses ruines économiques et sociales, s’abatte pour la troisième fois sur l’humanité. »[4]

Pendant le second conflit mondial, les homélies de Noël du cardinal Gerlier se font souvent l’écho des souffrances liées à la guerre. Le souhait d’une paix durable n’en est que plus fort. Dès 1939, l’homélie du cardinal est fortement marquée par la guerre et la souffrance. « La douceur de méditer devant la Crèche à l’heure où nous souffrons sans perdre confiance jamais. […] Le froid, la pauvreté […] nos prisonniers exilés de leur Patrie ou sur la terre étrangère. Comme il est bon de dire nos souffrances à un Dieu qui a voulu les partager. »[5] En 1942, Mgr Gerlier concentre son sermon de Noël, sur le sens chrétien de la souffrance : « Encore un Noël de guerre et la nuit reste sombre et nos tristesses demeurent les mêmes. Approchons-nous de la Crèche. Cette vision ravissante de douceur et de bonté nous rassérénera. […] Demandons au doux Sauveur de la Crèche de nous aider à comprendre nos souffrances dans cette lumière, à vouloir réparer pour nous et pour les autres. Multiplions la prière humble, fervente et généreuse. »[6]

En réponse au contexte temporel douloureux, le pape Pie XII invitait, en 1941, les chrétiens mais surtout les différents belligérants à s’ouvrir à la principale richesse de l’humanité, qu’est sa diversité. « Dans le champ d’une nouvelle organisation fondée sur des principes moraux, il n’y a pas de place pour l’oppression ouverte ou dissimulée des particularités culturelles et linguistiques des minorités nationales, pour le resserrement de leurs libertés économiques, pour l’abolition ou la limitation de leur fécondité naturelle. »[7]

Les homélies de Noël sont aussi l’occasion de rappeler à tous l’amour de la patrie et de faire preuve d’un patriotisme charitable, c’est-à-dire avec le regard de la Crèche. Comme le montrent les vêpres de Noël 1943 de Mgr Gerlier :

« Soyons les ouvriers pacifiques de la Vérité, et non les sectateurs étroits d’une pensée partisane. Ce sera l’honneur de la France que d’avoir travaillé ainsi à apaiser la discorde des âmes, cette France qui est assez riche de gloire pour traverser sans déchéance une rude période d’humiliations, assez prompte au redressement pour demeurer calme et fière devant les pronostics téméraires de ceux qui la voudraient condamner à n’être plus qu’une nation secondaire. »[8]

La guerre d’Algérie

L’homélie du cardinal Gerlier, en ce soir de Noël 1958, en pleine guerre d’Algérie, permet de rappeler l’émotion primordiale qu’est la joie :

« La joie inépuisable de Noël, les siècles ne la diminuent pas. Elle remplit toute la terre. […] Noël n’existerait pas davantage si, il y a vingt siècles, un petit enfant d’abord inconnu n’était pas né dans l’obscurité et la pauvreté de Bethléem. Incident minuscule, en apparence, dont la mémoire n’aurait pas dû survivre, mais qui remplit le monde entier d’allégresse, car le Petit Enfant était Celui que le monde attendait, qui avait été annoncé par les Prophètes, et qui apportait le salut à l’humanité, au prix de son sang. Humilité incroyable de cette naissance, dont les premiers témoins et adorateurs furent de pauvres bergers […] La paix ! C’est toujours, à travers les siècles, l’aspiration ardente, anxieuse, douloureuse, parfois de l’humanité. Elle est si peu réalisée dans le monde qu’agitent les inimités, les haines sociales, les haines de race, et à certaines heures tragiques, les horreurs de la guerre. […] Divin petit Enfant de la Crèche, daignez en ces heures terribles de faire revivre la fraternité parmi les hommes, et aider notre monde désemparé à retrouver la Paix, dans la justice et l’amour. »[9]

Au soir de Noël 1959, le cardinal invite à une véritable politique de paix : « En ce cinquième Noël depuis qu’a commencé la guerre d’Algérie, nous invitons les chrétiens à tout mettre en œuvre pour qu’un terme soit trouvé à ce tragique conflit qui a fait couler déjà tant de larmes et tant de sang. »[10]

Une anecdote joyeuse !

Les notes des anciens sous-maîtres des Cérémonies nous rapportent une anecdote du xvie siècle, qui procura une grande joie au diocèse, l’homélie de l’archevêque pour Noël : « Jour de Noël, Mgr Pierre d’Epinac Archevêque de Lyon, prêcha dans Saint-Jean entre midi et une heure, auquel Sermon, il y eut une infinité de gens, parce qu’il n’y eut que ce Sermon ce jour-là dans toute la Ville, joint à cela que depuis très longtemps on n’avait vu, ni ouï dire qu’un Archevêque de Lyon eût prêché. Il prêcha environ durant une heure et demie, fort doctement, au gré et joie d’un chacun. »[11]

Par Sarah Chaplain-Rey-Robert.
Un grand merci au service des archives du diocèse.


[1] I / 935, 2. Noël. 1929 – 1949

[2] I / 751, cours de dogme n°5, 1978 / 1979

[3] I / 751, cours de dogme n°5, 1978 / 1979

[4] 11 / II / 108, homélie Pie XII, 1941, p. III

[5] 11 / II / 108, enveloppe Noël

[6] 11 / II / 108, homélie 1942, dactylographiée

[7] 11 / II / 108, homélie Pie XII, 1941, p. II

[8] 11 / II / 108, vêpres, 1943, dactylographiées

[9] 11 / II / 108, Noël 1958 (extrait 1extrait 2)

[10] 11 / II / 108, Noël 1959, extrait

[11] 11 / II / 108, enveloppe « Sacré Cœur »

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Les photos sont issues des archives du diocèse de Lyon.