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Les évêques
Que la Lumière de l’Orient éclaire nos Eglises d’Occident !

Publié le 06 février 2017

Que la Lumière de l’Orient éclaire nos Eglises d’Occident !

Par le cardinal Barbarin, le 2 février 2017, à l’occasion de la projection monumentale sur la basilique Saint-Martin d’Ainay. Retrouvez également quelques images en bas de l’article.

Ainay, chapelle, couvent, monastère, Basilique !
Sanctuaire entre Saône et Rhône,
Tabernacle de confluence et de passerelles,
de voûtes et de remparts,
de rivages, de ports et de vaisseaux.
Ainay, Abbaye, la maison de l’Abba dont nous parle la Bible.
Les bras d’un Père qui attend et espère le retour de ses enfants !

Ainay, au cœur de cette Presqu’île,
tu gardes la mémoire et le mystère de Lyon.

Ainay, au pied de cette façade,
nous contemplons quinze siècles d’histoire chrétienne et lyonnaise !
Tu as vu, au fil des siècles défiler les Mérovingiens,
les enfants de Charlemagne et d’Hugues Capet, les amis de Luther
et les citoyens de Marianne, et nous tous ici réunis, ce soir.

Le chant des moines bénédictins de Bonneval a façonné tes voûtes, adouci tes arêtes, fortifié tes colonnes et tes chapiteaux.

Tu accueilles l’archevêque de Canterbury,
les papes Pascal II et Innocent IV,
Henri IV qui accueille à Ainay sa jeune épouse, Marie de Médicis.
Louis XIII et Richelieu, Louis XIV et tant d’autres,
humbles et petits, anonymes discrets,
âmes ferventes, vaillantes, aimantes de notre ville !

A l’heure sombre des divisions de l’Eglise,
défiguré par le baron des Adrets,
ton cloître est rasé.
Et l’église dévastée reste là comme un symbole de cette déchirure,
survenue il y a cinq siècles … et que nous aimerions tant voir disparaître aujourd’hui.

Toi, qui à la Renaissance, t’enorgueillis de ta puissance temporelle
Tu ne prends pas garde…
A mesure que grandit ta force, diminue ta vigueur spirituelle…

La Révolution te transforme en un grenier à blé.
On hésite même à te faire disparaître.
L’Evangile nous avait prévenus :
« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même,
au lieu de s’enrichir en vue de Dieu » (Luc 12, 21).

Et te revoilà, restaurée, rénovée,… comme ressuscitée !

Au XIXème survient tout près de toi le « cheval de feu ».
Le nom de Perrache se répand dans la France entière.
Et les voûtes divisent notre ville…
une frontière résolument combattue
et qui s’estompe grâce à l’Université catholique,
et à la renaissance du quartier « Confluence » !
Saint Pie X t’a élevée au rang de Basilique mineure, en 1905,
au moment où mon prédécesseur devait quitter Saint Jean pour Fourvière.

Ainay, permets-moi de te dire ce soir notre joie, notre admiration,
et ma reconnaissance !
A peine nommé cardinal, il y a quelques années… déjà,
j’ai eu la joie de recevoir le patriarche du Liban.
Et c’est ici, sur ce parvis, que je l’ai emmené, d’abord,
pour qu’il découvre Lyon. C’était un après-midi d’octobre.
Un essaim d’enfants qui jouait alentour nous entoura aussitôt,
intrigués par nos vêtements.
Et une petite fille, de famille juive, s’approchant
nous expliqua qu’elle aimait Dieu,
et cette « maison de Dieu », à côté de son école.

Je viens te rendre hommage,
à toi et à ta fidélité,
à ta pudeur, à ta fierté et à ta constance.
Nous aimons la solidité des quatre colonnes de ta nef,
taillées dans un granit gris de Haute Egypte
et arrivées jusqu’à nous après avoir soutenu le temple d’Auguste, à Rome.

Dans une formule historique, Edouard Herriot disait :
« Les trois gloires de Lyon sont d’avoir été en l’espace de deux siècles :
une colonie de l’empire romain, la cellule initiale de la nation française et le
premier foyer du christianisme en Gaule. »

A ces trois gloires, le Maire de Lyon d’alors aurait pu ajouter celle de l’Orient : la Gloire de Jérusalem et de Ninive, celle de Polycarpe, de Pothin et d’Irénée, les lumières de l’Egypte, de la Syrie et du Liban…
Ces quatre gloires, ces quatre colonnes, les voici réunies, grâce à la projection de ce soir.

Ainay, est-ce impudique de te dire :
« Je t’aime, ma Basilique, car tu es la seule église romane de notre ville.
Tu es le signe visible de la grâce de Lyon, baptistère des Gaules,
et le témoin fidèle de notre histoire.
Dans nos cœurs, tu es inséparable de saint Jean,
de saint Bonaventure et de saint Nizier.
Et notre agglomération tout entière, avec ses églises, ses maisons et leurs habitants
demeure sous le regard maternel de Marie, la Toute Sainte,
qui veille sur nous du haut de Fourvière.
Lyon, ville des premiers martyrs et des derniers témoins…

Je pense à Etienne, l’enfant de ce quartier, aujourd’hui missionnaire à Taïwan
que j’ai salué il y a quelques jours quand j’ai fait escale sur son île, en chemin vers Manille.
Je prie pour que le cœur de chacun soit ouvert au monde entier.
N’est-ce pas le sens de notre nom de « Catholiques » ?

Ainay, tu portes le nom de saint Martin. Il venait de la lointaine Pannonie,
Et il a su partager le peu qu’il avait avec plus pauvre que lui.
Je lui demande de nous garder toujours un cœur attentif,
pour partager nos vêtements et nos biens avec les pauvres d’aujourd’hui.
Et ma pensée va d’abord aux chrétiens chassés de Mossoul, en juillet 2014.

Nous sommes partis à leur rencontre aussitôt après.
Mais en décembre, nous étions près de cent à atterrir à Erbil,
où ils étaient réfugiés, pour fêter avec eux l’Immaculée Conception.
Nous avions emporté nos bougies du 8 décembre.
Nous avons fait notre procession lyonnaise habituelle,
dans les rues de leur ville, avec eux.
Et le pape François avait tenu à leur adresser un message
qui fut projeté sur de écrans géants.

Nous étions partis pour alerter, c’est-à-dire montrer le destin de ceux qui sont restés fidèles au Christ et qui pourraient être oubliés dans les méandres de l’histoire. En allant à la rencontre de ces personnes déplacées, parquées dans des camps, affrontant l’hiver, nous savions qu’en réalité, ce sont eux qui nous alertent sur l’état de notre société et de notre foi, eux qui ont préféré le choix de la conscience à celui des biens matériels, eux qui ont fait passer la vérité avant leurs intérêts particuliers. C’était le sens profond de ces lumignons de l’espérance qu’ils allumèrent devant leurs abris de fortune, comme les Lyonnais le font à leurs fenêtres, chaque année.

Aujourd’hui, c’est cette même lumière qui est projetée sur la façade d’Ainay. Elle vient de tous ceux qui portent ensemble le souci des chrétiens d’Orient. C’est, pour reprendre l’expression de Charles Péguy, la 4ème flotte, celle des prières non formulées qui convergent vers le vaisseau amiral de la magnifique basilique d’Ainay, celle au pied de laquelle on dit qu’il y eut un port.

Alors, c’est à Notre-Dame de la mer et de l’illustre Port que je confie ces illuminations pour qu’à l’image des chrétiens d’Orient, d’Irak et de Mossoul, nous ne demandions rien qu’ « une espérance plus forte que la mort ».

Le pape François leur a dit : « Quand viennent le vent et la tempête, le roseau plie mais ne se casse pas. Vous êtes, en ce moment même, ce roseau ; vous pliez, avec douleur ; mais vous avez cette force qui vous fait tenir bon dans votre foi. Et c’est pour nous un témoignage. Aujourd’hui, vous êtes les roseaux de Dieu ! Les roseaux qui s’abaissent sous ce vent féroce, mais qui ensuite se redresseront. »

A Louis-Raphael Sako, Patriarche des Chaldéens, qui nous a demandé de ne pas oublier les chrétiens d’Orient, nous voulons obéir en demandant :
Que la Lumière de l’Orient éclaire nos Eglises d’Occident !
Sous le regard de Notre Dame, nous voici tels de roseaux battus par des vents féroces.
Sous la bise légère de ta maternelle tendresse, Marie, garde tes enfants de Lyon et de Mossoul !

En m’inspirant du cantique de Syméon, que nous entendrons dans un instant, durant la Messe de ce 2 fevrier, prions pour la libération de Mossoul :

« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser tes serviteurs s’en retourner dans leurs villes, leurs villages
et leurs maisons
en paix, selon ta Parole.
Car leurs yeux ont assez vu le désespoir et la mort.
Ils veulent maintenant la lumière
que tu prépares à la face des peuples :
Lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple, Israël, et à tous les peuples de la terre. »

Cardinal Philippe Barbarin, le 2 février 2017

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