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Les évêques
Homélie du 15 août, à Éphèse

Publié le 15 août 2018

Homélie du 15 août, à Éphèse

Excellence, chers Pères et Frères du sanctuaire de la Mère de Dieu,

Chers  Frères et Sœurs,

 

Laissez-moi, pour commencer, remercier Mgr Lorenzo Piretto, archevêque d’Izmir, de nous avoir invités à célébrer la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie ici, dans ce sanctuaire d’Ephèse, avec vous tous.

Ce n’est pas moi qui réussirai à démêler l’écheveau complexe des traditions sur le lieu où la Vierge Marie a terminé le cours de sa vie terrestre. Mais ici, nous rendons grâce à Dieu pour ces récits qui présentent l’arrivée de l’apôtre Jean, délégué par les Douze, pour l’évangélisation de l’Asie Mineure.  Il venait en compagnie de celle que le Seigneur lui avait confiée, avant son dernier souffle sur la croix : « Voici ta mère », phrase que l’Evangile complète ainsi : « A partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 27). On comprend donc que la tradition des premières communautés ait parlé de la présence de Marie auprès du « disciple que Jésus aimait », l’évangélisateur de ces contrées d’Asie Mineure.

Ephèse, dans l’Eglise, évoque surtout l’événement du troisième concile œcuménique, qui fut célébré ici, en 431. Sous la forte pression de saint Cyrille d’Alexandrie, les Pères décrétèrent que le peuple saint avait raison d’appeler Marie théotokos. Quelle aventure ! Quand Nestorius, en 428, devint patriarche de Constantinople, il se trouva rapidement en conflit avec son peuple. Il lui reprochait d’appeler Marie Théotokos : Dieu n’a pas de mère, puisqu’il est éternel ! Selon lui, il fallait se contenter d’appeler la Toute Sainte Christotokos. Ceci suffirait à affirmer clairement que celui qu’elle avait enfanté est bien le Christ, le Messie, le Sauveur attendu, promis depuis des siècles. Mais la foi, la piété, la prière du peuple chrétien avaient des racines théologales plus profondes que les raisonnements de l’évêque !

Ici, donc, l’Esprit Saint éclaira les Pères du Concile sur la vérité de ce mystère qui nous dépassera toujours : dans la personne du Verbe incarné, dans la réalité concrète de cette petite existence humaine qui apparaît aux yeux du monde à Bethléem, toutes les particularités, les propriétés de l’homme peuvent être attribuées à Dieu. Cet enfant qui vient de naître a une maman, il grandira, apprendra, travaillera, souffrira et mourra comme tous les enfants des hommes. Dès lors, chacun de ces verbes peut avoir Dieu comme sujet si l’on parle de Jésus. On peut dire que Dieu apprend, quand l’Enfant Jésus découvre ce qu’on lui enseigne, que Dieu souffre, que c’est Dieu qui meurt sur la croix au Golgotha, alors que Dieu bien sûr ne meurt jamais.

Théotokos, « celle qui a enfanté Dieu » est peut-être une expression plus humble que « Mère de Dieu », des mots qui n’ont pas fini de scandaliser les non chrétiens et qui devraient brûler nos lèvres, chaque fois que nous les prononçons. Y aurait-il, dans nos diverses langues, une manière de rester plus près, tout près du terme choisi par les Pères du Concile d’Ephèse ? Enfin, ce qui est sûr, c’est que lorsque l’Esprit la couvrit de son ombre, elle conçut en son sein cet enfant et que celui dont elle est la mère, sur qui elle veille avec l’amour et l’attention qu’on imagine, est Dieu.

Aujourd’hui à Ephèse, la proclamation du Magnificat, notre Evangile du 15 août, revêt pour moi une joie, une force et un éclat particuliers. Dans ce chant que l’Eglise met sur nos lèvres chaque soir, à l’office de Vêpres, nous sommes invités à rendre grâce à Dieu, dans un élan de joie. Plusieurs fois, les Ecritures nous rappellent le devoir et la mission de l’action de grâce ! L’Evangile rapporte l’épisode des dix lépreux guéris par Jésus et évoque le désarroi du Seigneur, lorsqu’il constate qu’un seul revient vers lui pour le remercier. Et « les neuf autres, où sont-ils ? » (Luc 17, 17). Serait-ce que moi, serait-ce que nous, nous oublions de dire merci pour quatre-vingt-dix pour cent des grâces reçues du Seigneur, et des cadeaux qui nous arrivent de la vie de nos frères et sœurs … ? En tout cas, Marie exulte, dans la gratitude et la joie !

Dans la rencontre avec Elisabeth, elle découvre avec certitude la vérité de l’événement survenu lors de l’Annonciation, à Nazareth. Bien qu’elle ne soit pas en état de comprendre le sens de la venue de cet enfant, elle comprend que cela touche et saisit son propre corps et toute sa vie. Sans cacher qu’elle est toute bouleversée, comme dans l’événement de l’Annonciation, elle peut enfin dépasser son grand trouble et proclamer la joie spirituelle qui l’envahit. Certes, elle a subi un choc, toute sa psychologie est bouleversée par l’irruption de Dieu en elle, …dans la vie d’une « toute petite ». Mais ce désarroi ne l’arrête pas.

La grandeur de Dieu qu’elle vient de découvrir, d’expérimenter de manière si inattendue lui donne le souffle de se lancer dans le plus beau des cantiques spirituels. Son « esprit » déborde, et c’est ce torrent de joie qu’elle veut déverser sur tous ceux qui entendront la Magnificat. L’événement qu’elle est en train de vivre, et celui qu’accueille Elisabeth dans cette maternité tout aussi inattendue, est une nouvelle manifestation, une petite goutte d’eau dans l’océan de Miséricorde qui déferle sur le monde depuis la nuit des temps. Et c’est ce qu’elle va se mettre à décrire.

« Sa miséricorde s’étend d’âge en âge », ce n’est pas seulement la phrase centrale du Magnificat, c’est en fait le résumé de toute la Bible qui nous est offert par la foi et la prière de la Vierge Marie. Qu’on n’aille pas imaginer que Dieu est méchant avec les riches et les orgueilleux, et plein de sollicitude avec les petits, les humbles et les affamés. C’est justement par la même et unique miséricorde qu’il veut casser l’orgueil des potentats et permettre à ceux qui croulent sous les richesses de vivre enfin l’expérience libératrice d’avoir « les mains vides ». Quant aux affamés et aux humbles que personne ne regarde, dans sa miséricorde il ne cessera jamais de prendre soin d’eux. On peut dire que Marie en est la preuve !

Frères et sœurs, dans ces terres d’antique présence chrétienne, avec l’image et la présence de celui qui fut le bon pasteur de ces terres, l’évêque saint Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean, je pense à saint Irénée dont je suis à Lyon le 134e successeur. Une douzaine de fois dans ses œuvres, Irénée évoque la figure du vieil évêque Polycarpe dont il a tant reçu. Venu ici avec mes frères, les curés de nos paroisses Saint Polycarpe et Saint Irénée de Lyon, je voudrais dire la gratitude de la vieille terre chrétienne des Gaules, de notre France, et de toutes les contrées du monde évangélisées à partir de Lyon, en Europe, en Afrique et jusqu’en Océanie pour tout ce que nous avons reçu de ces régions bénies où le Seigneur nous rassemble aujourd’hui.

Depuis des siècles pourtant, la majorité des croyants de l’Empire Ottoman, jadis, et de la Turquie actuelle sont des frères et sœurs qui cherchent Dieu et qui le prient dans la tradition musulmane. Comme vous tous, je vois que dans l’Histoire les rapports entre les chrétiens et les musulmans ont souvent été, et sont encore difficiles. Pourtant, je sais – et beaucoup d’amis musulmans sont heureux de nous le faire remarquer – que la Vierge Marie est plus souvent citée dans le Coran que dans l’Evangile. Et quand nous reprenons le chant de son Magnificat, force est de constater que sa première parole est un cri pour dire la grandeur de Dieu et que l’essentiel de sa prière est de montrer comment ce « Très Miséricordieux » est toujours à l’œuvre dans notre monde. Je suis sûr intérieurement que cette grâce quotidienne des chrétiens qui chantent le Magnificat peut et doit rejoindre celle d’autres croyants. Tous, nous croyons que la seule source de salut est la Miséricorde de Dieu. Demandons-la donc ensemble intensément pour notre monde, car c’est de ce don de Dieu qu’il a le plus grand besoin !

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