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Les évêques
Homélie du 6ème dimanche de Pâques

Publié le 17 mai 2020

Homélie du 6ème dimanche de Pâques

Découvrez ci-dessous l’homélie de Mgr Emmanuel Gobilliard pour le sixième dimanche de Pâques, dimanche 17 mai 2020.

Ce dimanche est le dimanche de la révélation de l’Esprit Saint. Vous pensez peut-être que cette révélation se fait le jour de la Pentecôte. En fait, le jour de la Pentecôte, c’est plutôt le don de l’Esprit Saint. Pour reprendre la chronologie liturgique, aujourd’hui, Jésus nous parle de l’Esprit Saint, nous fait entrer dans l’intimité de la Trinité, comme s’il voulait qu’avant de nous l’envoyer, nous le connaissions un peu.

La première chose que nous pourrions dire c’est que l’Esprit Saint, nous le connaissons déjà un peu. Il est l’Esprit de Jésus, donc il ressemble à Jésus. De même que Jésus est le visage du Père, l’Esprit Saint, c’est l’Amour de Jésus, qui s’est déjà manifesté dans toutes les actions du Seigneur dans l’Evangile. D’ailleurs, l’Amour dans l’Evangile, ce n’est pas d’abord un sentiment, une émotion, c’est d’abord une action, une fidélité aussi, un engagement de toute la personne au service de celui ou de celle qu’on aime. C’est ce qui se passe dans la Trinité où chacun est donné à l’autre, totalement livré pour l’autre. C’est aussi ce qui se passe lorsque Dieu se donne à nous, lorsqu’il nous manifeste son amour. Il est fidèle et son amour est exprimé par un engagement, un don total. En Jésus, Dieu le Père nous a tout donné. Jésus s’est livré totalement à chacun de nous dans toute sa vie et particulièrement dans le mystère pascal. Dans le mystère pascal, Jésus nous donne tout, donc il nous donne aussi ce qu’il a de plus cher : l’Esprit

Ainsi, s’il ressemble à Jésus, l’Esprit est doux et humble. Il ne s’impose pas et reste toujours très discret. D’ailleurs, dans les premiers siècles de l’Eglise, la liturgie n’évoquait jamais l’Esprit. Pourtant il est présent partout. On ne peut parler de Dieu en vérité sans que l’Esprit nous habite, on ne peut avoir la foi sans lui, et surtout, on ne peut aimer sans lui. L’Esprit ne se voit pas, mais nous le reconnaissons à ces fruits, vous savez, ces fruits qui sont si bien décrits dans l’épitre aux Galates : « Voici les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Vous êtes probablement étonné d’apprendre que la joie, par exemple, est un fruit de l’Esprit. La joie, la vraie, n’est pas d’abord un mouvement psychologique, changeant au gré de nos humeurs et de nos activités. La joie, la vraie, qui ressemble un peu à la paix, elle peut se vivre en tout temps. Elle est le signe que nous sommes unis à Dieu, le signe d’une Espérance qui dépasse les aléas de notre vie. La joie est un commandement, elle est une exigence aussi que saint Paul rappelle dans l’épitre aux Thessaloniciens : « soyons toujours joyeux ! » Je vous dis cela pour que vous soyez témoins de l’Esprit dans le monde actuel, ce monde dont parle Jésus dans l’Evangile. Le mouvement général en période de crise est celui de la morosité, de l’inquiétude, de la victimisation aussi et des théories du complot. Mais qu’avons-nous à craindre, puisque l’Esprit est à nos côtés ? Si nous avons la foi, nous croyons que, comme le révèle Jésus, l’Esprit Saint est notre défenseur, notre paraclet, notre avocat. Nous passons trop de temps à nous justifier, à nous défendre, comme si l’Eglise était une association philanthropique ou un parti politique. Dans tout l’Evangile, depuis la parabole du bon grain et de l’ivraie, en passant par la tempête apaisée, jusqu’à ce passage où il nous promet que nous seront défendus, assistés, Jésus nous demande de ne pas avoir peur, d’être surtout unis à lui, pour que sa joie soit en nous. Alors occupons-nous de l’essentiel ! Faisons comme les personnes de la Trinité, tournons-nous vers les autres au lieu de nous centrer sur nous-mêmes. N’ayons pas peur des autres, n’ayons pas peur du monde, puisque le Seigneur est venu le sauver. D’ailleurs soyons attentifs à ne pas faire de contresens dans l’interprétation de l’Evangile que nous avons entendu, à propos du monde. Il faut interpréter ce terme à la lumière de ce que saint Jean lui-même en dit dans le prologue. Le monde dont il s’agit, c’est le monde des ténèbres, le monde du péché, qui est présent en nous. Le monde, ce ne sont pas les autres, c’est l’esprit de mondanité dont parle le pape, les bavardages stériles, le souci de paraitre, de briller, de dominer. Le monde du péché, l’esprit mondain, il est présent en nous. Si nous sommes trop tournés vers nous, nous sommes esclaves de l’esprit du monde, parce que nous vivons le mouvement opposé du mouvement trinitaire. Rien n’est gardé pour soi dans la Trinité, rien n’est revendiqué, tout est donné. Vivre dans l’Esprit Saint c’est être attentifs aux autres, et particulièrement à ceux qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui vont vivre de façon dramatique la précarité dans les jours et les semaines qui viennent. Je vous invite à être généreux.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, il y a aussi cet appel de Jésus à garder les commandements. Cet appel peut faire peur. On n’aime pas être commandé. Pourtant ce à quoi nous appelle Jésus est une vraie libération. Auparavant il y avait 613 préceptes. Désormais nous savons que tous les préceptes, toutes nos habitudes, nos traditions ne peuvent se vivre qu’à condition qu’ils soient au service des commandements. Et vous savez que les commandements, il n’y en a que deux. Ils sont très exigeants mais ils se limitent à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. Tout est relatif à ces deux commandements. La vérité, c’est de vivre ces commandements. Demandons donc à l’Esprit de Vérité de nous introduire dans la vérité tout entière, donc de nous unir entièrement à Jésus, puisque la Vérité, il nous l’a révélé dans l’Evangile de dimanche dernier, c’est Lui. La Vérité est une personne, une personne à aimer. La Vérité, qui doit se manifester dans nos vies, ce ne sont pas des préceptes ou des textes, la vérité, c’est ce mouvement divin qui nous tourne vers l’Autre, qui nous tourne vers les autres. Demandons à Marie, toute remplie de l’Esprit, de nous montrer comment faire de nos vies une vivante offrande à la louange de sa gloire.

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