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Les évêques
Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité

Publié le 17 juin 2019

Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité

Pèlerinage des mères de famille à Cotignac.

Chers frères et sœurs, c’est normal que devant un tel mystère nous soyons saisis, éblouis ! Nous pouvons penser que ce mystère est incompréhensible. En fait, il nous dépasse totalement, ce qui est différent. Notre Dieu semble unir toutes les contradictions. Celui qu’on ne peut nommer se fait Parole, puis le Verbe se fait silence, et même…balbutiements d’un nourrisson. Le tout puissant se fait tout petit. L’impassible vit la passion, l’immortel est crucifié. Le saint des saints, pour nous, se fait péché et descend aux enfers. Il trouve son unité infiniment parfaite dans la diversité. L’Un est trois ! Il y a de quoi être perdu. Mais ce mystère qui semble inaccessible, notre Dieu, dans sa bonté veut que nous y accédions. Il veut se faire connaître. Il se dévoile à nous et donc se rend compréhensible. En fait le mystère de la sainte Trinité, parmi les mystères de notre foi chrétienne, est l’un des plus accessibles. Je trouve que le mystère de l’Incarnation, le mystère de l’Eucharistie, de la Croix, où Dieu s’abaisse et meurt, sont des mystères beaucoup plus difficiles à accepter, à comprendre. L’abaissement de Dieu est une pierre d’achoppement beaucoup plus difficile à accepter pour ceux qui ne partagent pas notre foi que sa puissance, sa profondeur et sa beauté. Pourtant tous ces mystères se renvoient l’un à l’autre, s’éclairent mutuellement.

Dieu est simple, infiniment simple ; c’est nous qui sommes compliqués. Donc le mystère de la sainte Trinité est tout simple, comme Dieu. C’est le mystère de l’amour, de la communion. Il est normal que la source de tout amour, le mystère de l’amour lui-même soit pluriel. Comment en effet, puis-je aimer si je suis tout seul. La solitude et l’unicité semblent bien éloignés du mystère de l’amour. Pour aimer il faut être plusieurs, il faut avoir quelqu’un à aimer. Même moi, je ne peux m’aimer vraiment que dans le regard de l’autre, dans la confiance qu’il me fait, dans le besoin qu’il a de moi aussi et auquel je réponds simplement, en me donnant. L’unité ne peut pas non plus être vécue sans la diversité. Pour vous le faire comprendre, je voudrais évoquer la magnifique croix lumineuse qui surplombe l’autel de la cathédrale du Puy. C’est une grande croix glorieuse en verre diamant qui a la particularité de diffracter la lumière. Ainsi, lorsqu’elle est éclairée d’une certaine façon, apparait, en son cœur, une multitude de points lumineux aux couleurs de l’arc en ciel, aux couleurs du symbole de l’alliance de Dieu avec l’humanité. Dans le commentaire de son œuvre, Philippe Kaeppelin a dit la chose suivante : « la diversité des couleurs représente la diversité de notre humanité. De la même manière que la diversité des couleurs trouve son unité dans le blanc, la diversité de notre humanité trouve son unité dans l’amour, exprimée d’une manière unique par la croix du Seigneur ». Il suffit qu’il manque une seule couleur et il n’y a plus le blanc. Les couleurs de l’arc en ciel sont les conditions de possibilité de la lumière blanche. La diversité est donc la condition de possibilité de l’unité. L’unité ne se fait pas « malgré » nos différences, mais grâce à elle. Pour que Dieu soit absolument un, il faut donc qu’il vive la différence, la distinction des personnes. Je trouve cela évident. Votre amour conjugal, comme tout amour véritable dit aussi quelque chose du mystère de la Trinité. Le Père aime le Fils d’un amour infini et se donne à Lui. Le Fils aime le Père d’un amour infini. Il se reçoit totalement de Lui et se donne à Lui. Et leur amour mutuel est si puissant qu’il est fécond ; qu’il fait jaillir un troisième, l’Esprit, fruit d’amour du Père et de Fils, égal en dignité aux deux premiers, donc Dieu lui-même. Regardons maintenant l’amour conjugal : un homme essaye d’aimer sa femme du mieux qu’il peut (à la différence de Dieu) et se reçoit d’elle et se donne à elle. La femme aime l’homme du mieux qu’elle peut et se reçoit de lui et se donne à lui. Et leur amour est si puissant qu’il fait naître un troisième, l’enfant, fruit d’amour de l’homme et de la femme, égal en dignité aux deux premiers donc homme lui-même ! Quelle sublime, quelle divine ressemblance. C’est ce qui a fait dire à saint Jean Paul II que la famille était l’icône de la Trinité.

L’enfant est le plus beau fruit de l’amour humain, mais il n’est pas le seul. L’amour véritable est à lui-même son propre fruit. Ainsi même ceux qui ne vivent pas le sacrement du mariage, peuvent vivre cette belle fécondité, fruit de l’amour lui-même. Tous, nous sommes appelés à vivre un amour nuptial, dans le célibat consacré comme dans toute vie qui se donne vraiment, aussi pauvre et blessée soit-elle. Aujourd’hui dans son immense humilité, notre Dieu se présente à nous comme celui qui nous aime infiniment, qui nous écoute, qui est tout tourné vers nous. C’est aussi une des beautés de la Trinité qu’on retrouve dans le prologue de l’Évangile selon saint Jean. Le Fils est tout tourné vers le Père, comme on pourrait dire que le Père est tout tourné vers le Fils, comme s’ils étaient relatifs l’un à l’autre. Pour que Dieu soit don total de lui-même, il faut qu’il soit aussi accueil radical. Le Fils ne garde rien pour lui-même, il se donne totalement. Ainsi, « vide » de lui-même, il peut accueillir tout l’autre. Parmi les contradictions apparentes que j’ai évoquées au début, on pourrait ajouter, dans un langage un peu excessif mais qui dit quelque chose de vrai, que le Fils a besoin du Père, que le Père a besoin du Fils ! Dieu a besoin ! Incroyable ! Il a même choisi d’avoir besoin de sa créature. En se faisant nourrisson, il a besoin d’un père et d’une mère, pour grandir, pour se développer, pour survivre au massacre des innocents. Il a finalement besoin de nous. Écoutez-le, ce Dieu parfait et tout puissant, qui vous murmure à l’oreille dans un magnifique élan d’amour : « J’ai besoin de toi ! Tu te crois peut-être inutile, ta souffrance te submerge et tu penses que tu n’y arriveras jamais ; tu vis une situation conjugale ou familiale compliquée ; tu penses, comme la Samaritaine que tu ne sais pas aimer, que tu ne sauras jamais, que personne n’a besoin de toi, mais c’est moi, ton Dieu qui te le dis : j’ai besoin de toi ! C’est par toi que je veux aimer celui que tu as choisi pour mari, c’est par toi que je veux me donner à mes enfants, qui sont aussi les tiens, et leur manifester mon amour. J’ai choisi de passer par toi, par tes pauvretés et tes faiblesses, et même par tes péchés, s’ils sont transfigurés par la grâce, par ma miséricorde et mon pardon ! » Oui Dieu veut passer par nous, par nos pauvres mains et nos cœurs blessés. Laissons-le agir par nous et pour cela, présentons-nous à lui, présentons-lui ce que nous sommes. Présentons-lui ceux que nous aimons pour qu’il nous apprenne à les aimer avec son cœur.

Vous qui êtes mariés, je souhaite que vous aimiez vos maris d’un amour gratuit, je souhaite que vous pensiez à lui maintenant, que vous voyiez son visage. Maintenant, de tout votre amour déposez-le dans le cœur de Dieu, confiez-le au Seigneur, tout simplement, silencieusement. Présentez-lui aussi vos enfants. Offrez-lui tout : vos faiblesses et vos richesses, toutes vos affections, et vos questions, vos révoltes et vos grandes espérances. Alors vos cœurs, disponibles, pourront le recevoir, Lui, en totalité, mais aussi tous ceux que vous lui aurez confiés, renouvelés par son amour. Alors, dans cet échange merveilleux avec votre Dieu, nous aurez vécu quelque chose du mystère de la communion de l’amour, du don et de l’accueil, de l’humilité de Dieu…Vous aurez vécu quelque chose du mystère de la Trinité. Oui la Trinité habite en nous si nous l’accueillons.

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Jn, 14, 23.

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