Chargement du site...
Les évêques
Réveillez votre baptême !

Publié le 08 novembre 2020

Réveillez votre baptême !

Retrouvez ci-dessous l’homélie de Mgr Emmanuel Gobilliard pour le 32ème dimanche du temps ordinaire, dimanche 8 novembre 2020.

Avec ces trois dernières semaines du temps ordinaire, nous sommes à la fin de notre année liturgique et dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous méditons sur la fin des temps en même temps que sur le retour du Christ en gloire. Aujourd’hui cette fin des temps prend des allures de rencontre nuptiale. La parabole des vierges prévoyantes et des vierges insouciantes nous interroge. Sommes-nous prêts à vivre la rencontre décisive avec notre Dieu, présenté ici comme un époux qui nous aime et qui vient lui-même vers nous ? En cette période de crise sanitaire, la question de la mort s’impose à nous ; on en parle, on a peur. Les angoisses montent et la santé devient la valeur suprême au point qu’on en oublie la charité à l’égard des plus pauvres dont la situation est aggravée par la crise économique, la charité à l’égard des personnes âgées qui sont de plus en plus seules à mesure que nous nous confinons. Oui ce qui doit guider notre action, aujourd’hui plus que jamais, ce n’est pas la peur qui nous replie sur nous-mêmes, sur nos droits, sur nos revendications. Soyons révoltés, certes, mais pas parce que nous sommes empêchés d’avoir une vie normale, pas parce que nous ne pouvons plus aller au restaurant ou faire la fête, pas parce que notre mode de vie est menacé, mais parce que la pauvreté augmente, parce que les gens désespèrent et se sentent abandonnés, parce que les communautés se déchirent, submergées par la violence que la situation actuelle suscite inévitablement. Au cœur de cette situation, le Seigneur dans l’Evangile nous invite à veiller, à être attentifs. Nous savons que, par nous-mêmes nous ne savons pas aimer, nous ne pouvons pas vivre la charité, nous serons toujours repliés sur nous, nos perspectives, nos droits et nos revendications. Pour aimer en vérité, nous avons besoin de l’Esprit Saint.

Quelle est cette huile dont parle l’Evangile ? Pour faire le lien avec ma vie chrétienne, je dirais que les moments où j’ai reçu de l’huile, sont le baptême, la confirmation, l’ordination et le sacrement des malades que j’ai eu la grâce de vivre aussi. Cette huile que j’ai reçue aux moments importants de ma vie, c’est le signe de la présence aimante de Dieu, le signe de son action en moi, de son action par moi, le signe de sa confiance. Si vous avez été baptisés, si vous avez été confirmés, vous avez reçu cette huile, ce signe de l’amour de Dieu qui vous incorpore à la famille de Dieu, à l’Eglise. Aujourd’hui dans l’Evangile, le Seigneur Jésus vous demande de puiser à la source qu’est son amour miséricordieux et fidèle. Réveillez votre baptême, réveillez ce don immense que vous avez reçu parce que le monde en a besoin ! Soyez des flammes d’espérance ! Sans cette huile, l’Esprit Saint ne peut pas brûler votre cœur de sa charité, la lumière de l’Espérance ne peut pas être donnée à ceux qui vous entourent, parce que l’Esprit Saint a choisi de passer par vous, c’est aussi cela la logique de l’Incarnation. En revanche, si nous acceptons de puiser à la source, de vivre la rencontre quotidienne avec le Seigneur, grâce à laquelle notre huile baptismale se renouvèle, alors nous serons des veilleurs. C’est la deuxième chose que je voudrais souligner. Cette huile, elle n’est pas pour nous, elle n’est pas pour notre confort personnel, cette huile, elle fait de nous des veilleurs, elle est pour nous faire vivre la rencontre avec l’Epoux. Certes, nous pouvons penser, comme je l’ai dit au début, à la rencontre ultime, à la parousie, mais cette rencontre ultime, et l’Evangile dans 15 jours nous le dira, elle sera le prolongement de toutes les rencontres que nous aurons vécues ici-bas. Nous reconnaîtrons le Seigneur dans le ciel, si nous l’avons reconnu sur cette terre, si nous sommes allés le visiter, si nous l’avons nourri, soigné, si nous avons été pour tous nos frères et sœurs, un baume bienfaisant. L’Epoux, il se présente à nous à chaque instant, il ne cesse de frapper à notre porte, comme cette sagesse dont il est question dans la première lecture et qui « vient à notre rencontre ». Il se donne dans la prière et dans les sacrements, dans sa parole, mais aussi dans tous ceux qui, burinés par la vie, se présentent avec le visage du Christ souffrant, du Christ pleurant, du Christ mendiant. Nous ne devons pas garder notre huile jalousement pour le jour où par surprise, le Seigneur se présentera à nous, pour le jour de notre mort ou de son retour en gloire, notre huile nous devons la laisser brûler en permanence. Cela signifie que nous devons faire de chaque moment de notre vie, de chaque rencontre, des temps de grâce, des occasions de rendre Jésus présent. Notre monde a tant besoin d’espérance, il a tant besoin de joie ! Si nous ajoutons de l’angoisse à l’angoisse, de la colère à la colère, de la peur à la peur, alors nous ressemblerons à ces insouciantes qui sont incapables de sortir de leurs revendications, d’ouvrir les yeux. J’ai vu, il y a quelques jours une vidéo du philosophe Alexandre Jollien. Nous savons que cet homme n’a pas été épargné par la vie ! Eh bien le message qu’il nous adresse en substance, c’est celui-ci : Ne soyez pas des oiseaux de malheur. La situation est très difficile, c’est un fait, mais si nous nous complaisons dans la critique permanente, si nous crions avec les loups, la situation deviendra intenable. Cet homme, comme l’Evangile d’aujourd’hui, nous invite à faire briller une flamme d’espérance. Le Seigneur nous invite à être ses témoins, à rayonner d’une vie qui est plus forte que toute mort. Il nous invite à porter la joie, la paix aussi, enfin tous ces fruits de l’Esprit qui ne demandent qu’à fleurir et que nous avons reçus au baptême et qui sont décrits dans l’épitre aux Galates : « l’amour, la joie, la paix, la bienveillance, la patience, la foi, l’humilité, la maitrise de soi, la douceur ». Oui le véritable disciple, le témoin de la foi aujourd’hui c’est celui qui a le courage de la bienveillance, c’est celui qui ose être pacifique, tout le reste vient du mauvais, tout le reste fait de nous des hommes aigris, stériles, incapable de vivre réellement, de vivre de cette vie que le Seigneur nous offre gratuitement et en abondance. C’est dans les circonstances actuelles, que nous n’avons pas choisies, que nous devons aimer, nous sanctifier et être témoins de l’amour de Dieu. Le chrétien n’est pas celui qui ne cesse de gémir en disant : « Ah si nous pouvions faire ceci, si les circonstances étaient différentes ; si…si…si… » Le chrétien c’est celui qui fait de chaque instant de sa vie, même les plus difficiles, l’occasion d’une rencontre féconde avec le Seigneur, l’occasion de louer, de servir et d’aimer. Le monde souffre, donnons le témoignage de l’espérance, de la foi et par-dessus tout, le témoignage de la charité.

En savoir plus