Agir ensemble contre les violences
Depuis 2018-2019 le diocèse de Lyon a mis en place des actions de prévention contre les violences sexuelles sur mineurs, les abus spirituels et toute forme d’abus de pouvoir auprès des prêtres, des diacres, les laïcs en mission, des salariés ou bénévoles en contact avec des mineurs.
Agir ensemble
Pour signaler une violence
Qu’il s’agisse de faits précis, d’informations diffuses voire de rumeurs, il faut signaler à la justice en écrivant à :
Monsieur le Procureur de la République, Tribunal judiciaire
67 rue Servient 69003 Lyon
À l’écoute des personnes victimes et de leurs proches
Pour tout signalement, vous pouvez contacter :
- Le bureau diocésain d’accueil des victimes : 04 26 20 51 58 – signalement@lyon.catholique.fr qui pourra vous recevoir.
- La plateforme indépendante et nationale d’aide aux personnes victimes de violences sexuelles au sein de l’Eglise que vous pouvez joindre au 01 41 83 42 17. Une équipe de professionnels (France Victimes) de l’aide aux personnes victimes apporte une écoute et une mise en relation avec des associations locales afin de proposer gratuitement une aide juridique, psychologique et sociale. Ce service est disponible de 9h à 21h, tous les jours y compris les dimanches et jours fériés.
- Le 119 pour être écouté par des psychologues spécialisés dans l’accompagnement des enfants victimes et de leurs proches.
- La plateforme nationale de la Conférence des Evêques de France : paroledevictime@cef.fr.
Ce que le diocèse de Lyon a mis en place
Depuis 2018-2019 le diocèse de Lyon a mis en place des actions de prévention contre les abus sexuels sur mineurs, les abus spirituels et toute forme d’abus auprès des prêtres, des diacres, les laïcs en mission, des salariés ou bénévoles en contact avec des mineurs.
Pour comprendre ce que le diocèse de Lyon a mis en place pour la prévention et la lutte contre les violences
La prévention contre les violences sur mineurs et sur personnes vulnérables est un sujet majeur, central et prioritaire pour notre diocèse.
1. Accueillir, écouter et accompagner les personnes victimes
La cellule d’écoute et de signalement
Composée de bénévoles investis dans la lutte contre les violences sexuelles et spirituelles dans l’Église, elle accueille et écoute les personnes victimes qui souhaitent porter à la connaissance du diocèse ce qu’elles ont vécu. Leurs témoignages sont transmis confidentiellement à l’archevêque et à l’évêque auxiliaire qui donneront les suites en fonction des faits rapportés.
Contact
signalement@lyon.catholique.fr ou 04 26 20 51 58.
Le groupe de parole pour les victimes
Vous avez été victime de violences sexuelles, psychologiques ou spirituelles au sein de l’Église, ou avez souffert en tant que proche d’une personne victime ? Ce groupe de parole, créé par et pour des personnes victimes, est là pour vous.
Animé par une victime et un professionnel de la relation d’aide, cet espace bienveillant et confidentiel vous offre la possibilité de briser l’isolement, et de partager avec d’autres personnes qui ont traversé des épreuves similaires. Ce groupe a été un appui important pour avancer vers un mieux-être pour de nombreux participants. Vous n’êtes pas seul(e), rejoignez ce groupe pour un moment d’écoute et de soutien.
Informations pratiques
Le groupe se réunit une fois par mois, le lundi de 19h à 21h. Vous serez reçu lors d’un premier entretien individuel préalablement à l’entrée dans le groupe.
Contact
Ségolène de Bengy – 06 24 92 37 75
L’instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr)
Au nom des évêques de France, elle offre une démarche de reconnaissance et de réparation pour les personnes victimes de violences sexuelles commises lorsqu’elles étaient mineures par un membre d’une église diocésaine.
www.inirr.fr
La commission reconnaissance et réparation (CRR)
Au nom des instituts religieux, elle offre une démarche de reconnaissance et de réparation pour les personnes victimes de violences sexuelles commises par un de leurs membres. www.reconnaissancereparation.org
2. Se former pour prévenir
Pour les acteurs pastoraux (prêtres, diacres, laïcs en mission ecclésiale, salariés, et les fidèles)
Formation annuelle obligatoire tous les 5 ans.
depuis 2019 : 1 session annuelle obligatoire tous les 5 ans pour les prêtres, diacres, LeME et salariés du diocèse (1600 personnes formées).
Pour les animateurs de catéchèse, aumôneries de jeunes, patronages sous la responsabilité du diocèse
Formation adaptée à chaque âge des enfants et des jeunes autour de la charte de bientraitance diocésaine.
La formation initiale des nouveaux arrivants dans le diocèse (prêtres, diacres, religieux, religieuses, salariés)
Sensibilisation lors d’une session de début d’année.
La prévention au séminaire
La formation et la prévention contre les violences au séminaire provincial Saint-Irénée de Lyon se déploie dans 4 directions.
Du plus général au plus spécifique:
- Une formation générale humaine et affective intégrant la question du célibat. Cette formation, qui s’étend sur l’ensemble des 5 années de formation, est donnée par deux psychologues cliniciennes, une logothérapeute et une conseillère conjugale.
- Une formation pluridisciplinaire à l’exercice de l’autorité.
- Une formation spécifique tous les deux ans sur la prévention des violences. Cette formation peut être suivie par les séminaristes dans leur diocèse respectif ou faire l’objet d’une formation spécifique au séminaire. Elle doit nécessairement intégrer le témoignage d’une personne victime. Elle comporte également l’assimilation du livret de la Conférence des Evêques de France intitulé “Lutter contre la pédophilie”.
- Un test psychologique est systématiquement demandé à chaque séminariste au cours de leur formation.
3. Les acteurs de la prévention et de la prise en charge des violences sexuelles et spirituelles dans le diocèse de Lyon
Les évêques
L’archevêque mène l’action de lutte contre la pédocriminalité et contre les abus dans le diocèse de Lyon. Il en a délégué la coordination à Mgr Loïc Lagadec, évêque auxiliaire de Lyon, depuis 2023.
Le conseil d’experts
Une équipe pluridisciplinaire conseille les évêques sur le suivi des prêtres mis en cause. Elle est composée d’un spécialiste du droit français, d’un spécialiste du droit canonique, d’un psychiatre, d’un spécialiste de la communication. Les évêques sont également accompagnés par le centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) mis à disposition par le ministère de la Santé.
Le responsable prévention
Le délégué épiscopal à la prévention et à la lutte contre les abus veille à ce que les mesures de prévention soient appliquées et propose des formations aux acteurs du diocèse : prêtres, diacres, laïcs engagés.
4. Faire mémoire
La journée annuelle de mémoire et de prière pour les personnes victimes d’agressions sexuelles est fixée au 3e vendredi de Carême :
- Une proposition nationale
- Un site internet national a été crée 2025 : gardermemoire.fr
Dans le diocèse de Lyon chaque année (voir l’agenda diocésain)
- Messe le mercredi à 19h à la cathédrale à l’intention des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église (voir l’agenda diocésain)
- Chemin de croix le vendredi à la basilique de Fourvière (voir l’agenda diocésain)
- Proposition d’intentions de prière et de temps liturgiques pour les paroisses.
5. Les textes de référence
Les ressources diocésaines
Le protocole avec le parquet de Lyon qui met en place un interlocuteur privilégié au sein du parquet pour le signalement.
Le celebret pour les clercs
Carte professionnelle numérique permettant de vérifier l’habilitation des prêtres et des diacres pour poser des actes ministériels (habilitation à confesser par exemple).
La charte de bientraitance de 2026.
Pièces à fournir pour les acteurs pastoraux : prêtres, diacres ou laïcs en responsabilité, salariés ou bénévoles.
Pour les prêtres, religieux ou religieuses venant d’un autre diocèse en France ou à l’étranger
- L’attestation d’honorabilité des clercs et religieux au service du diocèse (supérieur hiérarchique)
- L’attestation sur l’honneur d’honorabilité pour les clercs et religieux au service du diocèse de Lyon (clerc ou religieux lui-même)
Pour les salariés du diocèse de Lyon
- Production obligatoire de l’extrait de casier judiciaire pour toute embauche
Pour les bénévoles du diocèse de Lyon
- Pour les bénévoles au contact de mineurs : Production obligatoire d’un extrait de casier judiciaire
- Pour les bénévoles non au contact de mineurs : La convention de bénévolat
Les ressources nationales et internationales
Contre les violences sexuelles, que fait l’Eglise aujourd’hui ?
Règlementation nationale pour les activités ecclésiales organisées pour les mineurs
La charte de bientraitance nationale
Programme de prévention nationale : Engagés ensemble pour une maison qui protège
Lutter contre la pédophilie – Conférence des Evêques de France
6. Les outils disponibles pour les paroisses
7. Les associations qui accompagnent les victimes
Pour se former
Une série de 13 entretiens filmés a été réalisé avec des personnes victimes, psychiatres, policier, magistrat, journaliste, théologien, pasteurs. Autant d’analyses et de points de vue qui se doivent d’être connus et compris par tous ceux qui sont engagés au service de l’Église. Des outils de formation et de prévention sont à votre disposition.
Les entretiens
1. La blessure de l’enfant victime
Avec Véronique Garnier
2. La blessure et la reconstruction
Avec Olivier Savignac
3. À l’écoute des victimes
Avec Liliane Daligand
4. Qu’est ce qu’un pédophile ?
Avec Gérard Ribes
5. Les infractions pénales à caractère sexuel
Avec Thierry Moulin
6. Quel est le rôle de la justice ?
Avec Jean-Olivier Viout
7. La mécanique du silence
Avec Isabelle de Gaulmyn
8. Que fait l’Église ?
Avec Mgr Eric de Moulins-Beaufort
6. Écouter, signaler : comment faire ?
Avec Ségolaine Moog
10. L’accompagnement des prêtres
Avec le père Matthieu Thouvenot
11. L’Église et son institution en discussion
Avec Marie-Jo Thiel
12. Le projet Agir ensemble contre les violences sexuelles
Avec Mgr Emmanuel Gobilliard
Les outils
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Les actualités
Rencontre sur la Protection de Mineurs dans l’Église
Les présidents des conférences épiscopales du monde entier se retrouvent à Rome de 21 au 24 février pour une rencontre sur la protection des mineurs. > Lire l’introduction du Pape François. > Regarder les premières interventions : Que propose le Pape avec...
Rapport de la CEF sur la lutte contre la pédophilie dans l’Église
En juillet 2016, au lancement du site luttercontrelapedophilie.catholique.fr, Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France, écrivait : « les évêques ont pris la mesure des conséquences immenses de la pédophilie dans la vie personnelle, la psychologie...
Journée de prière et de jeûne pour les victimes d’abus sexuels de la part de membres du clergé
Le pape a demandé l’institution d’une journée mondiale de prière et de jeûne pour les victimes d’abus sexuels de la part de membres du clergé. La Conférence des évêques a choisi de proposer cette journée pour la France le lundi 7 novembre 2016. Le cardinal Barbarin a...
Normes nouvelles en matière de lutte contre les abus sexuels – 30 juin 2016
Conformément aux engagements pris par le cardinal Philippe Barbarin, les normes et repères du diocèse de Lyon en matière d’abus sexuels ont été revus et complétés. Ces directives seront publiées dans le Vademecum du diocèse au 1er septembre prochain. Ce document...
Lutte contre la pédophilie : les mesures du diocèse de Lyon
Communiqué du diocèse de Lyon suite à la réunion de Valpré du 25 avril 2016. Ce lundi 25 avril, le cardinal Philippe Barbarin a réuni les prêtres de son diocèse sur la suggestion du bureau du conseil presbytéral, afin de les écouter et de donner des orientations...
1. La blessure de l’enfant victime
Avec Véronique Garnier : Au cœur d’un témoignage pour mettre des mots sur l’abus et les souffrances.
Présentation de l’entretien
Véronique Garnier, déléguée épiscopale pour la protection des mineurs et des personnes vulnérables à Orléans, victime d’un prêtre de 13 à 15 ans, offre son témoignage pour libérer la parole et s’adresse aux membres de l’Église et aux familles avec un message d’espérance et de foi en l’Église.
Questions posées et extraits
Selon vous que se passe-t-il dans le corps, dans le cœur, dans la tête et dans l’âme d’un enfant agressé sexuellement par un prêtre ?
“En fait ce qui arrive a un enfant qui est abusé c’est comme s’il explose en mille morceaux.
[…]
C’est une bombe et le corps, la psychologie, la vie spirituelle, les émotions, tout explose. L’enfant ne sait plus où il en est. On perd tous ses repères et c’est une telle souffrance qu’on peut se dissocier – c’est-à-dire, c’est ce que je faisais aussi- ça fait tellement souffrir que c’est comme si on s’en va de son corps et on attend que ça passe.”
Qu’est-ce qui vous semble abîmé aujourd’hui dans votre vie d’adulte ?
“Abîmer, c’est le mot. Aux deux sens du mot : abimer, esquinter, bousiller et aussi abîmer : l’adulte que je suis devenue est comme tombée dans un abîme. Donc en effet beaucoup de choses sont abimées parce que c’est la personne toute entière qui est abusée. Ce n’est pas seulement le corps, mais c’est aussi le cœur, l’âme, l’esprit.”
Qu’est-ce qui vous restaurerait le plus ? Comment expliquer que certaines personnes victimes parlent et d’autres ne parlent pas ?
“Je vais répondre au présent : qu’est-ce qui me restaure le plus aujourd’hui ? je crois pouvoir dire c’est Jésus qui me restaure. Mais Jésus a besoin d’une sorte d’espace où ça va être possible. Et d’après-moi, cet espace, c’est le dialogue.”
“(…) c’est ce qui a permis pour moi un chemin, un chemin de vérité, c’est-à-dire où j’ai pu dire la vérité de ce qui m’est arrivé, même si, où je peux être vraie vraiment comme je suis avec quelqu’un de l’Église et ça ce chemin qui s’est ouvert pour moi est le lieu de la restauration, le lieu de la reconstruction, le lieu du relèvement, je peux dire, le lieu de la résurrection.”
Qu’espérez-vous des citoyens et de la société aujourd’hui, qu’espérez-vous des membres de l’Église, de l’institution ?
“Parce que le silence enferme alors que la parole peut libérer et je veux souligner que c’est grâce aux victimes que le silence petit à petit est brisé aussi dans la société.”
“On doit apprendre à repérer des signes inquiétants chez des enfants ou chez des adultes à savoir qu’est-ce que je fais ou comment je fais ? parce que le pire c’est si je ne fais rien.”
J’attends que les chrétiens ouvrent leurs yeux, ouvrent leurs oreilles, ouvrent leurs cœurs à la souffrance des enfants qui ont été abusés au sein de l’Église et des personnes adultes même âgées qu’elles sont devenues.”
“J’attends aussi que l’Église, après avoir compris la gravité, avoir pesé, peut-être avoir pleuré, répare ce qui est encore possible à réparer et surtout s’engage à tout faire pour ce ça ne recommence pas.”
Qu’aimeriez-vous dire aux familles, aux parents qui vous écoutent ?
“S’il vous plait écoutez vos enfants ! Écoutez ce qu’ils essaient de dire par tous les moyens et faites quelque chose pour eux. Je veux dire faire un signalement, aller à la police, écrire au procureur s’il y a vraiment quelques chose de gravissime qui se passe.
“Si vous vous apercevez, si vous vous rendez compte de comportements inadaptés ou inappropriés, surtout ne laissez pas faire surtout osez intervenir.”
“Ne sacrifiez pas vos enfants pour la réputation de votre famille. De la même façon, on ne peut pas sacrifier les enfants pour sauver l’image de l’Église.”
Qu’aimeriez vous dire aux évêques, prêtres et séminaristes pour les aider dans leur mission, les encourager à changer et se renouveler ?
“N’ayez pas peur de nous les victimes. Nous ne sommes pas vos ennemis, nous ne sommes pas les ennemis de l’Église et ce n’est pas nous, ce n’est pas par nous que le scandale arrive.”
“Je voudrais vous demander de vous engager de plus en plus nombreux à tout faire pour ce qui nous est arrivé n’arrive plus à des enfants.”
“Ni vous ni moi n’avons choisi le passé, mais ensemble, nous pouvons choisir le présent, pour un avenir meilleur.”
“Cette conversion qu’il appelle, c’est de mettre les victimes au centre, de remettre en quelque sorte en même temps le Christ crucifié au cœur de l’Église, qui a été en quelque sorte écarté, rejeté du cœur de l’Église en même temps que les victimes.”
Procédure de signalement
- Écrire à Mr le Procureur de la République, Tribunal judiciaire – 67 rue Servient 69003 Lyon.
- À l’Église : paroledevictime@cef.fr
2. La blessure et la reconstruction
Avec Olivier Savignac : Au coeur d’un témoignage de vie engagée, combative pour plus de prévention et de formation.
Présentation de l’entretien
Olivier Savignac, membre président de l’association Parler et Revivre, victime d’un prêtre du MEJ à 13 ans, musicien et père de famille, nous appelle à prendre conscience, comprendre et agir pour protéger nos enfants, combattre le fléau de la pédocriminalité et renouveler l’Église.
Questions posées et extraits
Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont votre action et votre engagement associatif aujourd’hui ?
“La fonction à l’association parler et revivre c’est de les aider (les victimes) à cheminer d’une part et voir ce qui leur correspondrait le plus : Est-ce que c’est signaler (…) est ce que c’est être reconnu comme victime (…) ou est-ce que c’est pouvoir prendre contact avec d’anciennes victimes ?”
Selon vous que se passe-t-il dans le corps, dans le cœur, dans la tête et dans l’âme d’un enfant agressé sexuellement par un prêtre ?
“Le fait qu’il y ait eu cette agression, cet attouchement, ces caresses qui ne doivent pas être, ça c’est déjà considéré comme un viol, même si du point de vue de la justice c’est peut être moins aggravant qu’un viol avec pénétration, c’est déjà le viol de l’âme du corps d’un enfant et de tout ce qui va faire sa vie plus tard.”
“Le traumatisme nous fait nous emmurer dans un silence parce qu’on a honte, on se sent coupable, coupable d’avoir été là au mauvais endroit, coupable d’avoir été choisi par cette personne, coupables de ce que nous sommes en fait.”
Qu’est-ce qui vous semble abîmé aujourd’hui dans votre vie d’adulte ? Qu’est-ce qui vous restaurerait le plus ? Comment expliquer que certaines personnes victimes parlent et d’autres ne parlent pas ?
“On se sent amputé de notre enfance. (…) J’ai perdu mon enfance sur son lit.”
“L’institution a muselé notre parole en tant que victimes. Pour moi, ça a été une trahison qui fait écho à une part abimée de moi-même. Une trahison spirituelle de la part de ces prêtres et de la part d’une institution qui pour moi était ma famille. (…) l’institution m’a tellement meurtrie que c’est très compliqué de se relever de tout cela sans avoir à l’esprit de la défiance.”
“Pour ma part ce qui m’a restauré c’est le combat, c’est ce qui fait que je suis resté dans la foi, que j’ai gardé mes valeurs en Christ, non pas par l’Église des hommes mais parce que le Christ est tout simplement. C’est à dire cet appel à l’insurrection, l’insurrection contre toutes formes de discrimination, de destruction de toutes ces enfants. ”
“Il ne faut pas avoir peur de mettre des mots, d’expliquer les choses, cela doit passer par de la prévention, de la formation. Cela doit passer par de la prévention auprès des familles et des enfants.”
“La guérison si elle doit intervenir, c’est au bout d’un long processus, mais qui passe d’abord par la prise de conscience du traumatisme, par un processus de réparation pas à pas, de reconstruction de tout ce qui fait l’être psychologiquement, physiquement, spirituellement.”
Aujourd’hui, qu’espérez-vous des citoyens/de la société ?
“J’espère de la société qu’elle prenne réellement conscience du fléau de la pédocriminalité.”
“Pour moi cette question de la prescription n’amenuise pas la question de l’importance de l’impact du dommage causé. Je souhaiterais que chaque citoyen ait à l’esprit cela.”
“Il y a une loi très claire sur la non-dénonciation : je sais quelque chose, je ne dénonce pas, je peux être poursuivi.”
“Ce que j’aurais à dire et notamment à notre président Emmanuel Macron : ce fléau doit être combattu clairement et durablement et cela passe par une chose très simple la prévention et la formation. Une action dans chaque école de la République, chaque école d’enseignement catholique, cela sauvera des enfants de cette boucherie. Un session de formation une fois par an (…) c’est important et cela sauvera des enfants.”
Qu’espérez-vous des responsables de l’Église et de l’institution Église ?
“Ce que j’attends de chaque évêque c’est que la question soit posée. Qu’il y ait un dispositif de prévention et de formation acté à l’intérieur de chaque diocèse, uniformisé à l’échelon national.”
“Dans chaque diocèse des gens doivent être formés avant d’intervenir sur le terrain que ce soit pour écouter des victimes dans les cellules d’écoute ou que ce soit en session de formation avec des acteurs pastoraux, des séminaristes, des prêtres ou autre.”
“Certes les évêques actuels sont dépositaires de temps d’héritage malsain de tant d’années de silence et d’omerta, mais je crois que c’est à eux de prendre le taureau par les cornes et à un moment donné de décider de l’avenir de l’Église..C’est un poids sur leurs épaules mais cela sera aussi une sorte de rédemption, d’assainissement complet des structures de l’Église.”
“On doit pouvoir associer des prêtres à l’aspect prévention c’est la figure de la paroisse du terrain, le religieux le prêtre c’est lui qui est présent c’est par lui que la confiance doit revenir.”
“S’il vous plait messieurs, certes faites intervenir des spécialistes pour les questions de prévention mais qu’il y est aussi un prêtre pour parler des difficultés que cette personne rencontre à travers sa vie de prêtre.”
Qu’aimeriez-vous dire aux familles, aux parents qui vous écoutent ?
“Dès la plus petite enfance il faut apprendre les bons gestes. Des simples gestes (…) au bain, à l’école par rapport à la notion de distance avec un adulte, ce sont des notions tellement importantes à évoquer avec des enfants.”
Qu’aimeriez vous dire aux évêques, prêtres et séminaristes pour les aider dans leur mission, pour les aider à se renouveler ?
“L’Église pour être ré assainie doit se poser les bonnes questions sur la mission, l’équilibre personnel, et sur les forces en présence. Protégeons nos forces en présence, protégeons nos prêtres. C’est vraiment la chose la plus importante si on veut que l’Église aujourd’hui continue à rayonner, continue de vivre la mission qui est la sienne.”
Procédure de signalement
- Écrire à Mr le Procureur de la République, Tribunal judiciaire – 67 rue Servient 69003 Lyon.
- À l’Église : paroledevictime@cef.fr
3. À l’écoute des victimes
Avec Liliane Daligand : Ouvrir les yeux et les oreilles sur les enfants victimes d’abus : comment les écouter et les aider.
Présentation de l’entretien
Liliane Daligand, psychiatre, professeur émérite de médecine légale, expert de justice, nous permet de mieux comprendre le traumatisme et les conséquences d’un abus sur un mineur. Les signes qui doivent nous alerter chez l’enfant. Elle donne à chacun de précieux conseils pour mieux accompagner et écouter les enfants.
Questions posées et extraits
Comment comprendre le traumatisme subi par l’enfant agressé ?
“Il y a deux situations, une première situation où c’est un abus unique. (…) C’est violent, c’est par un inconnu en général, et la menace est là, la peur est là et ça va entraîner un trauma psychique.
La deuxième situation, qui est beaucoup plus fréquente chez les enfants et surtout les petits, c’est l’abus sexuel répété par un proche (…). La peur ne va pas être au premier rang, mais il va d’ailleurs se laisse piéger”
[…]
“Il y a une phase d’incitation, de jeu, ensuite il va y avoir une phase d’exploitation (…), la troisième phase ça va être la phase du secret. (…) Il y aura très rapidement la culpabilité et puis la honte.”
De quels types de souffrance parle t-on : physique, psychique, spirituelle ?
“Je crois que l’on peut déjà parler de souffrance physique”
“L’enfant se plaint de douleurs, c’est un corps qui souffre.”
“Et puis il y a forcément aussi des douleurs psychiques (…) l’enfant va être très culpabilisé”
“Et puis il y a forcément me semble-t-il une souffrance spirituelle dans la mesure où traiter un enfant uniquement par des gestes, sans parole (…), c’est faire perdre à l’enfant son humanité puisqu’on le réduit à l’animalité, qui ne parle pas. (…) ça limite son processus d’humanisation.”
Quelle mécanique neurologique (amnésie/silence/réminiscence) se construit pour l’enfant abusé ?
“La mémoire est toujours affectée (…) que ce soit du côté de l’amnésie ou de l’hypermnésie. L’amnésie, il y a un trou noir, on n’a pas de souvenir, ça peut durer d’ailleurs cette amnésie pendant des années ou c’est une hypermnésie c’est-à-dire que la mémoire est aiguë et l’enfant se souvient de tout, dans les moindres détails.”
Y a t-il des signes caractéristiques de l’enfant victime ? Manque de confiance en soi, errance, mutisme, violence, agressivité envers les autres ?
“On va pouvoir retrouver tous les symptômes que vous venez de donner. Mais il faut aussi savoir que sûrement plus de 30% des enfants victimes n’ont aucun symptôme”
“On peut retrouver des enfants qui vont avoir des troubles intestinaux, (…) des symptômes de régression, (…) des troubles dermatologiques (…), des troubles de conduite alimentaire, (…) des troubles du sommeil qui sont fréquents, (…) des troubles du comportement, (…) des troubles du caractère.”
Que faire pour aider les parents à mieux être à l’écoute de leurs enfants ?
“Vous allez commencer par écouter votre enfant, le silence de votre enfant éventuellement”
“Être à l’écoute ça veut dire être à l’écoute de la parole, mais qui peut être une parole très très pauvre, petite, difficile, et il faut aussi être à l’écoute des attitudes, de cette fameuse parole non verbale.”
Comment accompagner les enfants d’aujourd’hui à comprendre ce danger et les alerter sans les choquer ?
“Je crois qu’on devrait apprendre aux enfants depuis petits qu’on ne se confond pas avec le corps de l’autre, qu’on peut dire non, si on est approché, si quelque chose vous déplaît. Voilà vous n’avez pas à tout accepter d’un autre parce qu’il est plus grand, parce qu’il est dominant, parce qu’il est de la famille, parce que c’est un ami.”
Procédure de signalement
- Écrire à Mr le Procureur de la République, Tribunal judiciaire – 67 rue Servient 69003 Lyon.
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5. Les infractions pénales à caractère sexuel
Avec Thierry Moulin : La présentation des différentes atteintes sexuelles sur mineurs permet de mettre des mots sur une réalité méconnue.
Présentation de l’entretien
Thierry Moulin, Major de police, chef d’un groupe d’enquête à la Brigade Départementale de la Protection de la Famille à Lyon, donne des clés simples pour lire ce qui se joue aujourd’hui dans les environnements et les vies des enfants : des mots, des chiffres, des dangers. Il explique comment faire en cas de soupçon ou de fait avéré.
Questions posées et extraits
Pouvez-vous nous donner un panorama des infractions concernant les atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 18 ans ?
“De la plus grave à la moins grave nous avons le viol (…), l’agression sexuelle (…), la corruption de mineur (…), l’exhibition.”
“Un signalement est une signalisation des faits qui peut être fait par une institution tel que l’éducation nationale, une colonie de vacances, pourquoi pas un prêtre qui peut tout à fait écrire au procureur. Le procureur étudie le signalement et nous l’envoie après pour enquête.”
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres qui pourraient nous permettre de mieux comprendre ces infractions ?
“Nous travaillons sur l’ensemble de l’agglomération lyonnaise (…). En 2018, 125 mineurs ont été victimes de viol, dont 105 filles, et nous avons eu 241 mineurs qui ont fait l’objet d’une enquête pour agression sexuelle, dont 190 filles.”
“Le mineur est en conflit, il veut se protéger et à la fois dénoncer les faits et en même temps il sait qu’il va perturber le bon fonctionnement d’un groupe, d’une famille et parfois même complètement la faire éclater. C’est ce qu’on appelle le conflit de loyauté.”
Y a t-il un lien, une gradation ou une continuité entre ces infractions ? Comment responsabiliser et éveiller au quotidien les encadrants, éducateurs, parents ?
“Sans tomber dans la paranoïa, il faut savoir que les infractions sexuelles, cela se passe dans tous les milieux, dans tous les lieux, là où il y a des enfants , il peut y avoir des infractions à caractère sexuel, que ce soit dans un groupe scout, que ce soit dans une école, dans une colonie, au lycée même… comment les détecter ?”
“Les enfants ne sont pas forcément en danger dans la rue ou dans le milieu dans lequel ils évoluent, mais il y a un endroit où ils sont beaucoup plus en danger que dans la rue, c’est dans leur chambre quand ils ont accès à internet sans la surveillance des parents.”
“Quand il y a suspicion d’agression sexuelle, il ne faut pas se précipiter à lui poser des questions : comment cela s’est passé ? il faut le laisser parler sans induire de réponse (..) laisser l’enfant raconter son histoire. Il ne faut pas poser de questions qui contiennent la réponse.”
Prenons un cas concret: un enfant accompagné d’un adulte référent ou un adolescent seul se rend à votre brigade, comment est-il accueilli ?
“On le reçoit même en l’absence d’adulte. L’enfant sera toujours entendu seul pour que personne ne puisse parasiter son discours. On va l’inviter à raconter son histoire. Ca ne sera pas un interrogatoire, ce sera une écoute avec si nécessaire des relances. Il n’y aura pas d’aspect policier.”
“Rassurer l’enfant, lui faire comprendre qu’il n’a rien à craindre même si cela le culpabilise de raconter, même si il a honte, même si il sait que cela va perturber son monde, sa famille, ses amis.”
“On le met en confiance, nous avons cette expérience, nous avons cette spécialité, donc ne faites pas l’enquête, venez chez nous dès que vous avez des soupçons.”
“Il vaut mieux venir pour rien que laisser passer quelque chose.”
Procédure de signalement
- Écrire à Mr le Procureur de la République, Tribunal judiciaire – 67 rue Servient 69003 Lyon.
- À l’Église : paroledevictime@cef.fr
4. Qu’est ce qu’un pédophile ?
Avec Gérard Ribes : Identifier des personnalités complexes à tendance pédophile ou pédocriminelle.
Présentation de l’entretien
Gérard Ribes, psychiatre, sexologue, aide à discerner et distinguer les comportements inadaptés, les attitudes inappropriées, les gestes et les conditions d’encadrement préoccupantes.
Questions posées et extraits
Que peut-on dire de l’histoire des pédophiles ?
“Dans 70% des cas en gros on va retrouver quand même un certain nombre soit de carence soit d’agression quand ils étaient enfants. (…)”
“Soit ils ont été victimes de violences eux-mêmes, mais de violence pas forcément sexuelle, mais de violence où ils n’ont pas été reconnus en tant que personne (…) et où ils vont avoir une difficulté à penser les autres comme étant des individus parce que eux-mêmes ont du mal à se penser comme des individus. (…) A ce moment-là on va beaucoup trouver de ces personnalités qu’on va qualifier de perverses.”
“Deuxième élément c’est toute la question des carences affectives. Ce sont des enfants qui ont été dans un milieu qui paraissait tout à fait sain (…) mais par contre ils ont manqué cette dynamique affective dont a besoin un enfant (…) et qui vont rester dans ce manque affectif. C’est à partir de ce manque affectif qu’ils vont être dans une recherche affective vis-à-vis des enfants.”
“Donc on va retrouver ces éléments, soit de grandes carences en terme de construction identitaire, quasiment, et là on va aller plutôt dans le registre des pervers. Soit on va avoir ces carences affectives qui vont faire qu’il va y avoir cette grande immaturité affective qui va faire, entre guillemets, le lit de la personnalité des futurs pédophiles.”
Certains comportements doivent-ils nous alerter ?
“Quand on a ces personnalités perverses, ce sont des gens qui vont construire un univers dans lequel ils vont pouvoir passer à l’acte, (…) ils mettent en place les éléments pour leur prédation. Pour ceux qui sont dans cette immaturité affective, ce sont toutes ces personnes qui vont être (…) dans un monde d’enfant à enfant où tout va se mélanger.”
“La plus grosse des vigilances pour moi ce sont ces gens qui se mettent dans une position où ils sont tellement adulés que plus personne ne voit rien.”
Existe-t-il des environnements qui favorisent la pédocriminalité ?
“Une grande majorité des pédophiles (…) ne vont pas passer à l’acte. Parce qu’il va y avoir justement un environnement (…) qui va mettre des cadres suffisants pour que ça tienne.
Un prédateur va aller dans un endroit où il y a des proies potentielles.”
“On va les retrouver vraiment dans tout ce qui peut être zones où il y a des enfants qui peuvent être présents. Ils vont se mettre en position d’autorité, (…) une autorité telle qu’ils vont pouvoir quasiment mettre leurs règles en place.”
Avoir des pensées pédophiles est-ce être un pédocriminel ?
“Avoir des pensées pédophiles ce n’est pas forcément d’abord passer à l’acte en tant que pédocriminel.”
“Par contre si ces pensées sont récurrentes, (…) à ce moment-là il faut que la personne s’interroge sur son risque de passage à l’acte, surtout s’il est dans une période fragile.”
“La pédophilie ce n’est pas une histoire de sexualité, c’est une histoire de rapport à l’autre, c’est une histoire soit de rapport de domination soit un rapport affectif à l’autre qui n’est pas ajusté.”
Comment réagir face à une personne qui n’a pas un comportement ajusté face aux enfants ?
“Du moment où on a une interrogation il faut qu’on puisse se poser des questions.
Dès qu’il y a une interrogation, par rapport à la personne qui a ce comportement que nous on va qualifier de pas ajusté, il va falloir pouvoir l’interroger, en lui disant « je ne comprends pas la manière dont tu te positionnes ». A ce moment-là je suis en vigilance.”
“Pouvoir interroger l’autre, mais en interrogeant l’autre par rapport à soi.
Se mettre en position, non pas que d’interrogateur, mais de remettre les cadres dans lesquels on est.”
Comment empêcher un violeur de passer à l’acte ?
“Là c’est la référence à la loi. Et tout le monde est responsable. Du moment où on se dit qu’il y a un danger il faut aller vers une plainte. Ne différons pas les choses.”
Procédure de signalement
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6. Quel est le rôle de la justice ?
Avec Jean-Olivier Viout : Que fait la justice entre l’agresseur et la victime ? La loi et les solutions pour protéger les enfants ont-elles changé ?
Présentation de l’entretien
Jean-Olivier Viout, ancien procureur général près la cour d’appel de Lyon, expose les règles de droit en matière d’abus sexuels sur mineurs. Il nous dit comment faire pour saisir la justice.
Questions posées et extraits
Quelle est l’évolution de la prise en compte par la justice des cas de pédophilie ?
“Il y a eu une évolution considérable […] notamment par l’allongement très conséquent de la prescription de l’action publique. Puisque maintenant le viol commis sur un mineur peut être poursuivi 30 années après la date à laquelle ce mineur atteint sa majorité. Ce qui fait qu’un mineur victime d’un viol durant sa jeunesse à jusqu’à l’âge de 48 ans pour déposer plainte.”
“S’il s’agit d’une agression sexuelle sur mineur de 15 ans la prescription est à 20 ans. Et s’il a plus de 15 ans, la prescription est à 10 ans mais tout cela à compter du jour où il atteint sa majorité.”
Quelles améliorations législatives permettent de mieux écouter les enfants ?
“Le législateur mais aussi les pratiques judiciaires se sont attachés à améliorer les conditions du recueil de la parole de l’enfant. La parole de l’enfant est quelque chose de sacré.”
“La loi est venue ajouter une disposition très importante depuis 2007, on doit procéder à l’enregistrement audiovisuel de la parole de l’enfant. On va donc cristalliser cette parole de l’enfant qui pourra ensuite être analysée par des spécialistes. Et puis surtout on va éviter ce faisant, d’imposer à l’enfant de répéter, à plusieurs reprises, lors de confrontations, lors d’audience successives, ce qu’il a exprimé au départ.”
Quelles sont les solutions apportées par la justice pour lutter contre les cas de pédophilie au sein des familles, des clubs de sports, des classes et des paroisses ?
“Le travail de la justice n’est pas exclusif. Il doit s’accompagner de la prise de conscience de toutes les institutions qui ont un contact avec les mineurs.”
“La problématique, c’est celle de la révélation des faits. Il faut véritablement instiller une culture de révélation des faits.”
“Rappeler l’obligation de révélation aux adultes, inciter les mineurs à déposer plainte, en leur faisant bien comprendre qu’ils trouveront là le remède à leurs maux.”
Concrètement comment faire pour saisir la justice si besoin ? Est-ce compliqué ?
“Rien n’est plus simple que de saisir la justice lorsqu’on est victime d’une infraction ou que l’on souhaite la signaler. On se présente à n’importe quelle brigade de police ou de gendarmerie, de son domicile ou du lieu de son infraction et on va révéler les faits.”
“C’est totalement gratuit, l’intervention d’un avocat n’est absolument pas nécessaire et lorsque l’on est mineur on n’a pas besoin de l’autorisation d’un majeur pour déposer plainte.”
“Il faut véritablement que cette culture de la dénonciation, qui n’est pas une dénonciation au sens impie du terme, mais un devoir de révélation pour éviter la récidive, que cette culture soit infusée dans toutes les sphères de notre population.”
Procédure de signalement
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7. La mécanique du silence
Avec Isabelle de Gaulmyn : Certaines conditions favorisent les possibilités d’abus ou de déviances. Des règles simples de prévention peuvent être efficaces.
Présentation de l’entretien
Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal La Croix et lyonnaise raconte ce qui peut créer au fil du temps des mécaniques perverses de silence institutionnel, d’aveuglement social.
Questions posées et extraits
Comment expliquez-vous la mécanique du silence ?
“Le silence naît du silence des victimes, puis il y a le silence des familles, des parents, le silence des prêtres et le silence de la hiérarchie.”
“Pendant tant d’années des bruits circulaient, des rumeurs mais personne n’a dit les choses de manière objective.”
Quels éléments favorisent selon vous, au delà du cas Preynat, les conditions de violences ?
“Ce silence, on le remarque partout où il y a des abus sexuels. C’est tabou. Les enfants ne comprennent pas la dureté de ce qu’ils viennent de vivre. Ils sont mis par l’abuseur dans cette mécanique infernale. L’abuseur leur dit : ‘c’est notre secret tu ne dis rien aux autres” donc chacun se pense seul à vivre ça’.”
“Dans l’Église il y a cette espèce de révérence par rapport à la hiérarchie qui à mon avis beaucoup favorisé le silence.”
“Pourquoi quand on voit qu’il y a un prêtre qui est en train de déraper on ne dit rien ?”
Quel type de prévention au sein des paroisses est à vos yeux aujourd’hui opérant et efficace ?
“La prévention concerne tous les citoyens, tous les adultes. Il faut qu’on sache que partout où il y a des enfants, il y a un risque. Il faut en parler entre nous.”
“Il y a la formation : un prêtre doit être formé avec un diplôme d’état pour encadrer des enfants. Le Saint-Esprit ne suffit pas.”
“Au niveau de l’Église, une culture de l’abus est favorisée par le cléricalisme. Il faut avoir une relation fraternelle avec les prêtres. On doit être comme des adultes avec les prêtres et non comme des petits enfants.”
“Les prêtres sont mis sur un piédestal par les fidèles souvent contre leur gré. Cela développe une surpuissance, un surpouvoir qui peut favoriser, pour des personnalités perverses, l’abus sexuel.”
Qu’aimeriez-vous dire aux parents, aux équipes paroissiales, aux prêtres, à chacun dans son quotidien ?
“Si on est catholique, la pédophilie nous concerne tous. Cela concerne la hiérarchie. On est tous responsables de la manière dont ça se passe dans l’Église. On est tous l’Église. On s’est trop habitué à vivre dans une institution où on se dit ‘c’est à eux de décider et nous, on suit, ou on ne suit pas d’ailleurs’.”
“C’est à nous de faire l’Église. C’est tellement facile d’avoir un chef, une idole qu’on révère et on ne se pose pas de question. Cela mêne à des comportements trop cléricaux qui sont souvent le fait des laïcs et qui a fait toutes les catastrophes qu’on a vu.”
“Dans l’Église catholique on a eu forme de culture du héros ; l’abbé Pierre…, on voudrait avoir à chaque génération notre prêtre héroïque, celui qui sait parler, qui sait faire avec les jeunes, qui sait entrainer les gens. Notre seul héros c’est le Christ, c’est personne d’autre. Il faut arrêter de compter sur quelques héros pour mener l’Église. Il faut arrêter d’être un troupeau de mouton bêlants.”
Est-ce que vous croyez que pour réinventer l’Église, une des prochaines étapes nécessaires serait de mieux impliquer les femmes dans leur responsabilité ?
“Il y a beaucoup de femmes dans l’Église. Elles ne sont pas au plus haut niveau.”
“Les femmes sont les premières à avoir pris la parole sur les affaires de pédophilie dans l’Église.”
“Il faut arrêter de décider entre hommes non mariés célibataires Il faut favoriser une vraie mixité entre laïcs et prêtres… On a beaucoup à gagner d’une espèce de ‘biodiversité’.”
Procédure de signalement
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8. Que fait l’Église ?
Avec Eric Mgr de Moulins-Beaufort : L’information, la prévention et la formation sont l’affaire de tous et en premier lieu des autorités ecclésiales.
Présentation de l’entretien
La Conférence des Evêques de France et les diocèses doivent rendre compte de ce qui est engagé pour la lutte contre les violences sexuelles. Dans cette vidéo, les actions, les règles et les efforts qui sont faits sont expliqués par Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Evêques de France de 2019 à 2025, archevêque de Reims.
Questions posées et extraits
Quel travail concret de prévention est engagé par l’Église pour lutter contre la pédophilie ? Vous parlez de "culture de la vigilance", c’est-à-dire ?
“Il y a quelque chose de sidérant à cet aveuglement collectif.”
“Il faut une culture de la vigilance (…) et que nous soyons attentifs, et aux signaux que les enfants peuvent donner dès que quelque chose de trouble leur arrive, et aux signaux de dysfonctionnement ou d’attitude que telle ou telle personne responsable peut éventuellement donner.”
“Je dirais qu’aujourd’hui il ne faut plus être naïf sur le pouvoir spirituel d’un prêtre.”
Il ne s’agit pas seulement de "prévention pour limiter et éviter les crimes", mais un "effort global d’ajustement de toutes les relations ecclésiales" dites-vous, pouvez-vous préciser ? Quel est le rôle des laïcs dans ce dispositif ?
“Toutes ces affaires nous révèlent qu’il y a globalement un travail à faire pour que les relations prêtres-laïcs, prêtres-enfants, prêtres entre eux soient plus justes. Que l’on ne soit pas dans une relation de fascination, de pouvoir un peu malsain, de captation et cela demande un effort d’ajustement.”
“C’est l’adulte qui est responsable de la relation qu’il crée avec des enfants.”
“Nous prêtres nous avons le devoir d’être au service de cette relation de liberté et non pas de tenter de jouer les médiateurs, les intermédiaires qui capteraient quelque chose, de la gratitude qui n’est due qu’à Dieu et que nous n’avons pas besoin de capter pour nous.”
“Il y a un travail de purification très global qu’il faut mener.”
Au-delà du discernement au séminaire et de la formation continue à la vie affective, que proposez-vous quant à l’accompagnement des prêtres quant à leur sexualité et leur célibat ?
“Le vrai défi est d’accompagner la vie dans ses différentes phases. L’intégration de l’affectivité et la sexualité dans l’unité de la personne, c’est un travail de toute la vie.”
Comment garantir une exigence sans faille des responsables ecclésiaux sur le sujet pédophile ?
“Comment garder la mémoire de ce qui s’est passé, comment faire pour ne pas oublier que l’on est capable de cela de manière à ce que cela ne se reproduise pas. Il faut trouver des moyens vivants.”
“Dans notre dispositif ordinaire (…) dans le fil continu de la vie il faut qu’il y ait des instances qui permettent à l’autorité de vérifier, d’évaluer, de stimuler, de sentir.”
“Il faut que les prêtres se sentent encouragés dans le long terme : un père spirituel , des amitiés construites, aller voir un psychologue (…) sans honte (..) et ne pas s’enfermer dans des impasses.”
“Il faut travailler pour que tout prêtre soit entouré d’un réseau suffisant pour l’aider à assumer la solitude inévitable intérieure de chaque homme, qui est la solitude où Dieu veut nous rejoindre.”
Procédure de signalement
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9. Ecouter, signaler : comment faire ?
Avec Ségolaine Moog : L’écoute des victimes et le signalement de faits inquiétants est un travail précis et essentiel. Repères.
Présentation de l’entretien
De nombreuses ressources sont mis à la disposition des diocèses pour les soutenir et les accompagner dans l’écoute des victimes et le signalement de faits préoccupants. Ségolaine Moog explique les missions engagées par la Conférence des Évêques de France.
Questions posées et extraits
Est-ce que vous pouvez nous expliquer vos missions au sein de la Conférence des Évêques de France ?
“En septembre 2016 j’ai été appelée à aider à la mise en œuvre de l’ensemble des mesures qui avaient été décidées en avril 2016 et par la suite à accompagner le dispositif nouveau qui se faisait jour pour organiser dans les diocèses, localement, l’accueil des personnes victimes, l’accueil de leur témoignage, les mesures de prévention, les mesures d’accompagnement des décisions.”
“Je fais partie donc de cette cellule permanente de lutte contre la pédophilie (…) qui a comme mission principale d’organiser dans l’année des rencontres pour former et partager des pratiques sur les personnes qui sont au plus près du terrain dans l’accompagnement des personnes victimes qui se manifestent et des situations qui sont à accompagner.”
Quelles sont les ressources que vous apportez aux responsables locaux dans les diocèses qui accueillent les personnes victimes, qui reçoivent des témoignages ou des confidences ?
“Ces cellules d’accueil et d’écoute sont des petits dispositifs locaux qui sont pertinents soit à l’échelle diocésaine soit à l’échelle d’une région (…) et qui sont constituées de professionnels du champ médical, du champ du soin (…), des professionnels du monde du droit ou de la justice (…), du monde de l’éducation et du monde de la protection de l’enfance plus largement (…), qui viennent accompagner l’évêque de manière professionnelle dans la manière dont il accueille une personne qui vient révéler des faits, quelle que soit la date des faits, quel que soit l’auteur qui est mis en cause, qu’il soit vivant ou mort.”
“Cette instance-là nous l’accompagnons dans des formations qui leur sont proposées, dans des lieux de partage de pratiques et d’expériences qui leur sont proposés, dans la mise à jour aussi des dispositifs légaux, mais pas exclusivement, éducatifs aussi, qui peuvent leur être données pour être au plus près du terrain, pertinents, et sur l’accueil des personnes, et aussi dans le domaine de la prévention ou du conseil.”
Quel soutien apportez-vous aux évêques ?
“On intervient aussi pour permettre aux évêques d’assurer leur responsabilité en terme de prévention. Cela suppose donc de les aider à garder ce sujet en haut de la pile, à un niveau de vigilance élevé, un niveau de formation des acteurs de terrain très à jour, régulier, de manière à ce que l’ensemble des propositions d’Église dont ils ont la responsabilité puisse assurer la sécurité des personnes qui sont accueillies, des enfants, des jeunes, des personnes vulnérables, et soit capable d’en rendre compte aux familles par exemple qui confient leur enfant à une institution d’Église.”
Quels sont pour vous les outils les plus performants que vous avez vus se déployer en région, en province, à Paris, pour aider à cette lutte ?
“Parmi les éléments moi qui me frappent sur ces dernières années, c’est le recours de plus en plus systématique, et je crois que c’est une bonne chose, à des ressources extérieures, et notamment le travail de collaboration avec les services de protection de l’enfance d’une part, locaux donc, et avec aussi les ressources de la psychologie pour accompagner l’éducation des acteurs et la vigilance des enfants.”
Quelles perspectives d’évolution observez-vous ?
“Ce qui me frappe aujourd’hui c’est d’abord le travail engagé sur les derniers mois, et qui s’affermit et qui va se déployer, le travail avec les personnes victimes pour réfléchir ensemble à la prévention, pour réfléchir ensemble au traitement qui doit être réservé aux révélations qui ont été reçues, pour réfléchir ensemble aux conséquences de ces délits qui ont été commis, ces crimes qui ont été commis contre ces enfants. Ça c’est sans doute la chose la plus nouvelle.
(…) il y a aussi le travail de collaboration avec la justice.”
“La vraie préoccupation c’est une préoccupation évangélique, et on ne sera plus sourd aux cris de souffrance des personnes qui se sont manifestées pendant longtemps sans être entendues.”
Procédure de signalement
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10. L’accompagnement des prêtres
Avec le père Matthieu Thouvenot : La question essentielle de la formation continue des hommes d’Église.
Présentation de l’entretien
Il s’agit ici de comprendre comment les prêtres sont aidés à chercher un équilibre de vie affective et sexuelle, de poser la question d’un renouveau d’accompagnement de qualité pour chacun avec ses besoins dans son choix de vie et de service au Christ. Le père Matthieu Thouvenot est recteur de la Basilique de Fourvière, prêtre du diocèse de Lyon depuis 2003, accompagnateur spirituel au discernement des vocations, formateur au séminaire Saint-Irénée.
Questions posées et extraits
Quelle formation en vie affective et sexuelle reçoivent les séminaristes aujourd’hui ?
“Quand ils arrivent au séminaire leur formation a commencé parce qu’ils sont originaires d’une famille. Ils arrivent avec ce qu’ils sont.”
“Au séminaire, ils reçoivent une formation théorique avec des modules de formation de vie affective et sexuelle et des modules de connaissance de soi pour comprendre comment on fonctionne, quels sont nos besoins, quels sont nos désirs, comment est-ce que l’on répond à ça.. avec une formation particulière pour les célibataires consacrés. La vie au séminaire permet de vivre avec d’autres et d’être connu par les autres.”
“6 prêtres et 1 couple constituent le conseil du séminaire, vivent avec les séminaristes et se réunissent chaque semaine pour passer en revue les séminaristes. sont chargés du discernement. Le temps passé au séminaire joue pour la croissance du séminariste. S’il y a un blocage , on cherche comment aider le séminariste à grandir. on peut même proposer un accompagnement psychologique. C’est pas dangereux un psychologue. S’il n’y a pas de progrès, on peut envisager que le séminariste ne devienne pas prêtre.”
“L’évaluation vient également des communautés dans lesquelles les séminaristes sont insérés.”
“Année pastorale :Il arrive en paroisse 1 semaine par mois au séminaire, les séminaristes ou jeunes prêtres reçoivent une formation complémentaire qui leur permet d’approfondir leurs besoins dans leur nouvelle vie. Module CNV”
En terme de formation continue, de quoi auriez-vous besoin ? Qu’est-ce qui vous serait utile au long cours ?
“Ce dont on a besoin : d’avoir régulièrement un apport nouveau et des temps de relecture : une retraite par an. Une rencontre entre prêtres : équipes de vie entre prêtres : lieu de détente, lieu de parole, partage des préoccupations. Utile d’aller voir ailleurs : prêtres d’autres pays, autre façons de faire.”
“Le séminaire est un des éléments de la formation du prêtre. C’est important d’avoir une formation pratique (…) : les manières d’être prêtre, pour se renouveler, pour prendre les bonnes idées ailleurs. C’est dans les 1ères années que l’on apprend à avoir l’habitude d’avoir de la formation continue. C’est aux diocèses de proposer cela : 1 semaine par trimestre, rencontre, relecture, formation pastorale pratique les 1ères années et ensuite.”
Y a t-il un suivi psychologique régulier des prêtres au sein du diocèse ?
“Chaque prêtre fait un entretien annuel approfondi avec son supérieur : il passe en revue son année personnelle, pastorale, son équilibre de vie personnel, spirituel.”
“Participation à une journée sur la vie affective et sexuelle proposée annuellement.”
“On pourrait ajouter un rendez-vous systématique tous les 2 ou 3 ans avec un psychologue.”
Comment faites-vous pour réinventer votre équilibre de vie au fil du temps ?
“Un prêtre est quelqu’un de normal qui a des besoins à honorer avant de pouvoir être utile aux autres. Il faut aller bien. Il faut mettre les choses dans l’ordre : se reposer suffisamment, se détendre : musique, sport. Dans un cadre pas ecclésial, les gens savent qu’on est prêtre mais ne nous attendent pas comme le prêtre. Il ne faut pas s’oublier complètement pour tout donner aux autres.”
“C’est un apprentissage à faire dès le départ. On réapprend à gérer son temps en fonction de sa mission. C’est au prêtre à se fixer quand il se lève, quand il prie”
Comment chacun en paroisse peut aider les prêtres au quotidien ?
“Les paroissiens doivent connaître les besoins de leur prêtre en lui demandant en toute simplicité et les respecter. Des prêtres extravertis ont besoin de voir du monde pour se ressourcer. Des introvertis vont avoir besoin de solitude pour se ressourcer. Les paroissiens doivent accepter qu’une proposition puisse être refusée et le prêtre peut aussi avoir le simplicité de demander aux paroissiens de passer une soirée chez eux…”
“Il faut se connaître et faire connaître aux autres ses besoins. Le mot clé est la simplicité.”
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11. L’Église et son institution en discussion
Avec Marie-Jo Thiel : Qu’est-ce que la question des abus sexuels révèle de certains dysfonctionnements dans l’Église ? Quelles collaborations entre prêtres, diacres et laïcs pour éviter les abus sexuels, les abus spirituels, les abus de pouvoir, les abus de conscience ? Échanges avec une théologienne de renom.
Présentation de l’entretien
Marie-Jo Thiel, médecin, professeure d’éthique à la faculté de théologie de Strasbourg, membre de l’académie pontificale pour la vie, présidente de l’association européenne de théologie catholique, propose des pistes de réflexion et de travail pour renouveler l’Église et faire face aux défis de demain pour lutter contre toutes sortes de dérives et d’abus spirituels ou sexuels.
Questions posées et extraits
Expliquez-nous, s’il vous plaît, ce que vous définissez comme "esprit de corps", ses dérives, ses limites, ses secrets ?
“On occulte, ne parle pas : c’est très difficile pour un confrère qui voit son confrère auteur d’actes qui ne devraient pas être, de le signaler, voire de parler avec lui. Cette parole ne va pas de soi.”
“En même temps l’idée de corps est intéressante. On parle du corps dont le Christ est la tête. Le corps Église est un corps en interaction avec le corps de la société.”
Comment expliquez-vous la lenteur ou les résistances à une gestion plus saine des violences sexuelles par des clercs ?
“Les laïcs ont du mal à sortir de la soumission au ministère ordonné parce qu’ils ont été conditionnés de cette manière-là, à parler aux prêtres, aux évêques et eux-mêmes ont du mal à accepter cette paroles des laïcs, à entrer dans un vrai dialogue et à accepter qu’on puisse ne pas être tous d’accord.”
“Le secret est omniprésent. On a besoin du secret de la confession, du secret spirituel pour vivre dans la confiance. Avec le secret pontifical, on ne dit pas les raisons pour lesquelles une personne est condamnée. Dans l’Église, on n’aime pas mettre ces choses-là dans le public pour protéger l’Église. Mais l’Église, c’est nous, tous, baptisés, peuple de Dieu. Cela va jusqu’au sensus fidei : nous sommes le peuple de Dieu infaillible qui sommes dans le vrai avec le Christ : prêtres, évêques et laïcs ensemble.”
La réforme dites-vous passe par une "transparence responsable", impliquant les laïcs. Pouvez-vous développer s’il vous plaît ?
“La transparence responsable est la reddition de compte, l’accountability : je dois répondre de mes actes. Le prêtre, l’évêque, le membre de la curie n’a pas à rendre compte canoniquement.”
“Les laïcs, y compris les femmes, amènent une altérité dans ce corps. Les clercs exercent leurs responsabilités à l’égard de tous, les petits, les vulnérables. Ce chemin est synodal.”
“Le pape est passé d’une perspective ‘tolérance zéro’ à ‘plus jamais ça’.”
Comment selon-vous désacraliser et assainir le "pouvoir" de l’institution catholique et l’amener à être davantage une "communauté de foi" ?
“Une communauté de foi est une communauté aux ministères variés. Il faut revenir à la question des ministères. De quoi avons-nous besoin pour vivre une communauté de foi ? Ministère de la parole ? Ministère d’enseignement ? Ministère de formation ? Cela nous sort du seul ministère ordonné.”
“L’articulation entre sacerdoce ministériel et sacerdoce commun des fidèles doit être repensée.”
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12. Le projet Agir ensemble contre les violences sexuelles : explications
Avec Mgr Emmanuel Gobilliard : Donner la parole à ceux qui peuvent nous aider, nous Église et diocèse pour la lutte contre les abus, leur laisser la parole pour comprendre et agir concrètement.
Présentation de l’entretien
Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire du diocèse de Lyon de 2016 à 2022, responsable de la communication pendant ces années, nous invite à comprendre la genèse de ce projet, à s’approprier et personnaliser les outils du site preventionsabuseglise.fr de l’urgence de s’informer, de se former et d’être acteur de la lutte contre les violences sexuelles.
Questions posées et extraits
Comment est né ce projet ?
“Ce projet est né d’un constat que tous nos acteurs pastoraux n’ont pas le même niveau de formation ou d’information sur ce sujet grave. Nous avons la mission de former tous ceux qui dépendent de nous à ces questions. Mieux on comprendra ce que vivent les victimes, mieux on pourra répondre, mieux on pourra prévenir.”
Comment avez-vous mené ce projet ?
“Il s’agit d’un travail d’équipe, de l’équipe communication du diocèse, majoritairement composée de laïcs. Le sens de notre démarche a été de donner la parole aux autres, à ceux qui connaissent le problème, en premier lieu aux victimes.”
“Nous avons besoin de nous reconnaitre incompétents : l’Église a besoin de se reposer sur ce que la société nous propose.”
“C’est un sujet éminemment douloureux mais il faut en parler. Il faut mettre des réalités derrière les mots, nous avons besoin que tous, nous soyons mobilisés pour que les conditions de possibilité de ces choses ne se reproduisent plus.”
Pourquoi engagez-vous tous les acteurs pastoraux et les catholiques du diocèse de Lyon à se mobiliser sur ce sujet ?
“Le pape a envoyé il y a quelques mois une lettre au peuple de Dieu. Dans tous les lieux d’Église, les gens doivent se sentir responsables. La transmission de la foi est une question de confiance, nous avons tous intérêt à ce que cette confiance entre nous soit retrouvée pour qu’elle rejaillisse sur l’ensemble de la société.”
Qu’attendez-vous de chacun et de chacune dans sa paroisse, dans son mouvement, dans son quotidien ?
“Les bonnes intentions, ça ne suffit pas, il y a des actes à poser, des réactions à avoir. Il y a une vigilance concrète à établir pour le bien de chacun et pour le bien des plus petits.”
“Ces vidéos vont choquer mais nous avons choisi de laisser la parole à ceux qui portent cette lutte contre les abus sexuels.”
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13. Emprise spirituelle, abus de conscience
Avec Isabelle Siben : Comprendre le processus d’emprise spirituelle, son impact sur la victime, son lien avec les abus.
Présentation de l’entretien
Isabelle Siben, médecin, victimologue et psychothérapeute, accompagne depuis plus de 20 ans des victimes d’emprise et d’abus dans son association “c’est à dire”. Elle nous explique le phénomène de l’emprise et les issues possibles pour les victimes.
Questions posées et extraits
Comment définir l’abus spirituel ?
“L’abus spirituel peut être très grave et peut aller jusqu’à la destruction physique et psychique d’une personne et conduire jusqu’à une rupture avec Dieu. L’abus spirituel peut ouvrir à l’abus sexuel.”
“Lorsqu’il y a abus spirituel il y a à la fois une intrusion, une effraction dans l’intimité de la personne. Il va y avoir également un rapt de ses aspirations vers le beau, le bon et le bien. Certains parlent de ‘viol de l’âme’.”
Y a-t-il des contextes particuliers propices aux abus spirituels ?
“Oui et non. Quelqu’un qui évolue dans le milieu chrétien sait qu’il va être respecté, donc il fait confiance, il laisse tomber ses défenses et il pense pouvoir jouir de la liberté des enfants de Dieu. Les abuseurs vont pouvoir entrer comme dans du beurre dans ce contexte.”
“Autant il n’y a pas de personnalité propre à se faire abuser, autant le type d’abus est fonction du type d’abuseur : un pervers, un immature, un opportuniste, un imposteur ou un impulsif.”
Qu’est-ce qui va favoriser plus spécifiquement les violences sexuelles ?
“Ce que j’ai pu observer c’est tout d’abord une ignorance, peut-être un manque de bon sens, un manque de formation, parfois, chez les personnes qui ont une responsabilité d’ordre spirituel et en particulier lors de l’accompagnement spirituel.”
“Il y a également les statuts de certaines communautés ou bien les règles de certains groupes qui ne sont pas suffisamment protecteurs”.
“Il y a également les notions de miséricorde et de compassion. (…) Pour un abuseur, pendant longtemps, il s’est dit qu’au prétexte de la miséricorde il serait pardonné et protégé.”
Quelle différence entre emprise et harcèlement ?
“Ce sont deux moyens pour arriver à ses fins. La fin du harcèlement c’est l’atteinte à la dignité de la personne, c’est sa déstabilisation et voire son consentement. La fin de l’emprise c’est l’appropriation de l’autre, et sa soumission. Transformer l’autre en marionnette ou en pion, voire le détruire”.
“L’emprise est une aliénation mentale, psychologique et spirituelle qui va endormir la conscience et qui va obscurcir le discernement.”
Comment la victime sous emprise peut-elle trouver une issue ?
“La seule issue acceptable pour une victime c’est la liberté et la vie.”
“La première étape va être la prise de conscience alors que sa conscience est obscurcie”.
“La deuxième étape ça va être de parler, de trouver quelqu’un à l’extérieur pour dire, pour se faire aider. (…) Il faut parler et soigner.”
“La troisième étape ça va être de se réouvrir à la vie.”
Procédure de signalement
- Écrire à Mr le Procureur de la République, Tribunal judiciaire – 67 rue Servient 69003 Lyon.
- À l’Église : paroledevictime@cef.fr
















