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« Disons ensemble notre attachement à un Lyon et à une France fraternels »

Dialogue interreligieux | Solidarité | Vie du diocèse –
17 juil. 2026

Le 9 juillet 2026, le père Christian Delorme, prêtre du Prado et du diocèse de Lyon, a reçu la médaille de la Ville de Lyon en reconnaissance de son engagement exceptionnel au service de la fraternité, du dialogue et de la paix. Au fil des témoignages, s’est dessiné le portrait d’un homme profondément enraciné dans l’Évangile, artisan de la rencontre, de la non-violence et de l’espérance. Son engagement auprès des plus fragiles, des personnes migrantes, des femmes en situation de prostitution, ainsi que son action en faveur du dialogue interreligieux et du vivre-ensemble, continuent d’inspirer bien au-delà de l’Église. Pour la Famille du Prado, cette distinction est aussi un hommage rendu à une manière de vivre le ministère sacerdotal à la suite du Bienheureux Antoine Chevrier : annoncer Jésus-Christ en partageant la vie des plus pauvres, dans l’écoute, la proximité et le dialogue.

« Ce n’est pas avec cela qu’on entre en paradis »

A cette occasion, le père Christian Delorme a pu intervenir et partager ainsi sa pensée et le cœur de sa mission.

« Bien entendu, je suis impressionné par votre présence nombreuse. A la fois heureux de vous retrouver tous… et embarrassé et mal à l’aise de me trouver au coeur de cette cérémonie, même si j’y ai consenti. Notre vocation à nous autres prêtres, surtout lorsqu’on appartient à la famille spirituelle du Prado, n’est pas de recevoir des médailles. Quand Grégory Doucet m’a proposé cette distinction, je lui ai répondu: « Ce n’est pas avec cela qu’on entre en Paradis, bien au contraire! »… mais l’argument ne l’a pas touché. Si j’ai cependant accepté, certes honoré par la proposition, c’est parce que, ici en France comme à peu près partout dans le reste du monde, nous vivons une période dangereuse, où une grande partie des progrès moraux, sociaux, juridiques et politiques hérités du Conseil National de la Résistance, des fondateurs de l’ONU et des pères fondateurs de l’Europe démocratique sont gravement menacés et déjà en train de s’effondrer. Dès lors, un moment comme celui qui nous est offert ce soir m’est apparu comme une occasion favorable pour que nous puissions dire ensemble notre attachement à un Lyon et à une France fraternels, pour que nous manifestions notre volonté commune de sauvegarder la dignité inaliénable de toute personne humaine, et – oserai-je dire? – pour que nous nous promettions de ne rien lâcher à ce sujet, quoi qu’il arrive…

 

Recevoir la médaille de la ville de Lyon a du sens pour moi, même si je confesse mon indignité à en être gratifié. Depuis ma naissance à la Guillotière il y a soixante-seize ans, je respire cette ville et cette ville respire en moi. Son histoire religieuse – de Saint Irénée au mouvement œcuménique en passant par Antoine Chevrier et le christianisme social –, son histoire humaniste – Clément Marot, Louise Labbé, Sébastien Gryffe –, son histoire rebelle – les ovalistes en grève, les canuts, la Résistance: Jean Moulin, Marc Bloch, Gilbert Dru, Francis Chirat, René Leynaud –, et, en même temps, son souci de la modération, m’ont construit. Je serais né, j’aurais grandi et vécu ailleurs qu’à Lyon mon existence n’aurait pas été la même, mes engagements n’auraient probablement pas été tout à fait les mêmes. Cybèle Lespérance, dont la présence ce soir me touche tout particulièrement, a rappelé la Révolte de Saint Nizier de 1975, première grande manifestation de personnes prostituées connues dans l’histoire. Farid L’Houa, compagnon de marche depuis quarante-trois ans, a fait mémoire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, partie du plateau des Minguettes, première grande manifestation antiraciste de l’histoire de France: cent mille personnes à Paris le 3 décembre 1983! Ibrahima Diallo, lui, nous a donné quelques échos de l’auto-organisation des migrants arrivés ces dernières années dans la métropole de Lyon, qui tentent de survivre malgré toutes les hostilités rencontrées, et y parviennent notamment grâce à des soutiens très divers de nombre de nos concitoyens. Quant à Ruth Ouazana et Michaël Barer, animateurs de l’association Les Racines de demain, ils nous ont partagé leur conviction que la connaissance des religions des uns et des autres est une nécessité de la paix de nos sociétés. Leur association rayonne aujourd’hui bien au-delà des frontières de notre cité, car elle est considérée par beaucoup comme un modèle d’acteur éducatif. Si ces mouvements sociaux et ces initiatives se sont épanouis à Lyon, ce n’est pas un hasard: ils appartiennent à l’ADN de cette ville, à l’ADN de cette métropole. Et c’est pourquoi je reste confiant quant à l’avenir, même si Lyon compte aussi sa part d’ombre, ses tentations de se livrer à des idéologues populistes, ses tourments racistes et hostiles aux migrants. »

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