Deux nouveaux diacres permanents pour le diocèse !
A l’occasion des ordinations diaconales d’Eric Boël et Daniel Montoya le 7 juin 2026, Mgr Olivier de Germay a présidé la messe. Découvrez son homélie lors de cet évènement.
Frères et sœurs, aujourd’hui c’est donc la fête du Saint Sacrement. Le Saint Sacrement, c’est quand même un grand mystère. Et la première lecture que nous avons entendu nous dévoile, je dirais, une des facettes, des nombreuses facettes de ce grand mystère. Nous sommes dans le livre du Deutéronome et dans le passage que nous avons entendu, c’est Moïse qui s’adresse au peuple. le peuple des Hébreux. On est à la fin de la traversée du désert, donc avant d’entrer en en terre sainte, en terre promise. Et Moïse évoque cette traversée du désert et il aide finalement le peuple hébreu à relire un peu son histoire, à comprendre ce qui s’est passé.
Il leur dit : « Souviens-toi de la longue marche pendant 40 années dans le désert. » Et il ajoute : « Le Seigneur ton Dieu te l’a imposé pour te faire passer par la pauvreté. » En fait, c’est une traduction d’un passage qui est pas très facile à traduire. Il y a d’autres traductions. Là, c’est « passer par la pauvreté ». Parfois, on trouve « pour t’affliger », « pour t’humilier ». En tout cas, ce qui suit aide à mieux comprendre. « Il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur. Allais-tu garder ses commandements ? Oui ou non ? » Autrement dit, le Seigneur t’a fait passer par l’épreuve pour voir ce que tu as dans les tripes. Dans l’épreuve, allais-tu rester fidèle ou pas ? Ça fait penser à un autre passage qui est dans le Nouveau Testament. Vous savez quand Pierre explique que les épreuves vérifient la qualité de notre foi. En tout cas, Moïse poursuit. « Dieu t’a fait sentir la faim et il t’a donné à manger la manne. » Vous savez, la manne, c’est cette nourriture donnée par Dieu dans le désert. Cette nourriture qui sera appelée le pain du ciel. Et Moïse ajoute donc : « Dieu a fait tout ça pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » Alors ce qui vient de la bouche du Seigneur c’est la parole de Dieu. Et dans l’esprit de Moïse, c’est surtout les 10 commandements. Vous savez que Moïse a reçu sur la montagne les 10 commandements, qu’on appelle aussi les 10 paroles et qui sont on peut dire un peu comme des indicateurs, des panneaux indicateurs pour indiquer la direction pour aller vers la vie et vers le bonheur. D’ailleurs, un peu plus loin dans ce chapitre 8, il est dit que Dieu a fait tout cela pour que ton avenir soit heureux.
Donc si on essaie de résumer un peu l’enseignement de Moïse dans ce passage, on peut dire trois choses.
- Premièrement, tu es en marche vers la terre promise. Tu es fait pour la vie et le bonheur.
- Deuxième chose, Dieu t’a fait passer par une situation de manque, d’épreuve, pour que tu ne t’imagines pas que tu pourrais y accéder toi-même, en terre promise, pour que tu n’oublies pas que Dieu seul peut y conduire et en particulier par les commandements.
- Et puis troisème chose, n’oublie pas que l’homme ne vit pas simplement de pain, c’est-à-dire de nourriture terrestre, mais de ce que Dieu donne.
Alors, si on essaie de transposer tout ça pour nous aujourd’hui, puisque la parole de Dieu, vous le savez, elle est pour nous, elle est toujours actuelle, qu’est-ce qu’on peut dire ? Et bien, on peut dire : si tu rêves de bonheur et de plénitude, c’est normal. C’est le projet de Dieu sur toi. Si tu crois que tu vas pouvoir l’acquérir par toi-même, là tu te plantes. Si tu as construit ta vie de façon à acquérir toujours plus de biens terrestres, bien matériel ou immatériel comme par exemple la vaine gloire, et bien tu vas étouffer le désir de plénitude qui est en toi. Tu risques de tomber dans une sorte de fuite en avant pour posséder ou consommer toujours plus mais en restant éternellement insatisfait. Si tu fais l’expérience d’un manque, si ton cœur est blessé, si tu traverses une épreuve, regarde-la en face. Ne fais pas semblant, mais ne te replie pas sur toi-même. Fais de ce vide intérieur un réceptacle pour accueillir le don de Dieu. Tourne-toi vers celui qui seul peut combler tes attentes, ta soif de bonheur. Au fond, deviens un pauvre de cœur, un assoiffé des dons de Dieu.
Vous voyez, frères et sœurs, comme ce passage de l’Ancien Testament d’une certaine façon nous aide à mieux comprendre les paroles de Jésus que nous venons d’entendre dans l’Évangile et qui ne sont pas si simples à comprendre. Quand Jésus dit « Ma chair est la vraie nourriture, mon sang et la vraie boisson ». En réalité, Moïse qui a été comme un guide pour les Hébreux, ne faisait qu’annoncer Jésus qui est lui notre véritable guide, qui est aussi le chemin, celui qui nous conduit jusqu’à la vie éternelle, lui qui disait : « nul ne va vers le Père sans passer par moi. » La manne de l’Ancien Testament ne faisait qu’annoncer le véritable pain du ciel qui est Jésus lui-même. « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel », dit Jésus. « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. »
Alors, et le diacre dans tout ça ? Vous savez qu’à l’origine, on voit ça dans le livre des Actes des Apôtres, les premiers diacres, ce sont des hommes qui ont été choisis, appelés pour le service des tables, c’est-à-dire pour donner à manger aux nécessiteux. Et c’est pourquoi le diacre doit toujours avoir une attention particulière aux personnes en situation de précarité. Et vous savez qu’elles ne manquent pas aujourd’hui. Mais le diacre ne doit pas oublier que la plus grande pauvreté, c’est la pauvreté spirituelle. c’est de n’avoir pas découvert le don de Dieu. Et c’est pourquoi une des missions du diacre qui est peut-être la plus importante, c’est d’aller vers ceux qui ne font pas partie de nos assemblées eucharistiques pour leur dire qu’ils y sont attendus. Les diacres sont envoyés vers tous ceux qui souffrent, qui sont dans l’épreuve pour leur dire que leur souffrance n’est pas une fatalité et que Dieu a un projet de bonheur sur eux. Les diacres sont aussi envoyés vers ceux qui sont rassasiés de biens terrestres, mais qui n’ont pas soif du don de Dieu et qui passent à côté de leur destin. Et ils sont envoyés pour leur dire « si tu savais le don de Dieu ».
Et nous qui sommes là, frères et sœurs, avons-nous soif du don de Dieu ?
Il faut reconnaître que ce n’est pas simple. Vous avez entendu ces paroles de Jésus. « De même que je vis par le Père, celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » Vivre par un autre, se recevoir d’un autre, ce n’est pas évident. Surtout aujourd’hui dans notre culture marquée par l’individualisme, on nous a tellement souvent répété qu’il fallait être indépendant, être aux commandes de sa vie… C’est pas si simple de passer le volant à Dieu. Pourtant, on sait bien qu’on ne s’est pas donné la vie à soi-même. On l’a reçu d’un autre. Et Jésus nous fait comprendre que la vie éternelle à laquelle nous sommes destinés, nous ne pourrons pas l’acquérir par nous-mêmes. Nous ne pourrons que la recevoir de lui. Et c’est pourquoi nous sommes invités à lui faire confiance, à nous tourner vers lui comme des pauvres et même à vivre par lui.
Pourquoi devrais-je lui faire une telle confiance ? Parce qu’il est ton Dieu et qu’il t’aime.