Deux nouveaux prêtres pour le diocèse !
A l’occasion des ordinations presbytérales le 28 juin 2026, Mgr Olivier de Germay a présidé la messe. Découvrez son homélie lors de cet évènement.
« Ils n’auront plus soif, ni le soleil, ni la chaleur ne les accablera. »
Oh, ce sera bien ! Au ciel, frères et sœurs, il fera frais.
Vous l’avez deviné, ce passage de l’Apocalypse nous parle de notre vie en Dieu lorsque nous aurons atteint notre destinée, le but de notre existence. Là où il n’y aura plus de mal, plus de souffrance, plus d’injustice, là où Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux » comme nous venons de l’entendre. En attendant, nous sommes en pèlerinage. Nous cheminons vers le ciel.
Pas tout seul : ensemble. Nous marchons ensemble. C’est le sens du mot « synode ». Et dans un instant, Lucas et Augustin vont être ordonnés pour la charge du presbytérat, consacrés à Dieu pour le service de l’autel et celui du peuple de Dieu. Les paroles de Jésus que nous venons d’entendre dans l’Évangile avec l’image de la vigne et des sarments, ces paroles concernent tous les disciples du Christ. Mais elles prennent un relief tout particulier pour ceux qui sont appelés à devenir prêtres.
« Moi, je suis la vigne et vous les sarments », dit Jésus. Les sarments ne vivent pas par eux-mêmes. Ils reçoivent la sève de la vigne. De même, le prêtre ne vit pas par lui-même. Il n’est pas autosuffisant. Il vit par le Christ. Il doit être sans cesse greffé sur le Christ.
Sur une vigne, il y a plusieurs sarments. Un sarment n’est pas isolé. Il fait partie, on pourrait dire, d’un écosystème. Il en va de même pour le prêtre. Le prêtre exerce son ministère avec d’autres. Il est le collaborateur de l’évêque et il collabore avec d’autres : des ministres ordonnés, des religieux, des consacrés et des laïcs. Le prêtre ne travaille pas en solo, il exerce son ministère avec d’autres.
« Ce qui fait la gloire de mon Père, dit Jésus, c’est que vous portiez beaucoup de fruits. » Sur une vigne, le sarment n’existe pas pour lui-même. Il a pour fonction de produire une grappe de raisin qui sera mangée par d’autres ou qui deviendra du vin. De même, le prêtre ne vit pas pour lui-même, mais pour d’autres, au service des personnes auxquelles il est envoyé. C’est pourquoi il doit être à leur écoute, attentif à leurs besoins. « Le serviteur du Seigneur, écrit Saint-Paul – c’était la deuxième lecture -, doit être attentionné envers tous. » Bref, le prêtre vit par un autre, avec d’autres et pour d’autres ; et finalement il vit pour le Christ.
Dans une société où l’on insiste beaucoup sur l’autonomie, le développement personnel, l’autoréalisation, il faut reconnaître que ça fait bizarre. Ça paraît un peu décalé. Mais qui est-il donc ce Jésus pour qu’aujourd’hui en 2026 des jeunes comme Augustin et Lucas acceptent librement et consciemment de le suivre dans une telle dépendance, dans une telle radicalité et en particulier dans le célibat ? Vous me direz : aujourd’hui, ils sont nombreux à vivre seuls. Seuls sans enfant ou en parents solo. C’est vrai. Mais là, il ne s’agit pas simplement d’être célibataire. Il s’agit de vivre par un autre et pour un autre. Dans notre société individualiste où s’engager une fois pour toutes est perçu comme difficile, voire aliénant, devenir prêtre est un choix qui interroge et qui suscite d’ailleurs souvent l’incompréhension.
Mais qui est-il donc ce Jésus pour susciter une telle confiance, un tel abandon ? Il faudrait le leur demander. Dans ce domaine, le témoignage personnel est parfois plus éclairant que des généralités. D’ailleurs, vous pouvez demander aux prêtres que vous connaissez : « Pourquoi avez-vous dit oui ? Comment se fait-il que vous vous soyez lancé dans une telle aventure ? D’où vient votre vocation ? » En écoutant les témoignages des prêtres – et je m’inclus dedans bien sûr – on se rend compte qu’à l’issue d’un long cheminement ou parfois après un coup de foudre, celui qui est appelé à devenir prêtre est touché au plus profond de son être par Jésus. Il ne s’engage pas pour défendre un système ni même des valeurs. Il répond à l’appel de Jésus qui lui apparaît – même si au début il ne le connaît pas encore très bien – qui lui apparaît comme celui qui l’aime profondément d’un amour infini et qui peut combler ses attentes les plus profondes.
Et parallèlement – parfois cela vient dans un deuxième temps-, il est touché par la soif des personnes vers lesquelles il sera envoyé. Il se sent poussé à aimer ces personnes qui peut-être jusque-là lui étaient totalement indifférentes et il pressent que le Christ veut passer par lui pour les rejoindre, les consoler, les éclairer, les guider et finalement les sauver. Si on n’intègre pas cette expérience, l’engagement d’un jeune pour devenir prêtre risque de demeurer incompréhensible. Et si un prêtre lui-même, trop accaparé par tout ce qu’il a à faire, oublie cette expérience fondatrice, il est en danger. Il peut devenir un fonctionnaire du culte, voir un spécialiste de tel ou tel aspect de la vie de l’Église. Il peut même sembler brillant aux yeux des hommes, mais il ne reçoit plus du Christ la fécondité de sa vie.
C’est pourquoi le premier devoir du prêtre est de rechercher sans cesse l’union au Christ. C’est pourquoi le prêtre doit être un homme de prière. Passer du temps chaque jour et gratuitement avec celui que son cœur aime, celui qui est la source, le fondement de sa vie de prêtre. Et s’il est fidèle à ce cœur à cœur quotidien, il pourra avancer humblement sur le chemin de la prière continuelle, c’est-à-dire que son cœur profond restera uni au Christ, au cœur des activités et même dans le tumulte des épreuves de la vie. Frères et sœurs, ne demandez pas aux prêtres d’être des couteaux suisses, qui savent tout faire, tout organiser ou qui ont réponse à tout. Demandez-leur de vous parler de Jésus, de vous donner Jésus et encouragez-les à être fidèles à la prière.
Je vous le disais tout à l’heure, les paroles de Jésus dans l’Évangile s’adressent à tous les disciples. Le prêtre est à leur service. La radicalité de sa vie rappelle à tous les baptisés que seul le Christ peut combler nos attentes les plus profondes. Le prêtre nous rappelle que Dieu est la source et le but de notre existence, que nous sommes appelés à vivre non seulement avec lui, mais aussi par lui et pour lui. Et cela quelle que soit notre vocation ou notre situation personnelle. Comme l’écrivait saint Irénée, que nous fêtons aujourd’hui : « La vie de l’homme, c’est la vue de Dieu. » Ce qui signifie pour saint Irénée la participation à la vie même de Dieu.
Vous voyez frères et sœurs, il n’y a pas que les prêtres ou les religieux qui soient un peu fous. Il y a de la folie dans toute vie chrétienne. Mais comme dit saint- Paul : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes ». En réalité, ce qui est fou, c’est de vouloir vivre par soi-même et pour soi-même. On le voit aujourd’hui où tant de personnes sont devenues addictes, esclaves de leurs désirs autocentrés alors que tant d’autres dans notre société d’hyperconsommation sont laissés sur le bord du chemin et manquent du nécessaire. Ce qui est fou, c’est de se croire propriétaire de sa vie jusqu’à se donner la mort au lieu de la remettre humblement et avec confiance entre les mains de celui qui nous conduira aux sources des eaux de la vie comme nous venons de l’entendre. Frères et sœurs, le Christ nous rend libre, nous ouvre aux autres et nous conduit jusqu’en Dieu. C’est pourquoi il nous dit aujourd’hui : « Laisse tomber la superficialité des écrans plats, fais silence. Entre dans la profondeur de mon amour pour toi. Fais-moi confiance et suis-moi. Alors ta vie sera belle, ouverte, féconde. » C’est la volonté de Dieu pour toi. Il attend ton « oui ».
+ Mgr Olivier de Germay
Archevêque de Lyon