Chargement du site...

Engagez-vous maintenant

Par la prière

Par le bénévolat

Actualités
L’histoire du 8 décembre : naissance et tradition des illuminations à Lyon

Publié le 05 décembre 2018

L’histoire du 8 décembre : naissance et tradition des illuminations à Lyon

« Au-delà de ce qui éblouit le regard, nous sommes tous à la recherche de ce qui peut illuminer le cœur. La fête du 8 décembre, sans occulter son origine religieuse, et spécialement catholique, peut parler à chacun. Et les catholiques de Lyon invitent ceux qui viennent à la « Fête des lumières », à découvrir une lumière qui est toute intérieure. »[1]
Cardinal Philippe Barbarin

 

Depuis 1830, le clocher de la chapelle mariale présentait des signes de faiblesse, sa reconstruction est alors décidée en 1851, confiée à l’architecte Duboys. Joseph-Hugues Fabisch s’occupait, quant à lui de la statue, de 5,6 mètres en bronze doré, coulée par deux fondeurs lyonnais, Lanfrane et Baud[2]. L’inauguration, initialement prévue le 8 septembre, est reportée au 8 décembre. Dans un communiqué du 7 décembre 1852, paru dans le journal catholique La Gazette de Lyon, le cardinal de Bonald (archevêque de Lyon, 1839-1870) fait prévenir les Lyonnais du déroulé de l’inauguration, prévue le lendemain :

« Son Éminence, de concert avec l’autorité civile, a permis de placer sur la tour, à 7 heures du soir, des feux de Bengale, qui permettront aux fidèles d’apercevoir l’image de Marie, non seulement de dessus nos quais et nos places publiques, mais encore de tous les points élevés du diocèse. Ce sera un moyen de réunir tous les cœurs catholiques en une même pensée de confiance en Marie […] au milieu des illuminations de Fourvière, on verra briller un Ave Maria dont les lettres ont trente pieds de hauteur[3]. D’un côté apparaîtra en chiffres de feu la date de 1643, et de l’autre la date de 1852… »[4].


Bibliothèque municipale de Lyon – Saint-Jean et Fourvière depuis le quai des Célestins – 1968 – de Vermard Georges.

 

Cependant, l’inauguration est compromise par le mauvais temps et est donc à nouveau reportée au 12 décembre. Une accalmie au cours de la soirée du 8 décembre, permet aux Lyonnais de montrer leur dévotion mariale en posant des lumignons sur leur rebord de fenêtre.

Une source non catholique, Le Courrier de Lyon, rapporte le 9 décembre 1852 :

« Nous ne croyons pas que jamais aucune ville ait présenté le spectacle féerique que la ville de Lyon offrait hier au soir. Toutes les rues, les plus belles comme les plus petites, étaient illuminées depuis le rez-de-chaussée jusqu’aux mansardes », et poursuit « Jamais on ne vit, ni on ne verra peut-être un entraînement pareil. Le peuple faisait la chaîne aux portes des magasins, pour avoir de l’huile, des bougies ; en un quart d’heure toutes les provisions de cette nature furent enlevées »[5].

Suite au succès inattendu des illuminations du 8, celles du 12 sont maintenues et préparées avec soin. Pour des raisons de sécurité, le préfet du Rhône, par un arrêté, avait d’ailleurs interdit la circulation des voitures mais aussi leur stationnement, dans la Presqu’île !

Jusqu’en 1869, les illuminations se poursuivent à chaque 8 décembre, parfois avec plus d’éclats, comme en 1854, en raison de la publication de la bulle pontificale Ineffabilis Deus, du pape Pie IX sur le dogme de l’Immaculée Conception. Mais en 1870, suite à la capitulation française, les illuminations sont annulées sur la demande de l’archevêque de Lyon, Mgr Ginoulhiac[6], de même en 1871. Pour montrer leur piété, les Lyonnaises montent en pèlerinage à la chapelle, elles seront suivies dans l’après-midi par les Lyonnais. C’est le début des grands pèlerinages en procession à Fourvière[7]. Afin de contrecarrer les arrêtés municipaux et préfectoraux interdisant les processions à Fourvière, les pèlerins se fractionnent en petits groupes. Mais cela ne suffit pas toujours, ainsi, en 1896, une trentaine de pèlerins sont arrêtés[8]. Mais les illuminations du début du xxe siècle sont surtout marquées par une opposition anticléricale forte, qui voit des affrontements violents entre catholiques et anticléricaux. Ils atteignent leur paroxysme le 8 décembre 1903, lorsqu’un catholique, Étienne Boisson, est tué[9].

À partir de 1914, les illuminations sont écourtées. Elles sont même interdites en 1916. Elles se poursuivent jusqu’en 1930, où les festivités sont à nouveau annulées, par respect pour les nombreuses victimes[10] du glissement de terrain montée du Chemin Neuf, dans la nuit du 12 au 13 novembre 1930. De 1939 à 1949, suite au conflit mondial et à la reconstruction nationale, les illuminations sont soit limitées soit suspendues. Pour l’année mariale, Mgr Gerlier relance les illuminations en 1949, mais sans procession. Pendant les années 1960-1970, le clergé lyonnais n’encouragent pas les illuminations. Seuls quelques fervents Lyonnais continuent à mettre des bougies sur leurs fenêtres, ils sont peu suivis, faute d’un soutien clérical. Le 8 décembre 1984, reprise de la procession à Fourvière, avec une montée aux flambeaux pour la paix, à l’initiative de l’association, Vieux Lyon en fête, qui reçoit aussi le soutien du diocèse de Lyon[11]. À partir de 1988, deux processions aux flambeaux  sont alors parallèles, l’une de la fraternité Saint-Pierre et l’autre de l’Église catholique.


Bibliothèque municipale de Lyon – rue de l’abbaye d’Ainay – 1968 – de Vermard Georges.

 

En 1989, une nouvelle dynamique est donnée aux illuminations, car elle se dote d’une volonté politique et commerciale affichées. Le maire de Lyon, Michel Noir, met en place un Plan Lumière, afin de se servir des illuminations du 8 décembre, comme un faire-valoir de la ville sur la scène internationale. En 1999, année du dixième anniversaire du plan, a lieu le premier Festival Lyon Lumières.  En 2002, le clocher de la basilique est à nouveau illuminé comme à l’origine, à l’occasion du 150e anniversaire. En 2003, Mgr Barbarin relance une procession officielle[12]. Comme le note l’historien Gérald Gambier, dorénavant « trois processions aux flambeaux montent désormais tous les 8 décembre à Fourvière au chant de l’Ave Maris Stella, de la récitation du chapelet et des hymnes chantées en latin ou en français. »[13]

À partir de 2003, Mgr Barbarin, à l’exemple d’une initiative de la Communauté de l’Emmanuel, a décidé l’ouverture nocturne de toutes les églises du centre-ville pendant les festivités, donnant lieu à une évangélisation, avec la distribution du Nouveau Testament. En 2015, suite aux attentats de Paris, la fête des Lumières est annulée, mais la procession à Fourvière est maintenue. Les lumières commerciales se taisent au profit des seuls lumignons, qui jonchent également certaines rues (montée de la Grande Côte, parvis de l’Hôtel de Ville…), entre dévotion mariale et hommage aux 130 victimes parisiennes.


Issue des archives historiques du diocèse de Lyon

 

Les devises lumineuses qui ont traversé les années

1852 : Lyon à Marie – 1643 – 1852 – Ave Maria

1854 : Lyon à Marie – 1643 – 1852 – Credo

1895 : Dieu protège la France

1938 : Reine de la paix, protégez la France

Après 1945 : Ave Maria – Dieu protège la France

1960 : À Marie, mère de Dieu

2001 : Ave Maria

2004 : Merci Marie

 


Carte postale issue de la photothèque du Musée Gadagne 

 

Par Sarah Chaplain-Rey-Robert.
Un grand merci au service des archives du diocèse.


[1] Philippe Chabbouh, Si les Lumières m’étaient contées, éd. Bellier, Lyon, 2008, préface

[2] Roland Racine, Lyon des événements et des hommes, 2009, p. 76

[3] 10 mètres

[4] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 33

[5] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 38-40

[6] Archevêque de Lyon de 1870 à 1875.

[7] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 56-58

[8] Philippe Dujardin et Pierre-Yves Saunier, Lumières sur le huit, une lecture historique de la fête du 8 décembre à Lyon, Ville de Lyon, 2002, p. 19

[9] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 56-58

[10] Trente-neuf personnes, dont dix-neuf sapeurs-pompiers, périrent suite aux trois glissements successifs.

[11] Philippe Dujardin et Pierre-Yves Saunier, Lumières sur le huit, une lecture historique de la fête du 8 décembre à Lyon, Ville de Lyon, 2002, p. 19

[12] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 62-64

[13] Gérald Gambier, L’extraordinaire histoire du 8 décembre à Lyon, éd. La Taillanderie, 2011, p. 63

En savoir plus

Photo : Archives municipales de Lyon, carte postale v. 1910, illuminations place Bellecour et Fourvière [4FI_8429]