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Les évêques
« Gaudete et Exsultate » le pape François nous parle de la sainteté

Publié le 03 mai 2018

« Gaudete et Exsultate » le pape François nous parle de la sainteté

Dans sa troisième Exhortation apostolique, sur « l’appel à la sainteté », le pape François met une nouvelle fois son propos sous le signe de la joie. Dans les titres qu’il choisit depuis cinq ans, il utilise tous les mots latins qui expriment la joie. Oui, maintenant que nous le connaissons bien, nous savons que ce grand défenseur des pauvres est aussi un vrai messager de la « joie de l’Evangile ».

Quand saint Paul parle des « saints » (cf. Eph 4, 12), il désigne les baptisés, ceux qui ont été « sanctifiés » en recevant le sacrement de la renaissance et qui essaient de vivre dans une logique qui les dépassera toujours, celle de la vie nouvelle et éternelle. Les saints, on les a longtemps… « éloignés » dans des vitraux, des tableaux ou des statues qu’on a placées dans les niches de nos églises et de nos cathédrales. Il y a aussi les « Vies de saints », un genre littéraire qui a mis du temps à sortir de « l’eau de rose ». Heureusement, on n’hésite plus maintenant à montrer les faiblesses, les combats, les ratés de ceux que François appelle « la classe moyenne de la sainteté ».*

Quand j’ai vu dans l’exhortation le sous-titre « Les saints de la porte d’à côté », je me suis arrêté pour faire mémoire joyeusement, paisiblement, de ceux que j’ai regardés comme des saints au long de ma vie : dans ma famille, pendant ma formation, tels jeunes rencontrés dans mon ministère, un couple quand j’étais curé de paroisse, tel séminariste de Madagascar, un frère prêtre « éblouissant de sainteté »…

François dit son admiration pour ces vies où il sent un véritable élan, un « aller de l’avant ». Bref, il nous appelle. N’oublions jamais que le mot « appeler » fait partie de l’étymologie du mot « Eglise » (ek-kalein). J’ai demandé qu’on mette en encadré le n°16 que j’ai envie d’appeler « la sainteté  de Mme Michu ». Et, au paragraphe suivant, vient l’extraordinaire figure du cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân, que j’ai eu la joie de rencontrer durant le Jubilé de l’an 2000. Une vie impressionnante !

Y a-t-il un « génie féminin » de la sainteté, demande le Pape au n° 12 ? On aimerait bien qu’il aille plus loin dans cette réflexion et dans les exemples qu’il donne. En tout cas, nous pourrions partager sur  ce sujet. L’appel de  François est vigoureux. A partir du n° 14, il commence à nous tutoyer. La phrase que je préfère, c’est peut-être celle qu’on trouve à la fin du n° 23, à propos du Saint Esprit : « Permets-lui de forger en toi ce mystère personnel qui reflète Jésus Christ dans le monde. » Bref, nous avons une seule vocation, une seule mission, c’est celle de la sainteté !

Quand le pape nous invite à regarder chaque saint comme une mission, cela rappelle un air connu, une phrase qui nous avait déjà touchés dans La joie de l’Evangile : « Je suis une mission sur cette terre et c’est pour cela que je suis dans le monde …» (n° 273). Les saints sont ceux qui l’ont compris et qui ont mis toute leur énergie à se lancer dans cette mission, à l’accomplir.

En lisant « N’aie pas peur de la sainteté » (n° 32), je me suis rappelé un épisode des JMJ d’août 89. Il faisait très chaud, et au cours d’une homélie dont je croyais qu’elle avait endormi tout le monde, Jean-Paul II avait dit soudain : « N’ayez pas peur d’être des saints. » Et tout d’un coup, en entendant cet appel, des milliers de jeunes s’étaient mis à crier de joie.

Je me suis peut-être trop étendu sur le premier chapitre. Mentionnons quand même les suivants. Au chapitre deux, comme il l’avait fait dans La joie de l’Evangile en soulignant les tentations des agents pastoraux, François dénonce « deux ennemis subtils de la sainteté » : le gnosticisme et le pélagianisme. Oui, il y a une grande noblesse dans la raison humaine, mais elle n’est pas souveraine. Elle n’a pas réponse à tout. Comment une pauvre tête humaine pourrait-elle « maîtriser » la révélation divine ? Puis, en dénonçant le pélagianisme actuel, le pape montre les dangers et les travers d’une volonté sans humilité.

Le cœur de l’exhortation, c’est le troisième chapitre (comme dans La joie de l’Evangile). Il donne un magnifique commentaire des Béatitudes se terminant chaque fois par une formule analogue : être pauvre de cœur, réagir avec douceur, savoir pleurer avec les autres … « c’est cela la sainteté ! » On aura remarqué qu’au milieu des neuf Béatitudes, ce message à « contre-courant » comme dit François, il y a la cinquième, la Béatitude de la miséricorde. Et c’est à partir d’elle que le pape explique ensuite la célèbre fin du chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu, ce passage que saint Jean de la Croix a si bien résumé en disant : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. »

On sait que pour nos trois derniers papes, Jean-Paul II, Benoît XVI et François, ce thème biblique de la miséricorde est le cœur de leur enseignement et de leur action.

Les deux derniers chapitres de l’Exhortation abordent des points plus concrets. Dans le quatrième, François énonce cinq caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel : l’endurance qui s’oppose à « l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit » ; la joie et le sens de l’humour qui n’ont rien à voir avec la négativité et la tristesse ;  l’audace et la ferveur, la parresia (pour moi le maître mot des Actes des Apôtres), qui vont à l’encontre de « l’acédie commode, consumériste et égoïste » ; la communauté qui s’oppose à l’individualisme ;  et la prière constante, à de nombreuses formes de fausse spiritualité.

Dans le dernier chapitre, François parle clairement du combat contre le diable. Il nous appelle à la vigilance contre toutes formes de corruption spirituelle et insiste sur le discernement nécessaire, qu’il faut humblement demander, dans une attitude de disponibilité intérieure et d’écoute d’un Dieu et Père qui veut nous éduquer à la patience.

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Philippe card. Barbarin

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