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Pauline Jaricot – épisode 7

Publié le 08 mars 2022

Pauline Jaricot – épisode 7

La bataille contre les créanciers

Pauline Jaricot arpente la France entière pour collecter des fonds et rembourser la dette liée à l’usine de Rustrel, qu’elle s’est personnellement engagée à honorer. Les années 1849, 1850 et les suivantes sont consacrées à de nombreux voyages pour faire appel à des donateurs. Elle est parfois vivement rejetée au sein même de l’Église.

Pauline se repose à Lyon auprès de ses Filles de Marie avant de reprendre le bâton de mendiante. C’est à Paris qu’elle se rend, accueillie par Sophie Barrat (Sainte) chez les Dames du Sacré-Coeur à qui elle confie sa peine et ses angoisses. Certains dignitaires du clergé lui conseillent alors de faire valoir ses titres de fondatrice de la Propagation de la foi en vue d’obtenir une aide de l’oeuvre pour effacer ses dettes et sauver Rustrel. On lui refuse alors le droit de se dire la fondatrice de la Propagation de la foi et en conséquence de recevoir une aide en prétextant que cette crise exceptionnelle même serait faite au détriment des Missions ! Premier refus… Le calvaire est long et dur à gravir comme en témoigne Maria Dubouis, son infatigable compagne. « Notre mère faisait pitié à voir, on ne lui faisait ni la liberté de pleurer ni la possibilité de réfléchir. Certaines personnes riches la tourmentaient du matin au soir pour qu’elle les remboursât. Les pauvres gens ne l’accablaient pas ainsi, eux ! Ils pleuraient avec elle et lui disaient de bonnes paroles pour l’empêcher de s’inquiéter à leur sujet, ce qui lui per ait le coeur plus que les reproches des gros créanciers. »

Pauline livre sa version de la situation dans une lettre du 17 novembre 1851 : « Les croix les plus douloureuses et qui étonnent un peu notre faiblesse ce sont celles qu’avec de bonnes intentions nous touillent des amis de Dieu. Il faut encore les aimer puisqu’elles sont choisies de Dieu pour nous sanctifier et surtout sanctifier les oeuvres dont nous avons l’honneur d’être chargées. Je crois que ces croix-là sont toutes d’or et de pierreries. » De tels sentiments signent la marque de la sainteté de Pauline.

Elle se rend à Montpellier en août 1848 puis va à Rustrel, elle admire les lieux et se rend compte de la possibilité de réaliser, malgré tout, son usine modèle.

A Tours, elle rencontre le « saint de Tours » Léon Dupont qui décide une souscription.

A Chavagnes en Vendée en août 1850, elle est heureuse d’épancher son coeur auprès de Mère Saint-Laurent, supérieure des Ursulines. Sa première lettre inaugurant une longue relation épistolaire date de 1834, la 150e sera écrite en 1861.

Autres bienfaiteurs rencontrés, le comte et la comtesse de Bremond, appuis précieux par leurs offrandes et surtout leur soutien moral et ce jusqu’à sa mort.

Pauline passe à Paris, Nantes, Angers et revient à Lyon pour se ressourcer et soutenir ses Filles de Marie.

Nouveau départ de la mendiante en novembre 1851. Paris, Paray-Le-Monial, Moulins où elle est reçue par le comte d’Orsay, Tours avec la comtesse de la Valette. Les dons sont précieux.

Elle se dirige vers le Nord : Cambrai, Lille et revient à Paris où elle rencontre Mgr Fornari qui lui demande de faire valoir son titre de fondatrice de la Propagation de la foi « une oeuvre aussi intéressante et utile », dit-il.

Elle est reçue par la reine Marie-Amélie qui lui remet son offrande.

Elle s’entretient avec Mgr Emmanuel Verroles, vicaire apostolique en Mandchourie qui écrit : « Avant tous les autres missionnaires et sentinelles perdues de l’Extrême-Orient qui ne vivons, qui ne travaillons que par la Propagation de la foi, cette oeuvre admirable sortie de vos mains, de votre coeur ; avec quel sentiment de gratitude et de bonheur ne devons-nous pas vous aider aux jours de votre détresse causée par votre charité, vous Mademoiselle, que j’allais appeler Mère de nos missions ». Il donne 6 francs, c’est l’obole de la veuve, malgré la pénurie qui est la sienne.

A travers toute la France on publie de nombreux appels aux associés du Rosaire. Julia Maurin elle-même publie un mémoire de l’oeuvre de Rustrel qui provoque chez Pauline la « confusion du néant ». Elle dirige une collecte avec l’assentiment de l’évêque mais au cours de la réunion un émissaire remet un avis du Conseil central de Paris qui notifie que Pauline est une intrigante et qu’elle usurpe son titre de fondatrice pour restaurer sa fortune. C’est un comble, c’est un échec, la réunion coupe court, c’est un calvaire qui se dessine.

Guy Ledentu

Source : Eglise à Lyon, n°49, mars 2022, p. 18