Chaque année dans notre diocèse, de nombreuses initiatives sont portées pour célébrer la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre. Un temps fort de cette fête est la messe des jeunes qui suit la procession de la cathédrale jusqu’à Notre-Dame de Fourvière.
Retrouvez l’homélie de Mgr Olivier de Germay à l’occasion de cette messe :
“Donc chers jeunes, nous venons d’entendre ce récit de l’Annonciation. Peut-être qu’on est habitué à entendre ce récit, mais en fait c’est quelque chose de fou. Dieu vient chez les Hommes. C’est un événement extraordinaire. C’est le point de bascule de l’histoire de l’humanité. Marie conçoit par l’action du Saint-Esprit et tout se passe à l’intérieur. Tout se passe dans le silence, dans le secret.
Après bien sûr, si vous lisez la suite de l’Évangile, on voit que Marie elle est active, elle va aller voir sa cousine Élisabeth, mais tout a commencé dans le silence. Et toute sa vie, Marie va être une femme d’intériorité. Vous savez l’Évangile dit de Marie : « Elle gardait et méditait tous ces événements dans son cœur. »
Chers jeunes, ce soir, je voudrais vous inviter à être des hommes et des femmes d’intériorité.
Être chrétien, ça bouscule, ça change la vie. Mais la vie chrétienne, c’est d’abord un itinéraire spirituel intérieur. Alors, pour vous encourager à avancer sur ce chemin intérieur, je vous donne ce soir trois pistes, trois étapes, même si ce ne sont pas forcément des étapes chronologiques.
Première étape, faire silence.
Vous savez, aujourd’hui, on vit dans le bruit. Moi quand je démarre ma voiture, il y a la radio qui se met tout de suite en route. On subit les injonctions du Big Brother de la société de consommation qui nous explique : « Non, c’est pas possible, tu peux pas aller faire ton jogging sans musique, tu peux pas être chez toi sans musique, c’est pas possible. Il te faut absolument du bruit. » Et on se laisse piéger et on s’habitue au bruit. Et notre vie intérieure en nous devient un espace ignoré. Et parfois quand on se retrouve dans le silence, on peut être pris de panique, on est perdu.
Chers jeunes, résistez à la dictature du bruit. N’ayez pas peur du silence. Apprenez à descendre dans votre chambre intérieure chaque jour. Dieu est là. Il nous parle dans le silence. Si vous décidez de donner de la place au silence dans votre vie quotidienne, ce sera peut-être difficile au début. Il y aura des combats, c’est normal. Je vous encourage à persévérer et vous découvrirez de plus en plus que la vie chrétienne où on fait plein de choses, elle s’enracine dans un cœur à cœur avec Jésus, lui qu’on croit connaître et qui nous ouvre des espaces intérieurs insoupçonnés et infinis. Donc première étape, faire silence.
Deuxième étape, apprivoiser le temps, prendre le temps de vivre.
Aujourd’hui, on a inventé plein de technologies pour gagner du temps. On peut envoyer un message à quelqu’un en quelques secondes, à quelqu’un qui est de l’autre côté de la planète. On peut aller traverser l’Atlantique en quelques heures, mais en fait on court tout le temps. On a perdu le sens du temps. Comme disent les africains : « Vous, vous avez des montres, nous a le temps. » Le Big Brother de la société de consommation te promet un bonheur en un clic. Tout, tout de suite.
Chers jeunes, résistez à la tentation de l’immédiateté. Vous avez entendu dans la première lecture, Adam et Ève se sont fait piéger. Ils n’ont pas voulu attendre le don de Dieu. Ils ont voulu consommer tout de suite au lieu de recevoir plus tard. Aujourd’hui, en 2025, la vie nous offre tellement de potentialités, alors on se dit, il faut en profiter. On voit la vie comme une pomme à croquer.
Symbole d’Apple, c’est pas pour rien. On se dit : « Il y a plein d’expériences à faire, plein d’activités à enchaîner. » On est comme un enfant à Disneyland qui dit : « Vite, vite, vite, il faut tout faire, le plus possible d’activités avant la fermeture. »
Et le piège c’est qu’on se laisse prendre par l’activisme. On finit par croire que le bonheur, on va se le fabriquer soi-même et tout de suite. Or, le bonheur, le grand bonheur, il se reçoit. C’est un don de Dieu. « Si tu savais le don de Dieu », dit Jésus. Voyez, le temps de l’Avent, c’est le temps de l’attente du grand bonheur qui vient. Et pour savoir attendre, il faut aussi consentir au manque.
Marie a conçu, mais entre la conception et puis la naissance, il y a 9 mois, Dieu a attendu 9 mois dans le sein de Marie avant de naître. Dieu prend son temps. C’est un temps d’attente, mais c’est aussi un temps de croissance, de développement.
Chers jeunes, ne soyez pas des boulimiques d’activités. Prenez le temps de vivre en profondeur. Laissez votre être intérieur croître et se développer. Ne survolez pas votre existence.
Faire silence, savoir attendre. Et puis enfin troisième étape, laissez émerger en vous les grands désirs.
Le Big Brother de la société de consommation est à la recherche de bons consommateurs et il sait très bien que nous sommes des êtres de désir. Alors, il ne cesse de stimuler en nous nos désirs superficiels ou de nous fabriquer de nouveaux désirs. Il nous laisse croire que nous serons heureux en achetant et en consommant toujours plus. Et parfois, on se laisse piéger, on se laisse prendre dans l’engrenage de la consommation et du paraître. On en veut toujours plus et on reste insatisfait. C’est normal, tout cela ne peut pas combler nos désirs profonds.
Chers jeunes, résistez à la tentation de la superficialité. N’en restez pas à la platitude des écrans. Ne vivez pas à la remorque de vos désirs superficiels.
La capacité à faire silence et à attendre dont je parlais à l’instant vous aidera à faire émerger vos désirs profonds. Savoir mettre un espace entre un désir qui surgit en moi et l’accomplissement de ce désir, ce qui est le propre de l’ascèse. Ce n’est pas une négation du désir. Au contraire, cela permet de creuser le désir, parfois de le purifier et surtout de faire émerger un désir plus profond.
Alors, sur ce chemin intérieur, alors apparaît peu à peu notre désir profond, le désir d’être aimé tel que je suis, sans jugement, sans ambiguïté, sans condition, sans limite. Et puis aussi le désir d’aimer en vérité, de laisser jaillir du profond de mon être cet amour dont je découvre peu à peu qu’il vient de plus loin que moi. Car il prend sa source dans le cœur transpercé de Jésus. Et alors ma vie se transforme. Mes désirs sont de moins en moins autocentrés. Je deviens sensible aux désirs des autres et en particulier des plus pauvres. Et je sens monter en moi un désir de me donner. Et j’ose dire à Dieu dans le secret de mon cœur comme la Vierge Marie : « Que tout m’advienne selon ta parole. » Chers jeunes, apprenez à faire silence, à savoir attendre. N’étouffez pas vos grands désirs. Je vous souhaite une bonne route sur le chemin de la vie intérieure.
Maintenant, nous allons prendre quelques instants de silence. N’hésitez pas à descendre dans votre cœur profond. Jésus est là. Ouvrez l’oreille de votre cœur.”