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Les évêques
A trop vouloir se regarder on finit par se détester. A force d’aimer les autres, on finit…transfiguré.

Publié le 25 février 2019

A trop vouloir se regarder on finit par se détester. A force d’aimer les autres, on finit…transfiguré.

Homélie de Mgr Emmanuel Gobilliard, samedi 23 février 2019, Forum des jeunes de l’Emmanuel.

Dans la vie nous sommes tentés de faire de la figuration, de faire bonne figure, de paraître ; Nous travaillons notre look, notre image, notre réputation. Nous nous regardons, nous nous admirons et nous nous mentons. Plutôt que de faire de la figuration, je vous propose d’oser la transfiguration. La différence tient en un mot : la rencontre. Laissez-vous toucher, saisir, émouvoir par l’autre. Laissez l’autre entrer dans votre vie, vous bousculer. Il vous permettra de sortir de vous-mêmes, de vous donner, de vivre. Il y a deux types d’attitudes : l’attitude de celui qui veut paraitre, et qui s’en tient à un rôle de figurant. Il n’est jamais lui-même, mais toujours à la recherche d’un modèle à copier, d’une image à laquelle correspondre. Je vous propose de choisir l’autre attitude : l’attitude de celui qui est livré à la vie. Il aura peut-être la figure creusée par l’effort, ridée par les crevasses que sa compassion aura incrustées en lui, mais rayonnant d’une vie qui ne vient pas de lui. Regardez le visage de mère Térésa. Vous voulez ressembler à qui : à une poupée de cire, botoxomisée par l’indifférence, ou à ces chercheurs de vérité, de vie, transfigurés par la charité, tous tendus vers l’accomplissement, non pas de leur propre réalisation, mais du bonheur des autres. La sainteté que nous propose Jésus, et qui est préfigurée dans cet évangile de la transfiguration, c’est la sainteté de celui qui, à sa propre satisfaction préfère le bonheur des autres. Le péché, c’est de se tromper de bonheur, c’est de croire qu’on réalisera son bonheur en se regardant soi-même, en se mettant en scène de façon narcissique. Le bonheur, demandez à vos grands parents comment on peut le réaliser ! Posez-leur la question : le bonheur, grand père, grand-mère, pour toi, c’est quoi ? D’une manière ou d’une autre ils vous répondront : mais mon enfant, notre bonheur, c’est toi ! C’est que tu sois heureux !

Comment peut-on imaginer notre bonheur indépendamment du bonheur des autres ? A trop vouloir se regarder on finit par se détester. A force d’aimer les autres, on finit…transfiguré. C’est ce que je vous souhaite. Pour réaliser cela, à l’image de ce qu’on a entendu dans la première lecture, ayez la foi. Une foi qui vous permettra de réaliser des choses merveilleuses. Oh peut être pas des choses qui sortent de l’ordinaire. Au contraire, plutôt des choses ordinaires, quotidiennes, mais dans lesquelles vous aurez mis tout votre cœur. Je vous invite, comme le pape François nous y a tous invité dans sa belle exhortation, à vivre la sainteté de la porte d’à côté, la sainteté du quotidien, des petits détails et des humbles attentions.

Pour ceux qui ont assisté au bouleversant témoignage de Véronique tout à l’heure, vous avez vu combien le repli sur soi narcissique peut provoquer des drames incommensurables. On est tellement obnubilé par sa propre satisfaction qu’on en vient à utiliser l’autre, à l’instrumentaliser, au point de lui faire perdre son innocence, bien sûr, mais aussi son espérance. Pour se satisfaire, on détruit l’autre. Apprenez à considérer l’autre avant tout, à vouloir son bien avant le vôtre, et vous trouverez un bonheur beaucoup plus profond et durable.

Pour cela je vous invite à un échange merveilleux. Vous avez remarqué que dans l’évangile d’aujourd’hui nous sommes sur une montagne, la montagne du Thabor, montagne de la prière et de la contemplation, montagne de la vie en Dieu, montagne de la communion fraternelle, de l’amour qui se donne. C’est cette montagne que le Seigneur nous invite à gravir. Mais pour y accéder, il évoque une autre montagne, la montagne du Gogotha.

Les deux sont des lieux de la présence de Dieu, parce que Dieu est toujours à nos côtés, même et surtout au moment de la tentation pour nous donner la force de la repousser et de nous tourner vers lui. Ce qui est étonnant avec ce récit de la transfiguration et qui est propre à Marc, c’est le désir de discrétion que Jésus exprime aux apôtres. « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Lorsque Jésus demande la discrétion c’est souvent en rapport avec sa passion. Nous voyons donc un lien fort entre cet épisode de la transfiguration et le mystère de la croix. Ici encore il s’agit d’une montagne, d’une manifestation de Dieu, de la grande manifestation de Dieu mais la gloire a disparu, remplacée par l’abaissement, la puissance laisse la place à la faiblesse, le roi au serviteur souffrant. Jésus prépare ses apôtres à vivre le mystère de la plaine, du désert, le mystère de la vie quotidienne qui est don de soi. Bien plus, Dieu prend notre place, sur la croix, pour que nous soyons sauvés ; il accepte d’être défiguré pour que nous soyons transfigurés. Dieu lui-même s’est livré entre nos mains et nous l’avons maltraité, nous l’avons crucifié, et nous continuons de le faire à chaque fois que nous maltraitons l’un de ces petits qui sont nos frères. Dieu s’est livré pour nous, il s’est livré à nous pour que nous nous livrions à lui. En se livrant à nous il est mort, en nous livrant à lui nous vivrons. En se donnant à nous, il a souffert la passion et la croix, en nous donnant à lui nous sommes guéris, apaisés, aimés. En se livrant à nous il a subi les conséquences du péché, en nous livrant à lui nous en sommes délivrés. C’est cet échange merveilleux que Jésus nous propose, et nous faisons encore la fine bouche, nous préférons conserver notre vie égoïstement, nos petits avantages.  Nous entretenons nos petites querelles alors qu’il nous offre sa paix contre un oui à l’amour. Frères et sœurs nous vivons une période tout à fait étonnante où plus que jamais nous sommes appelés à donner notre vie. Certains de nos frères l’ont donnée, comme ces religieux et religieuses d’Algérie qui viennent d’être béatifiés. Sommes-nous capables d’entendre l’appel que ces martyres nous adressent ? Sommes-nous capables de répondre à leur appel qui est l’appel du Christ à le suivre ? Peut-être que certains d’entre vous êtes prêts au sacrifice suprême, que vous êtes prêts à dire oui au martyre, surtout si cette éventualité du martyre reste très éloignée. Pour savoir si vous êtes vraiment prêts à cela, donnez votre vie dès maintenant. C’est ce à quoi nous invitent tous les martyres, Polycarpe que nous fêtons aujourd’hui comme tous les martyres silencieux de notre époque, parce que tous nous sommes invités à être martyres, c’est-à-dire témoins du Christ. Oh probablement pas des témoins canonisés, des martyres sanglants, mais des témoins du quotidien, des martyres de tous les jours, par le moyen que Dieu nous propose : la charité, le voilà le véritable martyre ! La bienveillance au lieu de la critique et de la calomnie, la joie au lieu de la tristesse, le courage au lieu de la paresse, le service au lieu de l’exaltation de notre bien-être. Oui, ce à quoi nous sommes appelés dès maintenant, pour répondre à la haine qui se déchaine, ce n’est pas la justification, ni toutes ces campagnes qui par internet nous invitent à condamner sans cesse tel propos, telle attitude, tel geste blessant. Il n’y a qu’une seule réponse chrétienne à la haine, c’est l’amour, c’est la charité qui nous invite, avec saint Paul, à considérer l’autre comme supérieur à nous-mêmes. Tout le reste est païen et inutile justification ou désir d’exister. Pour vivre du mystère de la transfiguration, nous devons passer par le mystère de la croix, qui est le mystère du don gratuit et quotidien, le mystère de l’amour qui triomphe contre tout le reste. Restons avec Jésus, au désert ou sur la montagne du Sinaï, ou sur celle du Carmel ou du Thabor, ou sur celle du Golgotha, mais surtout restons auprès de Jésus, il saura nous souffler l’attitude juste, celle de la charité. Amen

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