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Les évêques
L’Église n’a qu’un seul héros, c’est le Christ

Publié le 24 février 2020

L’Église n’a qu’un seul héros, c’est le Christ

Chers frères et sœurs, nous avons tous été choqués par les révélations venant de la communauté de l’Arche concernant Jean Vanier et je voudrais que nous portions dans la prière celles qui ont eu le courage de faire la vérité, parce que la vérité nous rend libre et que ce temps de purification que nous vivons, ce temps de conversion, nous le croyons, ne peut que porter des fruits. La conversion en effet, et nous l’entendrons particulièrement dans la liturgie mercredi, c’est ce à quoi le Seigneur nous appelle. Il nous appelle à nous tourner vers lui, à entrer dans le mystère pascal, mystère par lequel il accueille nos misères et nos péchés, nos souffrances et nos révoltes, dans son cœur. Cette affaire questionne notre besoin de mettre sur un piédestal certaines figures, certaines personnes, de porter au pinacle, des héros, comme si Dieu ne nous suffisait pas. Le Christ lui-même a vécu cette tentation au désert ! Dieu seul suffit nous rappelait Thérèse d’Avila dans un magnifique poème, et la liturgie d’aujourd’hui est pour nous une consolation. En effet, la sainteté vient de Dieu, c’est ce que proclame la première lecture : « Soyez saints car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint ! » et cette sainteté de Dieu, elle nous a été donnée, de manière parfaite en Jésus, image du Dieu invisible. Donc, tous nos efforts pour avancer vers la sainteté, pour progresser dans la vie chrétienne doivent avoir Jésus pour modèle. Pas de sainteté sans lui, pas de vie chrétienne sans lui, pas d’amour véritable sans lui, pas de liberté authentique sans lui, pas de vérité sans lui. Il est le seul sauveur, et mettre notre espérance dans des figures idéales, dans des maîtres que nous voulons absolument admirer, imiter, auxquels nous voulons trop rapidement nous référer, risque de nous faire tomber dans ce que tout l’ancien testament combat : l’idolâtrie.

Vous me direz que dans l’Église catholique, il y a des saints, et ils nous sont donnés en exemple, sinon pourquoi les canoniser ? Oui mais avant d’affirmer qu’il y a des saints, nous devons rappeler qu’il n’y a qu’un seul Saint, un seul Sauveur, un seul Dieu et Père de tous. Le Seigneur le rappelle dans l’Évangile :

« Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. » (Mt 23, 8-12)

Les saints sont pour nous des soutiens précieux mais rappelons que l’Église ne canonise que des personnes qui sont mortes. N’allons donc pas trop vite canoniser des personnes de leur vivant ! Nous sommes tous pécheurs et même les saints canonisés ont été des grands pécheurs ; ils sont canonisés pour avoir proclamé, par leurs paroles et leurs actions, la sainteté de Dieu, la charité de Dieu et sa miséricorde. Saint Pierre a renié et saint Paul a été complice de la persécution. Mais la sainteté de ces deux piliers de l’Église, c’est d’avoir mis leur confiance en Jésus, d’être tombé à genoux pour demander pardon et se reconnaître pécheurs, c’est d’avoir mis en pratique l’Évangile. Honorer les saints, c’est aussi ne pas occulter leur humanité blessée. Les saints ne sont pas des dieux ! Autre remarque concernant les saints : nous ne devons pas tant les imiter que rendre grâce pour l’action de Jésus en eux. Le risque, en voulant imiter des modèles qui ne sont pas Jésus, c’est d’imiter aussi leur particularité, leur vocation propre, leur caractère aussi. Ainsi je risque de croire, en imitant sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, que la seule sainteté possible, c’est la vie au Carmel et je pourrais prendre autant d’exemples qu’il y a de saints. Pour Jésus, c’est différent ! Il assume toute l’humanité, il rejoint chacun, et surtout, il accompagne chacun. En choisissant Jésus pour modèle, vous choisissez en même temps la vie avec lui et vous ne renierez rien de ce que vous êtes, de ce que vous avez d’unique et dont nous avons besoin. J’aime la façon dont le pape François, dans son exhortation sur la sainteté, distingue la notion de sainteté de la notion d’héroïsme ou de perfection, comment il met en valeur la sainteté du quotidien, la sainteté de la porte d’à côté. Là aussi vous allez me citer l’Évangile d’aujourd’hui : « Vous donc, vous serez parfaits… » Faisons attention à bien comprendre cette phrase : nous ne serons pas sauvés à la condition d’être parfaits, en tout cas au sens d’un adjectif, mais plutôt au sens d’un participe passé. Dieu nous a faits, mais nous avons tout défait, par nos replis sur nous, par notre orgueil…mais il a tout refait, par la voix de ses prophètes et de ses saints, pas sa parole qui est comme un onguent bienfaisant. Nous avons tout redéfait, et finalement, en Jésus, par l’Esprit Saint il a tout parfait. Oui, soyez parfaits…par Dieu. Laissons Dieu agir en nous !

L’Évangile d’aujourd’hui est difficile aussi pour une autre raison et il peut nous choquer. Il semble mettre en valeur la faiblesse, en nous invitant à tendre la joue gauche. Je pense que cet Évangile interroge aussi notre désir de puissance, de pouvoir, notre volonté de vouloir être fort et il nous rappelle en quoi consiste la force de l’Évangile. La victoire, Jésus la réalise surtout à la croix, dans un échec apparent. Donc, ce que nous considérons comme une faiblesse, est, dans une perspective chrétienne, une grande force. Dans un monde trop individualiste, nous devons rappeler qu’avoir besoin des autres, ne pas vouloir tout faire tout seul, est une grande force. Oui avoir besoin est une force, et non une faiblesse ! Avoir besoin de Dieu, avoir besoin des autres, savoir prendre conseil, ne pas se prendre pour le centre du monde, y compris et surtout si nous avons des responsabilités. La synodalité à laquelle nous invite le pape François, c’est cela, c’est considérer les autres, comme le dit saint Paul, comme supérieurs à soi-même ; c’est aussi, comme ce même saint Paul le rappelle aujourd’hui dans la deuxième lecture, « ne pas mettre sa fierté dans tel ou tel homme ». Tous nous avons une place dans l’Église, nous avons une mission. La diversité de l’Église en fait sa beauté et derrière la mise en valeur d’une seule personnalité, il y a quelque chose de dangereux, qui n’est pas ecclésial. L’Eccclésia, c’est le rassemblement du peuple de Dieu dans la diversité de ses charismes, de ses missions, de ses fonctions. Nous sommes le corps du Christ et la présence du Christ doit se révéler en chacun des membres du corps, et surtout dans les plus pauvres, dans ceux qui, souvent, sont mal considérés, voire rejetés. Cette priorité du pauvre, comme de la personne handicapée, c’est le magnifique message de l’Arche. Oui le contact avec le pauvre me fait rencontrer le Christ. Jean Vanier a aussi porté ce message. Ses ombres nous ont été révélées, mais ne rejetons pas le message que porte la communauté de l’Arche. N’ayons pas peur d’entrer dans ce combat que nous propose le temps du carême dès mercredi, où chacun est invité à rejeter les ténèbres, le péché, en y faisant entrer la lumière qui est le Christ. Entrons courageusement dans ce combat spirituel, nous en avons besoin, notre Église en a besoin, notre monde aussi.

 

Photo : chemin de croix de François-Xavier de Boissoudy, exposé à la primatiale Saint-Jean-Baptiste jusqu’au 12 avril 2020.

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