Publié le 23 janvier 2025
A Lyon, le 21 janvier 2025
Lors d’une cérémonie des vœux, on fait en général référence à l’actualité ; mais il faut bien reconnaitre que l’actualité, ces temps-ci, n’est pas réjouissante. Qu’il s’agisse de l’actualité locale, nationale ou internationale, il n’est pas une journée sans qu’il ne soit question de guerres, de crimes, de violences, de catastrophes ou de crises en tous genres.
Tout cela est un peu déprimant.
Dans l’Eglise catholique, 2025 est une année jubilaire. Comme on le voit dans la Bible (dans le Premier Testament), la tradition de l’année jubilaire nous vient du judaïsme. Il est intéressant de noter que dans le cadre d’une année jubilaire, il y avait des remises de dettes, et des terres laissées en jachère : il y a de quoi inspirer notre rapport aux plus pauvres et notre rapport à la terre.
Le thème qui a été choisi pour cette année jubilaire 2025 est celui de l’Espérance : « Pèlerins d’Espérance ». Vu le déficit d’espérance que l’on constate aujourd’hui, je trouve que c’est une bonne idée !
Faire le choix d’un regard d’espérance sur le monde, ce n’est pas se voiler la face et refuser de voir ce qui ne va pas. De toutes façons, à moins d’être sur une île déserte…, les mauvaises nouvelles nous sautent à la figure tous les jours. Et il faut bien, de temps en temps les regarder en face pour en analyser les causes.
Mais le choix de l’espérance, c’est surtout vouloir repérer les signes d’espérance ; ils sont certes moins visibles mais bien présents aujourd’hui.
Je voudrais ce soir vous offrir un « cocktail de signes d’espérance ». Vous ne m’en voudrez pas si je le fais essentiellement, mais pas uniquement, à partir des activités de notre Eglise diocésaine en 2024. J’ai bien conscience que dans les divers organismes que vous représentez ce soir, il y a aussi de nombreux événements pleins d’espérance.
Ceux que j’évoquerai ce soir sont en tout cas le signe qu’il y a, dans notre Eglise, des hommes et des femmes, des jeunes, des adultes, des personnes âgées, qui ont des projets et de la créativité, et qui ne se contentent pas de se lamenter derrière un écran.
Dans notre société où la précarité et les inégalités augmentent, il est important de souligner qu’il existe de multiples initiatives tout au long de l’année à l’initiative des paroisses, mouvements ou associations.
A titre d’exemple : la maraude inter associative du 24 décembre après-midi dans les rues de Lyon (elle a regroupé des personnes athées ou de diverses religions). Voici l’extrait d’un récit de cet évènement ( les prénoms ont été changés) :
« Un homme de 56 ans, François, est couché sur un matelas et recouvert de plusieurs couvertures devant un magasin. Il est bien connu d’une partie des bénévoles. Il a un cancer du pancréas et se trouve très probablement en fin de vie. La gangrène lui ronge un pied, si ce n’est les deux, et il ne peut plus se lever. Il vit donc dans ses excréments. Il n’a pas voulu être hospitalisé jusqu’ici, car il pense qu’une fois rentré à l’hôpital, il en ressortira mort… Vivent à ses côtés deux hommes, également européens, âgés entre trente et quarante ans. L’un d’eux avec qui nous parlons, Maxime, n’est là que depuis deux jours, mais il a pris François en affection, et il est pour lui aux petits soins. Il vient de sortir de prison ; il dit qu’il est « un méchant », un « type pas bien », mais la façon dont il s’occupe de son compagnon d’infortune témoigne du contraire. »
L’espérance, c’est parfois une petite flamme au cœur de la nuit ; ce genre de récit nous invite à ne pas désespérer de l’humanité ; et aussi à traduire notre espérance en actes.
Tout le monde à Lyon connait le Foyer Notre-Dame des Sans-Abris et son fondateur Gabriel Rosset dont la cause de béatification est ouverte. Dans ce cadre, j’ai pu participer à une audience avec le Pape François organisée par les Amis de Gabriel Rosset. Nous y étions avec une délégation du Foyer Notre-Dame des Sans-Abris dont quelques passagers ont pu échanger avec le pape et être bénis par lui (je pense qu’Adel et ses compagnons ne sont pas prêts de l’oublier).
Dans le domaine caritatif en 2024, il faut citer l’accueil par la communauté paroissiale de la paroisse du Saint-Sacrement de migrants dormant dehors, puis l’accueil d’une vingtaine de mineurs non accompagnés en différents lieux, en lien avec la municipalité de Lyon ; une initiative qui est renouvelée cette année.
Je voudrais aussi citer la pièce de théâtre jouée par les membres de l’association Lazare. Ils ont répété pendant presque un an, soutenus par des professionnels pour trois représentations. Il est beau de voir des personnes souvent blessées par la vie se découvrir capables de relever un tel défi, et retrouver confiance en eux.
Cette année nous célébrons le 1700ème anniversaire du concile de Nicée (samedi avait lieu au Grand temple une célébration œcuménique retransmise sur France 2, organisée par le conseil des Eglises chrétiennes en France). C’est un beau signe d’espérance pour l’unité des chrétiens (qui est une réalité en mouvement).
Nous le savons, l’œcuménisme est bien vivant à Lyon, et l’année passée a été l’occasion de nombreux échanges et initiatives communes. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je salue mes frères et sœurs membres d’Églises chrétiennes. Dans quelques mois aura lieu à Lyon la marche pour Jésus : 100 % pacifique !
En 2024 nous avons célébré le 750ème anniversaire du concile de Lyon à Saint-Bonaventure (en 1274, un concile régional qui avait déjà une dimension œcuménique).
Le 60ème anniversaire du diaconat permanent. Le diocèse compte plus d’une centaine de diacres permanents, au service souvent dans l’ombre.
J’en profite pour évoquer la présence des communautés religieuses un peu partout dans les territoires. Elles sont souvent discrètes, en particulier dans les quartiers populaires. Ces religieuses sont moins nombreuses aujourd’hui… Une messe d’action de grâces est prévue cette année.
2024 ce sont aussi des relations interreligieuses, je pense en particulier aux conférences organisées à l’IFCM avec des intervenants de diverses religions ou au dialogue avec le judaïsme organisé par l’UCLy (dans le cadre de l’amitié judéo-chrétienne). Nous le savons, dans le contexte actuel, les relations interreligieuses ne sont pas simples. Mais je crois que la seule présence côte à côte de représentants des communautés juives, musulmanes et chrétiennes, est un signe d’espérance.
Parmi les beaux signes d’espérance je citerai aussi le Congrès Mission, qui avait lieu cette année de façon décentralisée (en 2025 ce sera un grand rassemblement à Bercy) et qui témoigne des innombrables initiatives qui sont prises aujourd’hui pour entrer en dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi.
Et puis bien sûr – c’est peut-être un des plus beaux signes d’espérance – l’afflux des catéchumènes, qui loin de baisser ou de se stabiliser, a explosé : ces demandes croissantes sont le signe que de plus en plus de nos contemporains ont saisi la vanité d’une vie purement matérialiste et sont en quête de transcendance.
L’Église catholique a vécu un événement important en 2024 avec la 2ème assemblée du synode sur la synodalité. Il serait trop long de vouloir résumer les fruits de cette démarche qui n’est pas terminée. Je souligne simplement deux orientations qui peuvent aussi inspirer la société :
Si l’on sort du périmètre de notre diocèse de Lyon, je citerai quelques autres signes d’espérance : les JO de Paris, l’engouement et la mobilisation pour la restauration de Notre-Dame de Paris ; et bien sûr la trêve à Gaza que nous attendions tous.
Je voudrais souligner un dernier événement, qui a eu lieu le 31 décembre après-midi dans ma famille : la naissance d’un petit neveu ! Petit être fragile, né prématuré à 1,8 kg (et qui se porte bien). Un événement qui pourrait paraitre insignifiant mais qui, dans un contexte de baisse de la natalité, rappelle qu’il existe encore des hommes et des femmes qui croient en l’avenir, qui croient que la naissance d’un enfant est une bonne nouvelle et que l’avenir de l’humanité est du côté de la vie.
Je vous souhaite une belle année 2025. Que chacun de nos engagements, que chacune de nos vies soient des signes d’espérance.
+ Olivier de Germay
Archevêque de Lyon