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Les évêques
Voyages aux sources

Publié le 07 septembre 2018

Voyages aux sources

Une fois passée la fête de l’Assomption, il faut souhaiter à tous, fortifiés par la joie du Magnificat, courage, entrain et optimisme pour les activités et les tâches à reprendre chaque année, à la fin de l’été. Je remercie d’une manière particulière celles et ceux qui ont accepté de se lancer dans une nouvelle mission pour le service du Seigneur et de leurs frères et sœurs.

Septembre et la chère rentrée ! Avant les rendez-vous du 8, fête de la Nativité de Marie (à Fourvière, Vernay dans le Roannais ou Brouilly dans le Beaujolais …), un voyage aura conduit, pendant 48 h, des élus chrétiens de notre région, à Bruxelles, pour découvrir quelques-unes des instances européennes. C’est aussi pour mieux connaître l’Europe qu’avec les prêtres du diocèse, nous serons à Strasbourg du 8 au 10 octobre. Puis nous suivrons le synode romain sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations ». Notre diocèse y sera bien représenté puisque Mgr Gobilliard fait partie des Pères synodaux.

Avec vous, je voudrais partager deux grands moments de ce mois d’août, vécus comme des pèlerinages aux sources. Chaque année, j’ai la joie de passer une semaine avec les séminaristes du diocèse, un temps fraternel et spirituel fort. Après le Portugal, l’an dernier, à l’occasion du centenaire des apparitions de Fatima, nous sommes allés, cet été, en Grèce sur les traces de saint Paul. Après avoir atterri à Thessalonique, nous avons pris la direction de Philippes, la première ville d’Europe à avoir reçu le message de l’Évangile. Paul, après la vision de Troas où un jeune macédonien lui avait adressé cette prière : « Viens à notre secours » (Ac 16, 9), a quitté l’Asie Mineure. Il a mis le cap sur Samothrace, a débarqué à Néapolis et s’est rendu à Philippes que j’aime mettre en parallèle avec Lyon, le « baptistère des Gaules ». Sentir la joie de l’Apôtre dans les épîtres aux Thessaloniciens, que le père de Lubac appelait « le Noël de la littérature chrétienne », amène à demander la ferveur des commencements pour l’Église d’aujourd’hui, en particulier l’attente ardente du retour du Seigneur.

Nous lisions sur place bien des passages des Actes des Apôtres et des épîtres de Paul. Chaque jour, plusieurs séminaristes commentaient à leurs frères certains textes et épisodes, comme l’emprisonnement de Paul et Silas, la conversion et le baptême de leur geôlier et de tous les siens (Ac 16, 16-40). Naturellement, dans la patrie d’Aristote, originaire de Stagire en Macédoine, il nous fallait aussi prendre le temps d’un partage sur la place des études philosophiques dans la formation au sacerdoce et sur le nécessaire dialogue entre la raison et la foi, à toutes les époques de l’histoire. Après un détour touristique et spirituel pour découvrir le site impressionnant des Météores, nous sommes descendus à Athènes et Corinthe, avec une petite pointe à Épidaure… et une autre dans la mer Égée ! Quelle merveille de passer quelques jours au pied de l’Acropole, de lire Actes 17 à l’Aréopage, le lieu même où Paul a essayé d’être témoin du Christ devant des Athéniens…sceptiques ! Mais voilà, les cœurs de Denys, de Damaris et de quelques autres avaient été touchés… et l’histoire de l’Église commençait à Athènes.

Jérôme, un séminariste de la Mission de France, grand connaisseur de la Grèce antique et actuelle, avait soigneusement préparé ce voyage et nous guidait chaque jour. Au carmel d’Athènes, quelques jeunes ont vécu leur admission parmi les « candidats au sacerdoce » ou ont reçu les ministères d’acolyte et lecteur. Merci, Seigneur, pour l’amitié fraternelle et spirituelle qui lie en profondeur les séminaristes de notre diocèse. Cela portera de beaux fruits dans les décennies à venir !

Pour le 15 août, l’archevêque d’Izmir (Smyrne dans Ap 2, 8) Mgr Lorenzo Piretto, m’avait invité à célébrer la fête de saint Polycarpe ou l’Assomption à Éphèse. Grâce à lui et à son vicaire général, le père Gabriel Ferone, les liens établis entre Lyon et Smyrne-Éphèse, en particulier par le père Jacquemond, décédé il y a quelques années, reprenaient vie. Mieux valait choisir l’Assomption pour partir avec un groupe, au cœur de l’été. Nous étions une douzaine du diocèse. Quel bonheur d’entendre notre curé de Saint-Polycarpe lire, dans l’église qui porte son nom, le récit du martyre de ce vieil évêque auquel saint Irénée écrit qu’il doit tant !

Notre programme fut très simple. D’abord la journée du 14 août à Smyrne, une immense métropole où la colline du martyre de Polycarpe ressemble à celle de La Croix-Rousse, à Lyon, avec l’église qui porte son nom. Puis, la solennité de l’Assomption à Éphèse, à la « Maison de Marie », où une foule étonnante et bigarrée a pris part à la célébration. En quittant le sanctuaire, nous avons
fait un long arrêt à l’impressionnante basilique qui abrite le tombeau de l’apôtre Jean. Et le troisième jour, nous sommes allés jusqu’à Hiérapolis et Laodicée pour découvrir des chantiers de fouilles archéologiques impressionnants. En 2011, un archéologue italien et toute son équipe ont mis au jour le tombeau de saint Philippe à Hiérapolis. À quelques kilomètres de là, c’est une équipe dirigée par un savant turc qui a réussi une admirable présentation du site de Laodicée, la dernière des sept Églises de l’Apocalypse (3, 14-22), d’où l’on voit la ville de Colosses. La Turquie vivait alors un moment de forte perturbation politique que nous n’avons nullement ressentie, car un accueil attentif et chaleureux nous a été réservé partout.

Notre séjour s’est terminé par une Messe à la Cathédrale d’Izmir, dédiée à saint Jean, puisque, selon la tradition, c’est lui qui fut envoyé dans cette contrée pour y semer l’Évangile. Même si la presse a été un peu rapide en annonçant que le diocèse de Lyon préparait une « année saint Irénée » en 2020, c’est bien une telle décision que nous sommes en train de mûrir. Le but serait de mettre en relief cette figure exceptionnelle qui est à la fois un missionnaire audacieux et un merveilleux artisan de paix d’unité. Par sa pensée et ses écrits, il offre le premier élan éblouissant de la théologie chrétienne, unifiée parce que jaillissant tout entière de la Parole de Dieu.

En contemplant la magnifique baie de Smyrne, au cœur de la civilisation grecque, à quelques kilomètres de Troie, Milet, Clazomène, ces lieux où vécurent Homère, les philosophes présocratiques, les premiers historiens, astronomes et mathématiciens…, nous avons éprouvé une admiration nouvelle pour Pothin, Irénée et leurs compagnons qui ont quitté ces lieux étincelants pour venir évangéliser les Gaules, où bien des périls et persécutions les attendaient. Mais c’est grâce à leur courage et à leur ferveur que nous avons reçu le trésor de la foi. Ils ont pris plus qu’au sérieux la dernière consigne de Jésus : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). À nous de suivre leur exemple, aujourd’hui !

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Philippe card. Barbarin