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Une maison pour reprendre confiance

Publié le 13 avril 2015

Une maison pour reprendre confiance

Mercredi 15 avril 2015 a été inaugurée à Ars une maison d’accueil pour de jeunes toxicomanes, maison gérée par la communauté du Cenacolo. Ce projet est né d’une initiative du diocèse de Lyon, et est porté en particulier par la Fondation Saint Irénée. Rencontre avec le père Stefano, prêtre de la communauté du Cenacolo, Franco, ancien toxicomane et responsable de la maison d’Ars, et Bruno, dont le fils a été accueilli par la communauté du Cenacolo.

Comment fonctionnent les maisons du Cenacolo ?

Père Stefano : Ces maisons, que nous appelons des fraternités, sont des lieux où l’on accueille la vie de personnes souhaitant commencer un chemin pour renaître. La vie se structure autour de la prière, du travail et de la communauté fraternelle. C’est une vie très ordonnée, avec de la discipline : pas de cigarettes, pas d’alcool, pas de sorties individuelles… Lorsqu’un jeune arrive, il a en général une vie très désordonnée. Cette vie simple participe à remettre de l’ordre à l’intérieur de chacun.

Franco, pouvez-vous nous présenter le projet à Ars ?

Franco : Il s’agit d’un lieu d’accueil pour se réconcilier avec nous-mêmes et nos familles, rencontrer Dieu dans sa miséricorde. Concrètement, c’est une ferme avec beaucoup de travaux, où il faudra remettre de l’ordre.
Nous accueillerons des hommes de 18 à 50 ans, dépendants à la drogue ou à l’alcool. Nous allons démarrer avec un groupe déjà formé, de 12 à 15 personnes.
Avant de vivre dans une maison de la communauté, chaque jeune est reçu en entretien, rencontre d’autres jeunes et peut venir passer une journée d’essai pour discerner. Ensuite, si il le souhaite, il peut être intégré à la maison. La démarche se fait un pas à la fois.

De quoi vit la communauté ? 

Père Stefano : Dans toutes nos maisons on vit de l’amour de Dieu, de notre travail quotidien et de l’aide de beaucoup de personnes qui nous aiment. La communauté vit de la gratuité, de la providence de Dieu. Vivre de la providence, cela veut dire que Dieu est père et donne ce dont nous avons besoin pour vivre : la santé, la capacité de travailler… Dieu touche le cœur de beaucoup de personnes qui deviennent providence.
Quand il n’y a rien, on apprend à rester sans. C’est une expérience de simplicité, qui devient une grande richesse.
Quand nous ouvrons une nouvelle maison, les garçons savent qu’il y aura beaucoup de sacrifice, il va faire froid, nous allons manquer de nourriture… Et pourtant les volontaires ne manquent pas. Ces jeunes ont eu souvent « trop » dans leur vie et peu d’amour vrai, dans un monde où l’on confond l’amour et les choses. Pour des jeunes qui sortent du monde de la drogue où l’on ne fait rien pour rien, cette gratuité est un changement énorme.

Les jeunes sont-ils encadrés par des éducateurs ou des travailleurs sociaux ?

Franco : La communauté fonctionne de façon autonome, avec des jeunes qui sont tous passés par ce même chemin. Chaque jeune a un tuteur, un « ange gardien ». Le nouvel arrivé est accompagné par un plus ancien, qui a vécu la même chose que lui. Cela permet d’avancer. Dans les périodes de manque par exemple la présence de cet « ange gardien » est très importante. Il comprend ce que l’on vit et nous soutient. Cette expérience fraternelle est une école de vie.

Quand les jeunes sortent-ils de la communauté ? 

Père Stefano : Les jeunes restent en communauté autant de temps qu’ils en ont besoin. Parfois des jeunes partent et ensuite ils reviennent. Ils ont besoin de valider le soutien de leur famille, leur confiance dans ce nouveau chemin de vie.
La communauté les aide à sortir quand ils sont prêts. En se basant sur les valeurs apprises en communauté, les jeunes savent comment vivre dehors.

Bruno, votre fils a été accueilli dans une maison de la communauté du Cenacolo, quel a été son parcours ? 

Bruno : Notre fils a connu une crise existentielle profonde, entre 14 et 17 ans. Nous l’avons adopté en 1990 et ensuite nous avons eu trois filles biologiques. La crise existentielle de notre aîné, liée à la blessure profonde de son abandon, a amené beaucoup de violence et d’insécurité dans notre famille. Il cherchait à nous diviser et plus nous lui montrions notre amour, plus sa violence était grande.
Quand nous avons eu connaissance de l’existence des maisons du Cenacolo, nous lui en avons parlé. Au bout d’un an il était d’accord pour entrer. Il est resté huit ans, dont les deux dernières années en mission au Brésil.

Comment s’est passée cette période pour vous et votre épouse ?

Bruno : Nous nous sommes sentis accueillis tels que nous étions, par d’autres parents.
Sur le plan de la foi j’ai fait l’expérience d’une grande pauvreté, qui m’a conduit à confier mon enfant à la communauté. Le Christ nous relève, c’est une expérience très forte.
Aujourd’hui nous continuons à faire partie de la communauté du Cenacolo. Nous accueillons des parents et sommes témoins de ces familles qui ressuscitent avec leurs enfants.

Votre fils est sorti de la communauté ?

Bruno : Oui, depuis six mois. Il a envie de s’engager dans l’Eglise. Il vient d’être embauché dans une paroisse parisienne pour s’occuper de jeunes. Il est heureux et conscient de ses fragilités. Sur le plan familial, nous avons retrouvé une unité plus forte.

La communauté du Cenacolo a 62 maisons d’accueil, en Europe, Amérique latine, Etats-Unis et Afrique. 6 prêtres, 30 sœurs et 30 familles vivent directement au service de la communauté. Beaucoup de volontaires sont également impliqués.
Actuellement dans le monde plus de 3000 jeunes, garçons et filles, sont accueillis. En Amérique latine la communauté du Cenacolo accueille aussi des enfants de la rue, pour leur transmettre la paix et le don de la vie.