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Le Liban, un an après…

Publié le 09 juin 2007

Le Liban, un an après…

Au moment où le Liban doit de nouveau faire face à de graves actes de violence, dans Eglise à Lyon de juin 2007, Mgr Béchara, archevêque d’Antélias, fait le point…

Le 12 juillet 2006, l’armée israélienne pilonnait le Liban et envahissait une partie du Sud du pays, après le kidnapping de deux soldats israéliens par le Hezbollah. La guerre dura 33 jours. Ses conséquences furent désastreuses :

  • près d’un million de réfugiés (rentrés chez eux après la cessation des combats),
  • une infrastructure détruite : des ponts, des centrales électriques, de petites et moyennes industries, des dizaines de milliers de maisons rasées ;
  • une saison d’été torpillée ;
  • le chômage et l’insécurité amenèrent des familles, surtout des jeunes, à quitter le pays ;
  • les investissements de grande envergure furent gelés et dirigés ailleurs ;
  • l’économie fut par terre, vu que la dette publique dépasse les 40 milliards de dollars américains.

Mais la conséquence la plus grave fut la scission politique entre Libanais. Deux camps vont s’affronter.

L’un prônant l’indépendance et la Souveraineté du Liban et s’appuyant sur les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’une de ces résolutions établissait une équipe pour enquêter sur l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri (14 février 2005) et de ses compagnons, et tous les autres assassinats politiques qui ont suivi ; elle réclamait aussi la création d’un tribunal à caractère international pour juger les assassins et leurs commanditaires. Ce camp est représenté par le Gouvernement ou « la coalition du 14 mars » groupant chrétiens, sunnites et druzes (70 de 128 députés du Parlement).

L’autre camp est d’obédience syro-iranienne. Il est représenté par le Hezbollah et son allié Amal (tous deux musulmans Shiites). Ils se sont ralliés le général Michel Aoun, un autre leader chrétien Slaiman Frangié, et le Président libanais, Emile Lahoud, dont le mandat a été prorogé par un diktat syrien. La faction la plus importante dans ce camp est le Hezbollah, financé et armé par le régime iranien. Ce camp – et spécialement le Hezbollah – croit être sorti vainqueur de la guerre de juillet contre Israël. Il accuse le Gouvernement d’avoir œuvré contre lui, bien que six ministres chiites y figuraient. C’est pourquoi il essaie de renverser le Gouvernement légitime :

  • en en retirant ses ministres,
  • en organisant des manifestations,
  • en empêchant les réunions des députés (Parlement fermé),
  • en instaurant un sit-in au centre-ville de Beyrouth qui dure depuis le 1erdécembre 2006 : des centaines de tentes y sont dressées ; ce qui bouche l’accès au cœur de la capitale où des commerces, des restaurants et des cafés par centaines ont été obligés de fermer et de renvoyer leurs employés qui comptent par milliers.

Le problème essentiel entre loyalistes et opposants tourne autour du tribunal international que la Syrie refuse catégoriquement, par peur d’être inculpée des assassinats politiques imputés à ses agents secrets et à leurs acolytes. La Syrie, via l’Opposition, exige que le Gouvernement – et tout gouvernement – compte un tiers de ministres qui puissent bloquer toute décision qui lui serait défavorable. Cette exigence est enrobée, par les opposants, du prétexte de la « participation ». Mais, en fait, la Syrie voudrait récupérer le Liban sinon militairement, au moins politiquement, à travers ce tiers qui peut bloquer toute décision et faire chuter le gouvernement.

Le problème se complique par les ambitions iraniennes. L’Iran, via le Hezbollah, voudrait avoir accès aux frontières libano-israéliennes, exercer une menace réelle contre Israël et l’attaquer au cas où le USA attaqueraient ses industries et ses centrales nucléaires. Le Guide de la Révolution iranienne l’a nettement déclaré : « Nous voulons vaincre l’Amérique au Liban ». Bien sûr, le Hezbollah prétend que son arsenal militaire est pour défendre le Liban et non l’intérêt d’Iran.

Les tentatives de dialogue entre les deux camps, de même que les médiations arabes et internationales, n’ont pas abouti à résoudre la crise qui paralyse le Pays depuis des mois, à cause des ingérences externes, notamment de la Syrie. La situation empire surtout économiquement. Ce qui accentue la paupérisation, le chômage et l’émigration, surtout parmi les jeunes, les compétences et les hommes d’affaires.

Au-delà, des clivages politiques apparents, l’inquiétude profonde qui règne chez les Libanais, notamment les chrétiens, concerne les choix culturels de la société libanaise quant à l’avenir :

  • le Liban jouira-t-il toujours de sa spécificité culturelle d’ouverture tant à l’Occident qu’à l’Orient, ou sombrera-t-il dans un certain obscurantisme, d’uniformité et de conformisme à des modèles qui excluent le pluralisme ?
  • le Liban sauvegardera-t-il son régime démocratique où toutes les libertés seront garanties ou bien se verra-t-il forcé à imiter des régimes de la région totalitaires ou théocratiques ?
  • le Liban restera-t-il un Pays-Message (Jean-Paul II) où les chrétiens sauvegarderaient leurs droits et leur rôle de citoyens à part entière au même titre que les Musulmans ? Ou bien les chrétiens seront-ils noyés dans une masse qui ne tiendrait pas compte de leur apport et de leur exception ?

L’Église, notamment le Synode des évêques maronites présidé par Son Patriarche, ne cesse de prôner le dialogue, le sauvegarde de l’entité libanaise basée sur la coexistence islamo-chrétienne, et le respect des institutions démocratiques pour trouver la solution aux crises. Elle œuvre sur un double plan : elle maintient les contacts avec les chefs religieux libanais chrétiens et musulmans, d’une part ; et, d’autre part, elle essaie de concentrer les positions chrétiennes sur les points nationaux essentiels, afin d’atténuer les divisions et d’éviter l’extrémisme, le dérapage et les luttes fratricides pour le pouvoir. Les tentatives ne sont pas toujours couronnées de succès, vu les clivages politiques qui s’opposent radicalement. Mais l’Eglise, – surtout le Patriarcat Maronite – reste une référence de poids.

Je ne peux clore ce panorama rapide sans remercier la France, Gouvernement et Peuple, qui défend un Liban libre et indépendant. Ce merci s’adresse aussi à l’Eglise de France qui reste solidaire des Libanais, spécialement des Chrétiens.

Antélias, le 17 avril 2007 

Mgr Youssef Béchara, archevêque maronite d’Antélias

Mgr Youssef Béchara, archevêque maronite d’Antélias

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